Enfer et société sans cash

argent brûlé credits davide aligni (licence creative commons)

Pour la première fois en 5 000 ans, les dirigeants auront un moyen de contrôler le peuple en lui coupant les vivres.

Par Bill Bonner.

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argent brûlé credits davide aligni (licence creative commons)

Une vision de l’enfer trouble notre sommeil. C’est la vision de ce que seront les États-Unis en particulier, et le monde occidental en général, lorsque les autorités auront effacé cinq millénaires de progrès et auront posé la botte sur notre nuque.

Voici ce que disait Peter Bofinger dans Der Spiegel : « avec les possibilités techniques actuelles, les billets et les pièces sont en fait un anachronisme ». Ils ont rendu les paiements incroyablement difficiles, les gens perdant beaucoup de temps à la caisse en attendant que la personne devant eux fouille dans ses affaires pour trouver son argent, et que le caissier lui rende la monnaie (au lieu, par exemple, d’attendre qu’elle trouve la bonne carte de crédit, complète la transaction et attende l’approbation par le système).

Mais le gain de temps n’est pas le principal avantage de l’élimination du cash. Cela permettrait aussi d’assécher les marchés noirs et le trafic de drogue. Quasiment un tiers des espèces en circulation en euro sont des billets de 500 euros. Personne n’en a besoin pour faire ses courses mais des individus douteux les utilisent pour leurs propres activités.

« Il serait plus facile, pour les banques centrales, d’imposer leur politique monétaire. Actuellement, elles ne peuvent pousser les taux d’intérêt notablement sous le zéro parce que les épargnants accumuleraient des espèces. S’il n’y a pas d’espèces, la limite de zéro est éliminée ».

Oui, cher lecteur, ça semble se profiler à l’horizon… un terrible recul, au-delà des âges les plus sombres, dans la boue et la vase de la préhistoire. À l’époque, la « monnaie » moderne n’avait pas été inventée. On ne pouvait échanger qu’avec des gens qu’on connaissait… et sur une échelle très limitée. Le capitalisme était impossible. Le progrès était inatteignable. La richesse ne pouvait être accumulée.

Ensuite sont arrivées les pièces d’or et d’argent, du vrai cash. On n’avait pas besoin de connaître la personne avec qui l’on échangeait. On ne connaissait pas sa famille. Ou ses motifs. Ou son bilan personnel. Et on n’avait pas besoin de pister qui devait quoi à qui. On pouvait simplement payer, en liquide.

Cela a rendu le commerce et l’industrie modernes possibles.

rené le honzec cash sarkozyCette nouvelle richesse a également fourni aux individus une nouvelle forme de liberté. Ils pouvaient voyager et payer leur nourriture et leur logement avec cette nouvelle monnaie. Ils pouvaient investir… et utiliser cette nouvelle richesse privée pour créer encore plus de richesse. Ils pouvaient même lever leurs propres armées… construire leurs propres fortifications… et défier les élites au pouvoir.

Mais à présent, les gouvernements du monde entier tentent d’abolir le cash. Des économistes de renom veulent qu’il soit supprimé. Il existe déjà des limites à l’utilisation du cash dans de nombreux pays.

Pourquoi les autorités veulent-elles éliminer les espèces ? N’est-ce pas évident ? Elles veulent vous contrôler, vous et votre argent. Où l’avez-vous obtenu, veulent-elles savoir. Qu’allez-vous en faire ? Elles veulent avoir leur mot à dire sur la question. Ne pourriez-vous pas l’utiliser pour faire quelque chose de « mal » ? Bon sang, vous pourriez soutenir « le terrorisme »… pratiquer l’évasion fiscale… voire acheter un paquet de cigarettes.

Les possibilités sont trop riches pour être ignorées. Et les arguments sont trop persuasifs pour qu’on arrête. Zero hedge résume les « pour » :

  • Améliorer la base fiscale, puisque la plupart/toutes les transactions dans l’économie pourraient être suivies par le gouvernement ;
  • Entraver considérablement l’économie parallèle, surtout dans les activités illicites ;
  • Forcer les gens à convertir leur épargne en consommation et/ou investissement, fournissant ainsi une stimulation au PIB et à l’emploi.

Ces arguments sont creux, mais ils seront probablement convaincants. Et pour la première fois en 5 000 ans, les dirigeants auront un moyen de contrôler le peuple en lui coupant les vivres. La monnaie électronique, gérée par un système bancaire contrôlé par le gouvernement, permet aux autorités de nous mettre là où elles nous veulent… avec des barreaux à nos cages et des fouets au-dessus de nos têtes. Toutes les transactions pourraient être soumises à approbation. Et chacun d’entre nous saurait qu’il pourrait sentir le fouet des autorités à tout moment.

En Argentine, entre 1974 et 1983, approximativement 13.000 personnes ont « disparu ». C’est-à-dire qu’elles ont été rassemblées par les escadrons de la mort, tuées, jetées depuis des avions ou à la rivière.

Combien plus facile, et plus humain, aussi, il sera de simplement couper l’accès à l’argent ? Avec la reconnaissance faciale moderne, les autorités pourraient identifier quasiment tout le monde dans n’importe quel environnement, dans un café, une réunion publique ou devant un distributeur de billets. Ensuite, en quelques clics de souris, les comptes pourraient être gelés… ou confisqués. Le pauvre citoyen « disparaîtrait » en quelques secondes, incapable de participer à la vie publique… forcé de fouiller les poubelles pour survivre.

Et qui oserait l’aider ? Qui oserait le soutenir ? Qui oserait s’exprimer contre ce nouveau système diabolique ? Au risque d’être désigné comme indésirable… et disparaîtrait. Imaginez le candidat politique qui découvrirait soudain que ses soutiens n’ont pas d’argent ? Ou le lanceur d’alerte qui n’a plus rien à lancer ?

Sommes-nous en train d’halluciner ? Nous inquiétons-nous de rien ?

En Argentine, les dirigeants militaires ont commencé par cibler les révolutionnaires gauchistes constituant peut-être une vraie menace contre la république. Ensuite, les cibles sont devenues plus variées, avec des étudiants, des adversaires politiques, des intellectuels, des syndicalistes et quiconque dont ils voulaient se débarrasser.

Cette période a pris fin quand les généraux ont fort peu sagement envahi les îles Falkland et ont proclamé leur souveraineté. Les gens simples sont facilement entraînés dans une guerre, aussi crétin qu’en soit le prétexte. Comme ils l’avaient espéré, les Argentins se sont ralliés derrière leurs soldats.

Mais les Anglais ne jouèrent pas le rôle attendu par les généraux. Au lieu de négocier un accord, ils envoyèrent leur flotte. En quelques semaines, les Anglais avaient coulé le Belgrano et pilonnaient les troupes argentines mal préparées, frissonnant dans l’Atlantique sud.

Ce fut une trop grande humiliation à supporter pour les gauchistes. L’Union Jack fut remonté au-dessus des Falkland, les généraux furent renversés et les disparitions cessèrent.

Sommes-nous plus intelligents que les Argentins ? Nos politiciens sont-ils plus honnêtes ou plus fidèles à l’esprit des lois ? Le pouvoir corrompt-il moins dans l’hémisphère nord qu’au sud de l’équateur ?

Nous en doutons fortement.

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