Résurrection de la médecine libérale et santé publique

Avec le mouvement d’opposition contre la loi Santé, il est spectaculaire et exemplaire de voir aujourd’hui une véritable résurrection de la médecine libérale.

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Médecin (crédits Alex Proimos, licence Creative Commons)

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Résurrection de la médecine libérale et santé publique

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 29 mars 2015
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Par Jacques Garello.

Médecin (crédits Alex Proimos, licence Creative Commons)
Médecin (crédits Alex Proimos, licence Creative Commons)

 

Les médecins ont défilé dans les rues de Paris il y a deux semaines. Après les notaires, les professions juridiques, les contribuables, artisans, commerçants : à chaque semaine sa manifestation. C’est doublement rassurant : d’une part, le pavé n’est plus le monopole de la CGT ou des syndicats d’enseignants, d’autre part, le réveil de la société civile, que je ne cesse d’observer depuis deux ans, se confirme.

La classe politique et syndicale enrage. Cela ne veut pas dire que ces manifestations impressionnent le pouvoir ; tout comme les défilés spectaculaires contre les lois Taubira ou Macron, celui de la médecine libérale n’infléchira pas Madame Marisol Touraine, elle l’a d’ailleurs fait savoir.

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Credits : aleps

Cependant, ces médecins-là me semblent porter plus de promesses que leurs prédécesseurs. D’abord, ils bénéficient d’un soutien populaire important : 55% des Français approuvent leur revendication, fut-ce au prix d’une gêne importante. Pourtant Madame Touraine leur a assuré que son projet de tiers payant était dans l’intérêt de tous les Français et particulièrement des plus démunis. Les Français y croient-ils ? Oui : 60% des sondés sont pour le tiers payant. Alors quoi ? Ils sont plus de 60% à craindre la disparition des médecins libéraux. En fait très nombreux sont ceux qui voient dans le projet gouvernemental non pas un progrès (puisque le tiers payant s’applique déjà à bon nombre de personnes qui le méritent sans doute) mais une attaque contre une profession qui se dépeuple parce qu’elle est l’objet d’une traque bureaucratique comme celle qui vise d’autres professions.

Mais là n’est pas mon seul motif de satisfaction. Car, à les entendre et à lire leurs slogans, ce que les médecins défendent aujourd’hui, c’est le principe même de la médecine libérale. Voici un changement spectaculaire et exemplaire. Spectaculaire parce que les syndicats de médecins se sont enfermés depuis cinquante ans dans une logique de négociation avec la Sécurité Sociale et l’État : réajustement des tarifs d’honoraires, régimes fiscaux et sociaux, conditions d’installation et d’exercice. Il y a trois conceptions possibles de la profession médicale : la médecine socialisée, vers laquelle on dérive sans cesse, la médecine ordonnée, héritage de Vichy qui organisait les professions en « ordres » (médecins, architectes, avocats, experts comptables, etc.), et la médecine libérale. Jusqu’à ce jour, une combinaison de service public et d’ordre professionnel prévalait et la plupart des syndicats de médecins était sur cette ligne. Il est spectaculaire de voir aujourd’hui une véritable résurrection de la médecine libérale. Spectaculaire mais aussi exemplaire, parce que les médecins ne se contentent pas de critiquer la ruine du système de santé français, ils montrent la voie de l’avenir : se passer de l’État et en revenir à une saine conception de l’art médical et des relations entre praticiens et clients.

La médecine libérale a en effet efficacité et noblesse. L’efficacité est celle de toutes les relations contractuelles : le libre choix garantit la qualité, la valeur convient à toutes les parties, il n’y a ni pénurie ni excédent, les comportements sont responsables. Cette responsabilité grandit non seulement les médecins, capables de moduler leurs honoraires en fonction des situations personnelles et familiales (c’est ce qui distingue l’honoraire d’un prix ou d’un tarif), mais aussi les malades, qui cessent d’être des assistés, voire même des tricheurs, pour devenir des personnes prévoyantes et raisonnables. En 1993, le docteur Beaumont déposait une proposition de loi dont l’article 1 est ainsi formulé : « Chaque Français a le devoir de se protéger et de lutter personnellement contre la maladie. Il est responsable de sa santé et dispose librement des ressources destinées au financement de sa protection contre la maladie. Il a le droit absolu de consulter le médecin de son choix. »

Oui, dira-t-on, et les irresponsables ? Si l’irresponsabilité est affaire de ressources, rien de plus simple : en dehors des mesures prises par le médecin lui-même, c’est la solidarité qui va jouer. Solidarité volontaire à travers les familles, les associations, les communautés, etc. Solidarité forcée à travers l’impôt et des fonds de solidarité publics. Certes la santé est publique en ce sens que des administrations ad hoc peuvent être chargées de prendre en charge des mesures de protection générale de la population. Elle est également publique parce que tout être humain doit avoir accès à des soins de qualité.

Plusieurs mesures permettent de concilier santé publique et médecine libérale. En particulier, on peut obliger toute personne en dessous d’un plancher de revenus à souscrire à une assurance-santé. Pour les personnes n’ayant pas les moyens de souscrire, tout ou partie de l’assurance peut être payée par un fonds de solidarité. On peut combiner ce dispositif avec d’autres techniques comme le chèque éducation ou le carnet de santé.

Ainsi, la médecine libérale peut-elle être restaurée sans difficulté et, ici comme ailleurs, on peut se passer de l’État ou le confiner dans un rôle subsidiaire. Depuis quelques années, de nombreux pays ont réformé leur système de protection sociale en le privatisant, en instaurant concurrence et liberté de choix. Leurs dépenses de santé par habitant (et en proportion de leur PIB) ont diminué. Seul Obama a pris la voie contraire, mais précisément « l’obamacare » imaginée pour « sauver les malades des griffes des assureurs » est déjà un échec complet, y compris financier, administratif, et… médical.

Chez nous, les professionnels de la santé qui ont défilé ont ouvert la perspective d’une libération bienfaisante. Ils n’ont pas entendu défendre les intérêts d’une corporation, mais la dignité de leur profession, gage et accompagnement d’une société de liberté et de responsabilité.


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  • Je n’ai pas l’impression que beaucoup de medecins aient choisi d’exercer en liberal, c’est à dire en secteur 3 ?

    De mémoire, j’ai l’impression que ces memes medecins libéraux voulaient aussi que la vaccination ne puisse être faite par des professionels de santé tout à fait capable de l’assurer sans risque ( autre que le produit) et de détecter les 10 à 15 % de clients à réorienter vers une consultation.

    De mémoire, je n’ai pas entendu ces medecins libéraux reclamer à leurs clients de s’assurer aux assurances sociales de leur choix… et de preférer avoir bientot à faire aux assureurs à la recherche d’efficience et de profit…. plutot qu’une secu ultra performante pour couter de plus en plus cher, sans que l’état de santé des français ne s’améliore.

  • Ce qui est certain, c’est la logique purement coercitive et jacobine de la Loi Santé, tant pour la médecine libérale que pour le secteur hospitalier public.
    Et qu’une approche libérale de régulation économique devrait valoir pour les deux secteurs.

  • Votre article est plus que surréaliste …
    Médecin retraité très impliqué dans la gestion du milieu médical (Ordre,Syndicat, Maitrise de stage, ARS) dans mon département rural, j’ai la conviction que la médecine libérale est morte et bien morte.
    Pas besoin de sédation longue et prolongée.
    Ceci est la conséquence de l’évolution sur le long terme d’un projet de destruction organisé, orchestré, programmé par TOUS les gouvernements de droite comme de gauche … ça a commencé sur le pont Alexandre III sous Giscard …

    Responsabilité du politique,
    Responsabilité du syndicalisme médical qui en plus de 30 années n’a apporté aucune réponse sur l’évolution de la société et du milieu médical, à chaque conflit: 5F et tout rentre dans l’ordre. Sur quoi avons nous avancé, sur quoi avons nous évolué sur quoi avons nous innové ???? Réponse: Rien
    Responsabilité de l’Ordre, organisme on ne peut plus scléreux et conservateur qui par exemple a vu d’un bon oeil le numérus clausus ( moins il y a convives plus la part est grande) ignorant superbement ce qu’est et ce que dit une courbe démographique.
    Responsabilité des ARS qui s’avèrent être de banales courroies de transmission des directives du ministère ignorant superbement les particularismes locaux, obsédées par le seul coût, le malade n’étant qu’un accessoire gênant, couteux, dénué de tout intérêt.

    Conclusion: la médecine française est morte et bien morte et bien malin qui pourra prévoir sous quelle forme elle pourra ressusciter, et pour une efficacité maximale il faut cesser d’enseigner la médecine à la fac de médecine et transférer cette mission à X, ENA ou Sciences Po là ou croissent et prospèrent les génies transcendants, omniscients à la science infuse de la France de demain. Coté résultats financiers les résultats ne pourront être qu’époustouflants …. isn’t it ???

    • Merci de pointer les dérives de cette corporation qu’est l’Ordre des médecins ainsi que tous les mouvements sociaux qui gravitent autour, unis pour piller les Français via des numerus clausus et autres formes de privilèges plus ou moins insidieux.

  • Taxi, médecins etc même combat: moins d’impôt mais plus d’Etat

  • A partir du moment où il y a numerus clausus, il ne peut plus y avoir de libéralisme.

  • « …le réveil de la société civile, que je ne cesse d’observer depuis deux ans, se confirme ». Ah bon ?
    Les médecins, comme les pharmaciens avant eux, ont profité de la manne de la sécurité sociale, se prétendant libéral tout en réclamant toujours plus et d’avantage à l’état.
    Maintenant que l’état, fort logiquement (!) les traite comme des fonctionnaires, tout ce petit monde s’offusque. Ben oui, carte vitale en guise de paiement, plus de dépassements, alignement sur les tarifs sécu.
    Pharmaciens, médecins, notaires, c’est comme les Taxis et des dizaines de corporations qui ont défendus leur giron, pleurant dans les jupes de maman état pour préserver leurs prébendes, tout en ayant toujours eu le choix, même à l’heure actuelle, d’exercer en vrai libéral.
    Qu’est ce qu’ils nous cassent les pieds ces comiques ?

  • Il faudrait vraiment que les « professionnels de santé libéraux » cessent de se réclamer du libéralisme à tout bout de champ étant donné que plus personne n’est dupe de leurs simagrées.. J’ai même tendance à croire qu’ils sont avec leurs petits amis des autres professions réglementées la cause de l’amalgame que certains français font bien trop souvent entre libéralisme et capitalisme de connivence clientéliste.

    Répétons-le donc encore une fois car visiblement ces quasi-fonctionnaires ont du mal avec les mécanismes économiques de base :
    La médecine en France n’a rien de libéral, pas plus en secteur 2 qu’en secteur 1 pour la simple et bonne raison que :
    – la solvabilité de la demande y est garantie par l’assurance maladie et ses prélèvements OBLIGATOIRES (oh pas grand chose hein, juste 12% du PIB…)
    – les tarifs sont fixés par l’état à des niveaux arbitraires.
    – L’absence de concurrence y est la règle du fait d’un Numerus Clausus absurdement restrictif.

    Dans ces conditions, essayer de se faire passer pour un entrepreneur est une insulte envers tous ceux qui prennent des risques véritables, sur leurs économies personnelles, pour monter une affaire dans un secteur concurrentiel et non perfusé d’argent public .

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