« Médecins salariés de la Sécu » pour les nuls

Un médecin payé directement par la Sécurité sociale, cela ne choque pas vraiment les Français. Explication « pour les nuls ».

Par Phoebe Ann Moses.

Médecin consultation ordonnance (Crédits Life Mental Health, licence Creative Commons)
Médecin consultation ordonnance (Crédits Life Mental Health, licence Creative Commons)

 

La Sécu va détenir le porte-monnaie et décidera ce qu’elle paye et sous combien de temps. Quelle profession accepterait d’être soumise à ce point-là ? Même les fonctionnaires ont une rémunération fixe et régulière, qui ne dépend pas du bon vouloir de leur employeur. Rappelons à ceux qui font semblant de l’ignorer que la Sécu est déficitaire, elle n’a plus d’argent. Vous accepteriez, vous, de signer un contrat avec un employeur en faillite ?

Et le déficit ?

Qu’arrive-t-il quand il y a déficit ? Certains médicaments sont déjà moins remboursés, et un jour, on dira aux médecins qu’il n’y a plus assez d’argent pour les payer. Il sera d’autant plus facile de rejeter la responsabilité du « trou de la sécu » sur eux. Quel moyen auront-ils pour faire valoir qu’ils ont fourni un travail qui doit être payé ? Aucun. Ils seront soumis à celui qui les paye. Si celui-ci décide qu’il « gèle » les rémunérations, il faudra s’y plier.

Le tout sans bénéficier bien entendu du moindre avantage accordé habituellement au salarié : 35 heures hebdomadaires, congés payés, cotisations sociales et retraite du salarié, arrêts maladie payés au bout de quelques jours. Non : le médecin sera soumis à son employeur, au même titre qu’un salarié, mais comme un professionnel libéral, il continuera  à avoir les cotisations, les montants d’assurances et de protection égale à zéro.

Des excuses bidon pour faire passer la pilule

Pour faire passer la totalité de cette loi stupide, les socialistes allument les contre-feux les plus saugrenus.

Premier contre-feu : « l’accès aux soins des plus pauvres » : c’est un beau contre-feu comme seuls les socialistes savent en abuser. Les plus pauvres ont déjà accès à l’AME et à la CMU ; les autres, donc, ne pourraient pas demander que le médecin attende pour encaisser leur chèque ? Le méchant médecin refuserait de le faire ? Allons, qui l’a demandé, et combien ont eu une réponse négative ? Des chiffres ! Les opticiens, attendent souvent que le patient soit remboursé avant d’encaisser le paiement. Il y a donc bien des arrangements pour que jamais le patient ne soit gêné.

Quel patient se rend chez le médecin libéral, en étant pauvre au point par exemple de ne pas avoir de téléphone portable ? Cet accessoire devenu tellement vital que le budget ménager qui lui est consacré est devenu incontournable, au détriment du budget de la santé ? On ne pourrait pas avancer 23 euros remboursés en quelques jours, mais on pourrait se payer un abonnement téléphonique ? Voire plusieurs dans la famille ? Allons, les politiques, descendez un peu sur la planète des vrais gens qui travaillent !

Deuxième contre-feu : des amendements ont été déposés concernant l’anorexie des mannequins  (vous avez bien lu, c’est aussi dans la loi), supposés tellement consensuels que la loi tout entière aura l’approbation de la population. Une façon de valoriser celle-ci en bannissant les mauvaises pratiques du monde de la mode et surtout en mettant à l’abri du danger des milliers d’adolescentes fragiles. Qui n’adhérerait pas au projet ? C’est encore une idée du député PS Olivier Véran, qui n’est jamais à court d’idées puisqu’il vient aussi de suggérer que les médecins hospitaliers travaillent jusqu’à 72 ans.

Ouvrons les yeux

Aux journalistes qui soutiennent cette loi sans en voir le danger, imaginez votre situation si l’État décidait de vous payer directement dorénavant. Chaque année, on vous donnerait les consignes à suivre : moins de choix personnel de la part de votre rédacteur en chef, mais une ligne éditoriale fixée par l’État. Qui paye si vous la respectez. Aux cinéastes, aux chanteurs, si c’est l’État qui vous payait directement en fonction de votre manière de filmer, des paroles de vos chansons ? Au boulanger, au boucher, fournissant un produit tout aussi vital que la santé, si on vous demandait de ne vendre que des produits sans gras ou sans sucre (pour respecter les consignes alimentaires de l’État), et si votre rémunération dépendait uniquement du respect des consignes énoncées par le gouvernement ? Vous seriez payés en fonction de votre degré d’obéissance à la ligne édictée par l’État qui choisirait le contenu de votre travail, qui choisirait vos clients, votre lieu de travail. Au nom du bien-être social.

Et ceux qui n’y croient pas, qui continuent à penser que la Sécurité sociale est honnête et ne ferait jamais ça, devraient demander à leur pharmacien comment se déroule le paiement différé des médicaments, et aux artisans qui travaillent autour d’eux si les organismes qui collectent les cotisations sociales fonctionnent sans erreur grave.

Il ne faut pas s’étonner que la colère gronde parmi ceux qui versent de faramineuses cotisations sociales, pour des prestations sociales auxquelles eux-mêmes n‘auront jamais droit : le financement de ce tiers-payant généralisé, dont curieusement nul n’évoque le montant, n’est possible que parce que certains paient plus que d’autres. Comment supporter de travailler plus, mais de ne plus partir en vacances, ou de se restreindre sur ses loisirs afin de financer un confort pour les autres ?

Les Français comprendront peut-être mieux quand on touchera à leur porte-monnaie : la Sécurité sociale, pour financer le tiers payant généralisé a besoin de récupérer quand même la franchise, celle qu’on vous retient sur le prix d’une consultation ou l’achat d’une boîte de médicaments (1€ et 0,5€) : il faudra que vous donniez une autorisation de prélèvement à la Sécurité Sociale pour qu’elle se serve directement sur votre compte.

Ça devient moins drôle, tout à coup, de parler de solidarité ? Vous ignorez sans doute le nombre d’erreurs effectuées par ces organismes de sécurité sociale, le temps passé au téléphone pour récupérer des sommes dues, le nombre de courriers envoyés en recommandé pour faire valoir votre bon droit.

Vous enlever l’obligation de payer c’est vous enlever le droit de choisir. On vous aura prévenus.