Une représentation nationale toute relative

Si les députés sont habilités à voter les lois, c’est parce qu’ils représentent le peuple. Est-ce vraiment le cas ?

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Assemblée nationale - Crédit photo : Magali via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

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Une représentation nationale toute relative

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 20 avril 2015
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Par Baptiste Créteur

Assemblée nationale - Credits Magali (CC BY-NC-ND 2.0)
Assemblée nationale – Credits : Magali via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Si les députés sont habilités à voter les lois, c’est parce qu’ils représentent le peuple. Est-ce vraiment le cas ?

Les députés ne sont pas représentatifs du peuple français. 44% des députés sont des fonctionnaires, contre 20% des gens dans la vraie vie.

Et leurs décisions ne le sont pas plus. Inspiré par un récent article de mon ami h16, où l’on apprenait que 6% des élus avaient voté la loi santé, j’ai cherché à savoir combien de Français étaient effectivement représentés par les députés ayant voté dans le cadre de la loi sur le renseignement qui, comme chacun sait ou devrait savoir, conduira à l’analyse des données de tous les citoyens dans l’espoir de déceler parmi eux d’éventuels terroristes.

30 députés ont voté. Nous avons 577 députés, payés plus de 11 000 euros nets par mois, et seulement 30 font le déplacement quand il s’agit de décider si oui ou non les Français ont droit à une vie privée. C’est encore moins que pour la loi santé, dont l’impact colossal avait réussi à mobiliser 35 députés.

représentation nationale rené le honzecSur ces 30 députés, 25 ont voté pour, 5 contre. Si l’on fait le compte des voix réunies par ces députés au 1er tour des législatives (où les électeurs ont un choix plus large), ils représentent environ 400 000 Français, soit moins de 1% des 44,3 millions d’électeurs inscrits. Sans tenir compte des non inscrits, qui représentent environ 8% des Français en âge de voter, la représentativité de la représentation nationale est donc toute relative : 1% des Français a voté au premier tour pour un député ayant voté la loi sur le renseignement.

L’élection a deux tours. Au second tour, 538 000 Français ont voté pour ces députés, ce qui les rend représentatifs de 1,2% des votants (et 1,1% des citoyens). 1,2% ! Remettons les choses dans leur contexte : une loi majeure a été votée par 30 députés, représentant 1,2% des citoyens, auxquels on n’a de toute façon jamais demandé leur avis – aucun programme ou tract ne faisait mention en 2012 d’un vote pour ou contre la loi sur le renseignement. Est-ce un chiffre cohérent avec l’idée que l’on peut se faire d’une « démocratie représentative » ?

Le site de l’Assemblée peut être consulté pour savoir si votre député, votre représentant, a voté pour ou contre cette loi, ou s’il ne s’est même pas donné la peine de voter.

Dans le cadre du système actuel, le premier levier évident pour améliorer un tant soit peu la représentativité, c’est que plus de députés se déplacent pour voter. Ils sont payés pour cela et n’ont pas grand chose d’autre à faire (à moins qu’on puisse être député et trouver une excuse valable pour ne pas voter les lois, auquel cas il faut songer à démissionner).

Le second, ce serait que les citoyens s’impliquent plus dans la vie de la Cité. Mais pourquoi le feraient-ils, alors, qu’une loi peut être votée par les représentants de 1% des inscrits sur les listes électorales ? Le problème de la démocratie française, c’est que la politique a trop d’influence sur la vie des citoyens alors que les citoyens ont trop peu d’influence sur la vie politique. Rendre le vote obligatoire, comme le suggèrent avec insistance des députés trop heureux d’imaginer déjà leur représentativité naturellement gonflée, c’est traiter l’un des symptômes les plus visibles d’une démocratie malade ; ce n’est pas la soigner. Il faut, au contraire, laisser les citoyens libres de décider s’ils veulent être représentés, et par qui.

Il faut également limiter le champ de la politique. La seule personne à décider si sa vie privée compte, c’est l’individu lui-même. Il n’y a pas de raison qu’on puisse accepter ou refuser des conditions d’utilisation pour tout, mais qu’on n’ait pas le choix lorsqu’il s’agit de laisser des barbouzes à lunettes scruter nos comportements.

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  • faites ce que je dis pas ce que je fais ; quand je pense que tout ces élus s’insurgent de l’abstention des électeurs , alors qu’ils sont grassement payé et que leur devoirs est de se déplacer à l’assemblé pour voter justement ; 11000 euros net par mois à glander ….la place est bonne …..écoeurant ….révoltant ….

  • Ils ne représentent pas le pays, sinon il ne serait pas dans cette situation.
    C’est peut-être l’occasion de démanteler un grand pays et de rééquilibrer l’Europe.
    Chaque grand pays qui se comporte mal économiquement ou agresse ses voisins, division par 4 ou 8.
    Avec des pays plus homogènes, l’Europe ira bien mieux. 🙂

  • 11 000 euros par mois à rien glander, si c’est pas du vol ça…

  • La seule bonne représentativité, c’est le vote des lois directement par les citoyens, chacun étant à priori le meilleur représentant de lui-même. Evidemment chaque question posée devrait être simple et sans ambiguïté, ce qui excluerait les lois fourre-tout, remplies d’articles plus ou moins amendés. De plus, les questions ne devraient pas être seulement à l’initiative des politiques.
    La votation suisse est un bon exemple…

  • Plaisant calcul…
    La représentation a pour but d’éviter de mobiliser la totalité de la population pour prendre chaque décision: nous ne sommes pas en Suisse… hélas!
    Le taux de fonctionnaires à l’Assemblée n’est pas seulement trop élevé: il est abusif et contrevient au principe de séparation des pouvoirs. Et cette dérive est délibérée, vu les avantages professionnels dont ces « élus » fonctionnaires bénéficient.
    Beaucoup à dire sur la représentativité territoriale, même du Sénat.
    Au-delà de cette mainmise de l’exécutif sur le législatif, il faut s’interroger sur la représentativité et la qualification de nos représentants avec notre mode de désignation: primauté des partis, exigence de parité sexuelle, prééminence de la notoriété sur la compétence (telle vedette du sport, de la télé, du cinéma… est évidemment plus qualifiée pour décider d’un impôt…) et surtout extension naturelle des domaines d’intervention de l’État… La « proportionnelle » telle qu’on nous la sert pour les municipales, régionales, européennes, n’y changera rien.

    • Effectivement, la séparation des pouvoirs implique qu’un fonctionnaire ne puisse être éligible. Si un fonctionnaire prétend être élu, il doit préalablement démissionner, être définitivement exclu de toute fonction publique ultérieure au mandat exercé et abandonner ses prétentions à subventions sociales acquises antérieurement, retraites ou autres. C’est à ces conditions qu’on peut et doit garantir la neutralité politique des fonctions publiques.

      On doit en outre s’interroger sur la pertinence du vote des subventionnés sociaux, quand bien même ils ne seraient pas fonctionnaires. Compte tenu de l’Obésité de l’Etat et de son imbrication dans l’économie productive, le sujet est simplement évacué en pondérant les votes par le bilan fiscal de chaque électeur (impôts versés diminués des rémunérations issues du secteur public). Ainsi, on préserve l’universalité du vote tout en supprimant la corruption de l’Obèse.

      La véritable démocratie repose sur un principe simple : qui paye décide.

  • Ou bien ils ne se rendent pas compte du faible poids de leur légitimité ou bien ils font semblants d’y croire. L’un dans l’autre c’est pathétique. Avec un nombre aussi faible d’électeurs, l’élection devrait être invalidée ou tout au moins, le député devrait démissionner ou refuser la charge pour laquelle il a été élu faute de représentativité. mais bon je suis naïf

    • Ni l’un ni l’autre. Rien que l’existence des rapports de la Cour des Comptes rend compte d’individus qui ne veulent surtout que les choses restent en l’état actuel. Faire la sourde oreille, cacher la misère sous le tapis, mais avoir l’œil et la main dans le moindre portefeuille…

  • Petite précision : le jeudi 9 avril c’est «La généralisation du tiers payant» qui a été votée en présence de 35 députés sur 577. Le projet de loi de «modernisation du système de santé» a été voté le 14 avril par 311 députés contre 241.

  • Très ironique que les députés voudraient instaurer le vote obligatoire des citoyens, tout en conservant leur droit de ne pas voter au parlement. Je propose de supprimer les procurations au parlement (sauf force majeure) et de rendre le vote des élus unipersonnel obligatoire et public!…

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