L’État aime bien mal l’entreprise !

Entreprise faillite (Crédits : mamasuco, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Les entreprises qui courent après les aides publiques sont des entreprises qui abandonnent une partie de leur liberté.

Par Geneviève Frixon

Entreprise faillite (Crédits : mamasuco, licence Creative Commons)
Entreprise faillite (Crédits : mamasuco, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

 

La France consacre chaque année 110 milliards aux entreprises. La fiction de l’État-Providence n’empêche pas les fermetures d’usines et les licenciements. Dans un récent rapport l’ex-ministre socialiste Jean-Jack Queyranne estime que « ces aides représentent un coût exorbitant pour les contribuables ». En effet, qui dit aides dit impôts. Les français ne sont pas dupes et ressentent tous les jours le poids de cette spoliation. « L’État-Providence détruit la société » et nous ne pouvons qu’être d’accord avec M. Queyranne : depuis 2009, 1 576 usines ont fermé leurs portes ; quant aux usines qui se créent, celles-ci sont plus petites et ne comptent plus que 49 emplois contre 84 en 2012. Sans doute à cause du seuil des 50 salariés qui augmente considérablement les charges salariales, obligations syndicales de créer un comité d’entreprise etc.

Mais où va l’argent me direz-vous ? Aux plus gros lobbies industriels. Un exemple, la vente de 24 Rafales à l’Égypte. Le magazine Les enquêtes du contribuable nous apprend que l’État finance largement cette commande d’un total de plus de 5 milliards d’euros en garantissant environ la moitié de l’opération. L’avionneur est l’un des principaux bénéficiaires des largesses de l’État : en 2013, il a reçu 1,47 milliard de commandes publiques, juste derrière Airbus Group. Les buralistes, les fabricants d’éoliennes en passant par les fabricants de biocarburants, tous tendent leur sébile !

Ces aides sont distribuées à travers différentes enveloppes, allègements de charges sur les bas salaires, TVA à taux réduit, aides au logement social etc. Et qu’en est-il des lobbies ? Selon une recension citée par L’Expansion, 2500 représentants d’intérêts privés ont approché des parlementaires entre 2007 et 2010. La tentation est grande !

L’État aime l’entreprise et surtout la paix sociale ! La SNCM a, par exemple, profité de centaines de millions d’argent public pour éviter que la CGT bloque l’économie corse. L’État s’étant comporté comme un investisseur privé alors que ce n’est pas son rôle, la justice européenne a sommé la SNCM de rembourser 200 millions d’euros d’aides accordées lors de sa « privatisation » en 2006.

L’État aime les banques aussi ! En 2008 les contribuables ont payé une facture bien salée avec les 360 milliards d’euros mobilisés pour garantir leur solvabilité. Comment ne pas évoquer Dexia et les emprunts toxiques qui ont mis à genoux des villes imprudentes, des départements et même des hôpitaux. Dexia a été honteusement renflouée à hauteur de 6,6 milliards d’euros à notre charge !

L’État nourricier s’immisce dans les moindres interstices de notre économie, jouant les démiurges. Conclusion, 600 aides directes et indirectes dont la mise en œuvre se fait « sans cohérence suffisante et sans vue d’ensemble de leur efficacité » (rapport de la Cour des comptes 2013).

Couper dans les milliards de subventions aux entreprises, baisser la pression fiscale, recentrer l’État sur ses missions régaliennes et laisser les entreprises s’occuper d’économie n’est pas une hérésie : les entreprises qui acceptent des aides sont des entreprises qui renoncent et abandonnent une partie de leur propriété et de leur liberté !


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