Une représentation nationale toute relative

Assemblée nationale - Crédit photo : Magali via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

Si les députés sont habilités à voter les lois, c’est parce qu’ils représentent le peuple. Est-ce vraiment le cas ?

Par Baptiste Créteur

Assemblée nationale - Credits Magali (CC BY-NC-ND 2.0)
Assemblée nationale – Credits : Magali via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Si les députés sont habilités à voter les lois, c’est parce qu’ils représentent le peuple. Est-ce vraiment le cas ?

Les députés ne sont pas représentatifs du peuple français. 44% des députés sont des fonctionnaires, contre 20% des gens dans la vraie vie.

Et leurs décisions ne le sont pas plus. Inspiré par un récent article de mon ami h16, où l’on apprenait que 6% des élus avaient voté la loi santé, j’ai cherché à savoir combien de Français étaient effectivement représentés par les députés ayant voté dans le cadre de la loi sur le renseignement qui, comme chacun sait ou devrait savoir, conduira à l’analyse des données de tous les citoyens dans l’espoir de déceler parmi eux d’éventuels terroristes.

30 députés ont voté. Nous avons 577 députés, payés plus de 11 000 euros nets par mois, et seulement 30 font le déplacement quand il s’agit de décider si oui ou non les Français ont droit à une vie privée. C’est encore moins que pour la loi santé, dont l’impact colossal avait réussi à mobiliser 35 députés.

représentation nationale rené le honzecSur ces 30 députés, 25 ont voté pour, 5 contre. Si l’on fait le compte des voix réunies par ces députés au 1er tour des législatives (où les électeurs ont un choix plus large), ils représentent environ 400 000 Français, soit moins de 1% des 44,3 millions d’électeurs inscrits. Sans tenir compte des non inscrits, qui représentent environ 8% des Français en âge de voter, la représentativité de la représentation nationale est donc toute relative : 1% des Français a voté au premier tour pour un député ayant voté la loi sur le renseignement.

L’élection a deux tours. Au second tour, 538 000 Français ont voté pour ces députés, ce qui les rend représentatifs de 1,2% des votants (et 1,1% des citoyens). 1,2% ! Remettons les choses dans leur contexte : une loi majeure a été votée par 30 députés, représentant 1,2% des citoyens, auxquels on n’a de toute façon jamais demandé leur avis – aucun programme ou tract ne faisait mention en 2012 d’un vote pour ou contre la loi sur le renseignement. Est-ce un chiffre cohérent avec l’idée que l’on peut se faire d’une « démocratie représentative » ?

Le site de l’Assemblée peut être consulté pour savoir si votre député, votre représentant, a voté pour ou contre cette loi, ou s’il ne s’est même pas donné la peine de voter.

Dans le cadre du système actuel, le premier levier évident pour améliorer un tant soit peu la représentativité, c’est que plus de députés se déplacent pour voter. Ils sont payés pour cela et n’ont pas grand chose d’autre à faire (à moins qu’on puisse être député et trouver une excuse valable pour ne pas voter les lois, auquel cas il faut songer à démissionner).

Le second, ce serait que les citoyens s’impliquent plus dans la vie de la Cité. Mais pourquoi le feraient-ils, alors, qu’une loi peut être votée par les représentants de 1% des inscrits sur les listes électorales ? Le problème de la démocratie française, c’est que la politique a trop d’influence sur la vie des citoyens alors que les citoyens ont trop peu d’influence sur la vie politique. Rendre le vote obligatoire, comme le suggèrent avec insistance des députés trop heureux d’imaginer déjà leur représentativité naturellement gonflée, c’est traiter l’un des symptômes les plus visibles d’une démocratie malade ; ce n’est pas la soigner. Il faut, au contraire, laisser les citoyens libres de décider s’ils veulent être représentés, et par qui.

Il faut également limiter le champ de la politique. La seule personne à décider si sa vie privée compte, c’est l’individu lui-même. Il n’y a pas de raison qu’on puisse accepter ou refuser des conditions d’utilisation pour tout, mais qu’on n’ait pas le choix lorsqu’il s’agit de laisser des barbouzes à lunettes scruter nos comportements.