La religion est un droit, la critiquer est un devoir

Republishing a Charlie Hebdo cover

Pourquoi il n’y a rien de contradictoire entre défendre la liberté religieuse et critiquer la religion.

Par Emmanuel Bourgerie.

Il faut voiler Charlie Hebdo Credit  Mona Eberhardt (Creative Commons)
Il faut voiler Charlie Hebdo Credit Mona Eberhardt (Creative Commons)

Suite aux événements récents, certains ont pu s’étonner que je défende avec une telle ferveur la liberté de religion, tout en critiquant dans le tweet suivant de façon assez virulente les valeurs et idées défendues par ces dernières. Je n’y vois personnellement aucune incohérence, mais je suis attristé encore une fois qu’il y ait cette mentalité « avec moi ou contre moi » qui joue ici.

Oui, la liberté de religion est un droit fondamental. Il fait partie du 1er amendement de la constitution des États-Unis (celui qui inscrit la liberté d’expression), et pour des bonnes raisons : c’est l’expression de la croyance personnelle de chacun, et tant qu’elle ne cause aucun tort objectif je ne vois pas en quoi elle saurait être limitée.

Donc, au nom de la liberté de religion, je pense que les femmes devraient avoir le droit de porter le voile, que les pâtissiers homophobes devraient avoir le droit de ne pas vendre de gâteaux aux couples gays qui vont se marier, et que les mosquées (tant qu’elles sont financées de façon volontaire) peuvent fleurir partout où les musulmans veulent en construire.

Défendre la liberté de religion n’est pas seulement défendre le droit de faire sa prière dans sa chambre, c’est aussi accepter que parfois, certaines personnes feront des choses avec lesquelles on ne sera pas en accord. Mais si l’on commence à limiter les libertés religieuses au nom du fait que l’on est offensé par ce que certains font, alors il faut s’attendre à ce qu’en retour les religieux zélés essaient de limiter les libertés des autres, au même motif que cela constitue une offense à leurs yeux.

Mais alors, quelles limites imposer à la religion ? La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen donne une définition assez libérale à ce sujet :

« La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la Société, la jouissance de ces mêmes droits. »

En clair : si vous pouvez prouver un tort objectif, alors vous pouvez interdire. « Les musulmans remettent en cause notre culture parce qu’ils ne mangent pas de jambon » n’est PAS un tort objectif.

Et quand les croyants expriment leur religion, ils font usage de leur liberté de religion et d’expression, ce que je respecte. Mais quand je critique la religion comme étant un système de pensée irrationnel et nocif, je fais usage à mon tour de ma liberté d’expression, et tant que je ne cause aucun tort objectif, je ne vois pas en quoi je devrais m’en priver.

L’athéisme n’est pas l’antithéisme. Ne pas avoir de croyance religieuse, et militer pour la séparation de l’église et de l’État dans un pays comme l’Irlande, ne signifie pas vouloir réduire les religions au silence. Cet amalgame « athée = Hitler » est tout au mieux ridicule (d’autant plus qu’il est historiquement faux). La traduction politique de l’athéisme n’est pas l’interdiction de la religion, mais la défense de la laïcité.

Ceci dit, tout comme avoir une croyance et l’exprimer est un droit, la critiquer l’est tout autant.
Oui, la religion est un système de pensée irrationnel qui n’est pas basé sur la raison et l’expérimentation.
Oui, la religion est un frein à la science en refusant d’accepter des vérités en contradiction avec ce qu’il y a dans un vieux livre.
Oui, la religion est corrélée à l’homophobie et au sexisme, et pas uniquement dans les pays pauvres.

Mais, non, critiquer des idées n’est pas « raciste » ou « xénophobe » simplement parce que les pratiquants d’une certaine religion se trouvent être d’une certaine ethnie plutôt qu’une autre. La qualité d’une idée ne se juge pas à la couleur de la peau de qui la défend, et l’homophobie n’est pas soudainement excusée parce qu’on est ou non d’origine française. De même, critiquer une religion n’est pas une violation de la liberté de religion. Vous avez le droit d’avoir des croyances irrationnelles, tout comme j’ai le droit de pointer du doigt qu’elles le sont.

Il y a cependant un domaine dans lequel la religion possède une nocivité objective : c’est lorsqu’elle tente de faire appliquer par la loi les vérités qu’elle prêche dans son livre. Quand certains descendent dans la rue contre la liberté de certains de s’unir, au prétexte fallacieux qu’un bouquin arriéré (oui, l’ancien testament est un ouvrage arriéré, de l’aveu même des catholiques progressistes) raconte l’histoire sordide d’une ville qui aurait « sombré dans la débauche », il y a un problème. Quand une majorité alarmante de musulmans dans le monde entier pense que ceux qui quittent la religion musulmane devraient être condamnés à mort, comme l’ordonne le Coran, il y a un sérieux problème.

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