OGM en Inde : vers la fin de la famine ?

Le Premier ministre Indien a décidé de lever l’interdiction concernant la culture des plantes transgéniques destinées à l’alimentation. Qu’attend-il de la légalisation des OGM ?

Par Jacques Henry.

Narendra Modi credits global panorama (CC BY-SA 2.0)
Narendra Modi credits global panorama (CC BY-SA 2.0)

 

Autorisé en 2002 en Inde, le coton Bt qui produit son propre insecticide a connu un immense succès. À cette époque l’Inde importait du coton, aujourd’hui 95 % des 116 millions d’hectares de coton sont du coton Bt et font que l’Inde est devenu le deuxième producteur de coton et deuxième exportateur de ce même coton au monde. Même pas besoin d’épiloguer d’autant plus que quand on va s’acheter un jean ou un chemisier on ne se pose pas la question de savoir si le coton avec lequel sont fabriqués ces vêtements est génétiquement modifié ou non. Certes le coton ne se mange pas mais les graines de coton servent à produire de l’huile dite « végétale » parfois à hauteur de 30 % de cette huile et personne non plus ne s’en soucie, même pas les écolos !

Devant ce succès incontestable pour les petits agriculteurs, le Premier ministre Indien Narendra Modi a décidé de lever l’interdiction concernant la culture des plantes transgéniques destinées à l’alimentation. Son raisonnement est le suivant : dans 30 ans il y aura 1,5 milliard d’Indiens et il faudra bien que tout ce petit monde mange à sa faim. Mais il faudra également préserver l’environnement et les plantes « Bt » sont de bons candidats pour satisfaire les besoins en nourriture des populations dans la mesure où elles requièrent beaucoup moins de traitements aux insecticides. En conséquence, les petits paysans se frottent les mains car ils ne doivent plus emprunter d’argent pour acheter des insecticides coûteux. En effet, la productivité de l’agriculture indienne est catastrophique et l’autorisation de plantes transgéniques destinées à l’alimentation pourrait selon le Premier ministre améliorer la situation.

ogm inde rené le honzecCependant le marché des semences de plantes vivrières transgéniques est contrôlé par 4 compagnies : Monsanto, DuPont Pioneer, Dow AgroSciences et Syngenta. Tous les autres acteurs de la transgénèse végétale ont virtuellement disparu sous la pression des mouvements écologistes sans que jamais aucun argument valable n’ai été apporté clairement par ces derniers pour justifier l’interdiction des plantes transgéniques. Modi exerce donc une pression constante sur les réfractaires du BJP (Bharatiya Janata Party) de tendance nationaliste et dont il fait partie pour autoriser la culture des oléagineux transgéniques sur le sol indien en particulier la moutarde.

La moutarde (Brassica juncea), de la famille du colza (Brassica napus), est une plante oléagineuse originaire du Népal à haut rendement en huile et une variété transgénique « made in India » à très haut rendement est en cours d’essai tout près de la résidence du Premier ministre qui s’intéresse au plus haut point à ce premier essai en plein champ depuis le moratoire de 2010 interdisant la poursuite d’essais en plein champ de riz, de pois chiche, de maïs ou d’aubergine transgéniques. Il est important de noter au sujet de la moutarde que l’Inde importe 60 % de l’huile à usage alimentaire consommée pour un montant de 10 milliards de dollars, le troisième poste d’importation après le pétrole et l’or destiné à la bijouterie !

Le gouvernement central a autorisé sans restriction les essais plein champ et par voie de conséquence la culture de plantes transgéniques au grand dam des organisations écologistes dont Greenpeace, qui se trouve être dans le collimateur du Ministère des Finances Indien. Les agriculteurs désireux de cultiver des plantes génétiquement modifiées doivent néanmoins obtenir une autorisation locale. Ce « détail » offusque naturellement Greenpeace, organisation de plus en plus démunie d’arguments surtout en Inde puisque le coton transgénique Bt a fait l’objet d’accords de licence avec plusieurs compagnies indiennes. Il en résulte que Monsanto n’est plus la bête noire à combattre dans ce pays pour cette organisation…

Sous l’impulsion du Premier ministre, une multitude d’universitaires indiens a tenté, en vain, de montrer que les plantes transgéniques vivrières étaient dangereuses pour l’environnement ou la santé animale et humaine. Il faut donc admirer le pragmatisme des dirigeants indiens qui permettra à terme d’améliorer les conditions de travail et de vie, tout simplement, de dizaines de millions de petits agriculteurs indiens et contribuer au bien-être de l’ensemble de la population du pays quoique puissent en penser Greenpeace ou WWF…

  • Source : Reuters

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