Derrière le décor des élections, qui est le kuroko ?

Le kuroko est au Japon celui qui manie les marionnettes. La technocratie est le kuroko de la vie politique française.

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Derrière le décor des élections, qui est le kuroko ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 2 avril 2015
- A +

Par Bernard Zimmern.

muppet show credits camil tulcan  (CC BY-NC-SA 2.0)
muppet show credits camil tulcan (CC BY-NC-SA 2.0)

 

Le kuroko est au Japon celui qui manie les marionnettes. Il est habillé du même noir que le rideau de fond de scène ; son visage est couvert de charbon de façon à le faire entièrement disparaître.

Quel est le kuroko du désastre français ?

Comme le remarquaient les assistants à une réunion – non électorale – récente en Alsace, les partis alternent depuis 30 ans, mais la chute économique française s’est poursuivie avec constance et régularité et va se prolonger.

On va à nouveau critiquer le gouvernement en place ; les vainqueurs des élections triomphent comme a triomphé la gauche quand elle a gagné les précédentes élections cantonales en mars 2011. Mais les déclarations de nos chefs de parti, aujourd’hui, ne sont guère différentes de celles de leurs opposants d’il y a quatre ans.

On voudrait pourtant espérer. Espérer qu’un changement politique va bouleverser les politiques publiques, que nous allons voir l’économie française repartir et la France redevenir une grande puissance.

C’était notre espoir en 2007, espoir d’autant plus fort que nous avions fait inscrire au programme de l’UMP, vainqueur, les principales réformes qui nous paraissaient indispensables pour le redressement de notre pays :

  • Un meilleur financement de nos créations d’entreprise dont le manque est criant depuis 30 ans et qui est à l’origine de notre chômage. Un chômage qui n’est pas apparu avec le dernier gouvernement mais s’est développé depuis le retour de la droite au pouvoir avec Chirac et ne s’est pas ralenti, même hors crise, sous Nicolas Sarkozy. Pourtant, la réforme dite de l’ISF-PME a bien été mise en place en 2007, mais bancale, torpillée dès l’origine, elle est devenue une charge pour le budget public sans apporter les créations d’emplois massives espérées. 100.000 emplois sont créés par an par nous contre 500.000 par les Britanniques avec des incitations fiscales dont le coût pour notre budget est double du coût britannique.
  • Un vrai mécanisme de contrôle de la dépense publique par l’Assemblée nationale. Mécanisme rapidement oublié, qui s’est traduit par une hausse de cette dépense passée progressivement de 45% du PIB à 55%, une très grande part sous Nicolas Sarkozy, hors crise, même si François Hollande y a mis ensuite très largement du sien. En fait, c’est l’abandon par Nicolas Sarkozy dès décembres 2008 d’une des plus importantes réformes inscrites au programme de l’UMP, la création au sein de l’Assemblée nationale d’une commission type Public Account Committee britannique qui fasse porter la responsabilité d’améliorer la dépense publique, non comme l’a fait Nicolas Sarkozy sur des mesures top-down, avec la RGPP, mais sur la comparution tous les trois ans devant la presse et les médias de ces hauts fonctionnaires pour rendre des comptes bottom-up sur leur gestion.
  • Obliger les syndicats à publier leurs comptes, ce qu’ils n’étaient pas obligés de faire et faire cesser les grèves sauvages, via d’éventuelles sanctions budgétaires, au sein de la fonction publique ou d’annexes comme la SNCF, qui ont bloqué toutes les réformes qui se sont effectuées ailleurs.

C’est que le vrai pouvoir n’est pas dans la représentation parlementaire. Comme nous le rappelle la réunion qui a eu lieu en Alsace, le pouvoir n’appartient plus aux parlementaires mais à des personnes dont l’existence ou les noms sont inconnus du grand public ; ils sont les vrais kuroko, les manipulateurs de marionnettes.

C’est essentiellement Bercy, une haute administration dont en fait on ne sait rien mais dont on constate à l’occasion de chaque réforme que c’est elle qui manipule et décide. Et où l’on dénombre à sa tête, sur 95 fonctionnaires, seulement 2 qui ont passé au moins un an dans une entreprise et 45% d’énarques.

Le Parlement est impuissant

Rappelons que le budget préparé par Bercy est généralement voté avec moins de 1% de changement après 3 mois de débats, que les parlementaires ne disposent en pratique d’aucun moyen pour maîtriser les textes dont on les inonde : 232 pages pour l’étude d’impact donné par le ministère de la Santé à l’appui de la loi dite Touraine et pratiquement aucun chiffre dans ce rapport sur le coût des dispositifs mis en place mais une bureaucratisation croissante avec une véritable invasion d’énarques dans les agences régionales de santé. Même chose pour la loi ALUR qui a continué d’effondrer un secteur pourtant clé de l’économie qui est celui de la construction et du logement.

On compte plus de 10 assistants par sénateur américain contre un demi administrateur par député membre de la commission des Finances, laquelle peut accepter la demande d’assistance de la Cour des comptes, dont la quasi-totalité des magistrats ont été, sont ou seront à la tête des administrations à contrôler.

Il y a très peu de chances pour que la France se relève, que la chute du chômage s’arrête. Notre principale source d’information économique, l’INSEE, a complètement désorienté l’opinion publique sous une campagne d’informations tronquées ou déformées.

Aucun politique ne sait par exemple que ce ne sont pas les entreprises existantes qui peuvent créer les 5 millions d’emplois marchands qui nous manquent, que seules des entreprises nouvelles le peuvent. Ils ne connaissent même pas ce déficit, s’élevant au quart de la population active dans le secteur marchand. Ils ne savent pas qu’il s’aggrave de plus de 100.000 emplois par an par rapport aux Allemands ou aux Britanniques.

Mais comment faire comprendre que la désinformation économique est devenue la raison d’être de Bercy, que l’Union européenne a demandé à ce que l’INSEE ne soit plus sous la coupe de Bercy, ce qui a été fait. Mais le personnel a obtenu de rester rattaché au ministère des finances (!) et pas un média n’en a parlé.

Il est clair que si nous voulons éviter que la France ne soit d’ici 10 ans à classer dans les pays sous-développés, ou dans les parcs de loisir pour asiatiques, c’est une réforme fondamentale de notre gouvernance qu’il faut réussir lors des élections de 2017 et qui doit figurer dans le programme électoral des partis susceptibles de les remporter, avec un référendum à organiser dans la foulée tant les réformes à effectuer sont profondes.

Les axes de ce référendum sont simples :

  • Interdire à un élu fonctionnaire de conserver son statut, et l’obliger à démissionner sans délai de la fonction publique ou de son mandat ; il est impossible de réformer notre Parlement si près de la moitié de ses membres sont des fonctionnaires comme actuellement.
  • Créer une commission permanente de l’Assemblée ayant la responsabilité exclusive du contrôle de la dépense publique et l’obligation de convoquer et d’interroger en public les responsables de programmes sur leur gestion, en moyenne tous les 3 ans.
  • Demander à la Cour des comptes de mettre en place un organe de contrôle à la disposition de cette commission dont les membres ne puissent être soupçonnés d’appartenir à la fonction publique qu’ils sont chargés de contrôler.

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  • Et vous oubliez faire disparaître Bercy

  • interdire à un élu de toucher son salaire lorsqu’il a fauté….cahuzac continu à toucher ses indemnités de ministre soit presque 10 000 euros par mois brut ; lu sur le point ; scandaleux ;

  • « c’est une réforme fondamentale de notre gouvernance qu’il faut réussir lors des élections de 2017 et que pour cela elle figure dans le programme électoral des partis susceptibles de les gagner »

    Oui mais pour l’instant, ces réformes ne sont restées que sur le programme . Qui aurait le courage politique et l’honnêteté de le faire? Quelle est la crédibilité de ceux qui vont se présenter en 2017??

    • En effet, on voit mal les potentiels gouvernants se suicider en prenant ce genre de mesures. Un tel changement est-il vraiment possible sans sortir du cadre démocratique ?

      • Beaucoup trop de personnes, qui ne veulent pas de ce changement, verrouillent la situation. Le confort de leurs situations est en jeu. Mais ce n’est pas le pire. Le « peuple abstentionniste » d’où pourrait provenir le changement, ne veut pas produire un effort pour vivre une autre réalité. D’un côté car il est abruti par les institutions et coopère comme un zombie qui ne sait pas que l’air frais existe. D’un autre, il refuse de se couper un bras en sacrifiant un avenir tracé, visible, et médiocre, pour un avenir rempli d’incertitude pourtant plus sain. Ou alors, il abandonne toutes idées de changement par défaitisme.

        • Oui, cela s’appelle une gerontocratie…
          Ils ne restent aux jeunes que trois possibilités d’envisager l’avenir: fonctionnaire, pauvre ou expat…

        • Le « peuple abstentionniste » d’où pourrait provenir le changement, ne veut pas produire un effort pour vivre une autre réalité.

          Justement s’il y a un peuple abstentionniste c’est que pour l’instant l’offre politique pour ce changement est nulle. ce n’est pas en raison d’un manque d’effort pour vivre un autre réalité

      • Forcer un référendum !

  • Bref, on demande un homme d’État, capable de scier la branche sur laquelle il est assis…

  • Soumettre l’Etat à une obligation de résultats, comme n’importe quelle entreprise. Lui mesurer les moyens alloués, en contrôler l’usage effectif. Notre Parlement ne le fait pas. Trancher le noeud gordien du conflit d’intérêt entre les hauts-fonctionnaires et le rôle attendu d’un Parlement au service du pays.

    Néanmoins, pour l’instant le paysage politique est encombré par des partis tous largement étatiste, voire socialisant. S’il y a un diagnostic d’une partie de l’élite (celle de l’entreprise) pour plus de liberté économique, il n’y a pas encore de demande de l’électorat pour cette orientation.

    Cette demande ne tombera pas du ciel. De la pédagogie est nécessaire pour convaincre l’opinion. La TV ne suffit pas (et sur quelle chaîne, à propos ?) L’entreprise, le monde du travail (hors du temps de travail proprement dit) est un lieu privilégié : on s’y connait, et l’impact de la fiscalité et de la réglementation sur l’activité puis l’embauche est direct.

    Au plan local le marché, la rue du commerce seraient aussi des lieux propices, pour diffuser les remèdes libéraux aux maux engendrés par l’étatisme. Ce qui manque ce sont des militants libéraux sur le terrain, en proximité avec les gens ordinaires. (ceux qui rament, vont perdre ou ont déjà perdu leur job) (ceux qui cherchent à se loger)
    A l’opposé sur le web, sur les sites de recherche d’emploi ou de logement des annonces pour les solutions libérales donneraient un ciblage précis.

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