Compte Nickel : l’incompréhensible mise sous surveillance

Barbelés (Crédits Emmanuel Huybrechts, licence Creative Commons)

La guerre contre le terrorisme justifie-t-elle la surveillance des moyens de paiement alternatifs ?

Par Thibault Doidy de Kerguelen.

Barbelés (Crédits Emmanuel Huybrechts, licence Creative Commons)
Barbelés (Crédits Emmanuel Huybrechts, licence Creative Commons)

Les fonctionnaires de Bercy n’ont honte de rien et leur soif de contrôle est insatiable.

Dans son « plan d’action pour lutter contre le financement du terrorisme » (sic), le ministère pointe du doigt les comptes de paiement et en cite un, le Compte Nickel, qui vient par ailleurs de passer la barre des 90.000 clients. Le « compte sans banque » sera désormais répertorié parmi les comptes en banque et d’épargne dans le fichier national des comptes bancaires et assimilés (Ficoba) à partir du 1er janvier 2016. Hourra ! La mise sous contrôle du compte Nickel va sauver la France du terrorisme ! Le gouvernement ferait mieux de trouver un biais juridique pour cesser de leur payer les allocations sociales, prestations sociales et CMU… La mesure serait plus ciblée et efficace. Mais est-ce bien là l’objectif ?

Outre ce fichage, le plan de Bercy aura des incidences sur les paiements en liquide, le change de devises étrangères, le crédit à la consommation, etc. Le plafond d’un paiement en liquide est ainsi abaissé de 3.000 à 1.000 euros pour les résidents français, de 15.000 à 10.000 euros pour les non-résidents, et ce dès le 1er septembre 2015. La mesure est d’importance, car désormais, les terroristes français n’auront plus le droit de payer leur kalachnikov ou leur passeur turc en espèces ! Sûr qu’ils vont faire un chèque, tiens !

Ces mesures présentées comme sécuritaires visent à faire reculer le « cash et l’anonymat dans l’économie ». Voilà qui est plus proche de la vérité. C’est pourtant oublier que lorsque le système officiel est asphyxiant, la nature, ayant horreur du vide, crée des fonctions supplétives. Une politique intelligente consiste à faire en sorte que l’économie grise ne dépasse pas les limites de la délinquance choisie au lieu d’imposer une délinquance subie parce que vitale.

Évidemment trop heureuse de voir se réduire encore le flux qui échappe à ses canaux, la Fédération bancaire française (FBF) s’est quant à elle félicitée que « les autres acteurs du monde du paiement soient aussi impliqués et responsabilisés » que les banques dans le cadre de la « lutte contre le blanchiment du terrorisme ». Les banques qui s’érigent en parangons de vertu dans le domaine du blanchiment du terrorisme !!! Par quoi transitent les milliards de la vente du pétrole de Daesh ? Par des comptes Nickel ?

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