Faut-il abolir la Banque centrale européenne ?

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Euro BCE (Crédits Maciej Janiec, licence Creative Commons)

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Faut-il abolir la Banque centrale européenne ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 31 janvier 2015
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Par Ferghane Azihari.
Un article du Taurillon

Euro BCE (Crédits Maciej Janiec, licence Creative Commons)L’actualité économique et monétaire européenne semble mouvementée. La Banque nationale suisse a décidé de déconnecter la monnaie helvétique de l’euro. Angela Merkel a joué au poker pour influencer, en vain, le cours des élections en Grèce. La victoire d’un parti qui refuse à juste titre de subir la politique d’un establishment corporatiste, conservateur et au service des élites financières était inéluctable bien que son programme étatiste ainsi que son association avec une formation conservatrice et nationaliste restent regrettables. Enfin les élites à la tête de la Banque centrale européenne (BCE) se décident à jouer les apprentis sorciers avec la monnaie unique au service de l’oligarchie financière qui, avec la complicité active des puissances publiques, nous a plongé dans la crise que nous continuons à subir. Les caprices et autres coups bas des dépositaires de la puissance publique ne cessent décidément pas de mettre à mal le projet civil européen. Cela doit cesser.

Les institutions et gouvernements européens sont décidément irrécupérables. Ils ont déresponsabilisé l’ensemble du secteur bancaire via des plans de renflouement aussi massifs qu’illégitimes (les banques irresponsables auraient dû faire faillite, tout simplement). Le risque systémique pourrait désormais être plus grand qu’avant la crise.

L’interventionnisme de la Troïka (ce corps obscur de diplomates nationaux assujettis à aucun véritable contrôle parlementaire) en Grèce s’est également résumé à appauvrir un pays pour gaver le secteur bancaire d’aides publiques. Voilà désormais que Mario Draghi se met à racheter des obligations d’État sur les marchés financiers (détenues par ces mêmes banques évidemment) dès que l’on apprend la possible victoire d’un parti dont la ligne politique consiste à remettre en question la légitimité de la dette publique.

Coïncidence ? Peut-être. Toujours est-il que cet interventionnisme monétaire que l’on nomme « Quantitative Easing » a curieusement été salué par l’ensemble de la presse européenne alors qu’il ne profitera qu’à l’élite financière déjà arrosée de liquidités du fait de politiques monétaires jusqu’ici ultra-accommodantes. Cette politique monétaire élaborée par l’élite et pour l’élite pose la question du monopole administratif de l’émission de la monnaie et donc de l’existence même de la BCE. Il faut s’empresser d’énoncer que même dans l’hypothèse de l’abolition de celle-ci, il est bien évidemment hors de question de retourner aux monnaies nationales.

Les soi-disant chercheurs et intellectuels favorables à ce scénario ne font que verser dans le nationalisme primaire. Tout d’abord, une administration nationale monopolistique n’est pas par essence meilleure qu’une administration transnationale au fonctionnement similaire. Ensuite parce que rien ne permet de décréter que l’échelle nationale est l’échelle la plus pertinente pour exécuter une politique monétaire exclusive. L’argument de la « diversité des modèles économiques nationaux » ne tient pas la route. Faire de la frontière nationale la plus pertinente pour délimiter les réalités économiques relève au mieux d’une décision arbitraire aveuglée par un nationalisme inconscient, au pire de la mauvaise foi aux arrières pensées consciemment nationalistes.

Par exemple, la région parisienne a sur le plan économique beaucoup plus de points communs avec les grandes métropoles européennes qu’avec la Corse, l’Auvergne ou la Martinique. Étrangement, nous n’entendons point les chantres de la diversité économique plaider pour un franc corse, un franc parisien, un franc auvergnat ou encore pour un franc martiniquais. La réalité tient à ce qu’il n’existe pas d’échelle pertinente pour délimiter l’exclusivité d’une politique monétaire. La question de l’échelle est d’ailleurs un faux problème. Le sujet essentiel concerne plutôt le caractère exclusif, monopolistique, centralisé, contraignant et bureaucratique de l’outil monétaire, ce qui la place mécaniquement entre les mains d’une élite.

Au contraire, la monnaie devrait être un instrument démocratisé et donc décentralisé. Elle doit être le fruit de fédérations volontaires et spontanées.

Privilégier les monnaies sociales concurrentielles en lieu et place des monnaies bureaucratiques exclusives

Mario Draghi, président de la BCE (Crédits ECB European Central Bank, licence Creative Commons CC-BY-ND)Les monnaies sociales sont des instruments d’échange institués par des organismes nés de coopérations spontanées et volontaires. Il s’agit généralement d’associations bancaires privées qui fonctionnent selon une dynamique fédérative, coopérative, mutualiste ou autre. Leur caractère contractuel fait qu’ils ne peuvent prétendre à l’exclusivité sur un territoire donné (ainsi pourrions-nous voir circuler plusieurs monnaies sur un même territoire).

Ces associations, parce qu’elles sont par essence soumise à la concurrence ainsi qu’à l’absence d’exclusivité territoriale sont beaucoup plus facilement contrôlables par leurs usagers que les banques qui détiennent un monopole territorial en matière monétaire. Nous pouvons alors imaginer des monnaies émises par des structures associatives regroupant des particuliers, des associations ainsi que des entreprises à l’échelle locale, supra-locale, continentale voire mondiale. Ces personnes seraient libres de s’affilier à une ou plusieurs monnaies associatives. Un tel système serait tout à fait envisageable.

Contrairement à ce que prétend la vision économique dominante, la monnaie n’est pas un élément par nature vouée à être aux mains des institutions étatiques. Tout d’abord parce qu’aucun phénomène social n’est naturel. Ensuite parce que l’échange marchand (fut-il commercial ou non) ainsi que la monnaie sont tous deux des phénomènes antérieurs à l’État. Enfin, il est bon de rappeler qu’il n’y a rien, en matière économique et sociale, qu’une association ne puisse pas faire au moins aussi bien qu’une administration. La seule différence entre ces deux formes d’entités tient à ce que la première se fonde sur le contrat là où l’autre se fonde sur la contrainte.

En l’espèce, les banques associatives susmentionnées seraient libres de choisir leur « politique » monétaire. Cette dynamique auto-gestionnaire aurait une légitimité supérieure aux politiques pratiquées aujourd’hui dans le cadre des banques centrales. La concurrence favoriserait les expérimentations ainsi que les innovations en matière de politique monétaire. Parmi ces innovations, on peut penser à la perspective d’un revenu universel ou encore à l’exemple des monnaies fondantes même si, hélas, la plupart des expériences monétaires privées ont été avortées par les autorités centrales qui y voyaient un dangereux outil d’émancipation vis-à-vis de leur tutelle contraignante.

Les banques associatives s’inspireraient des échecs et des réussites de leurs concurrentes. Les échanges internationaux ne seraient pas entravés par les risques de change. Ce système combinerait à la fois liberté et flexibilité. Il satisferait l’idéal d’unité de la société civile en Europe et dans le monde mais également la diversité des revendications individuelles et collectives en matière monétaire, et cela indépendamment des considérations nationalistes.

La BCE et l’euro ayant été conçus comme des instruments au service du projet européen, on peut légitimement s’interroger sur les conséquences de leur abolition sur l’intégration européenne. Le dernier paragraphe a ainsi l’ambition de convaincre les fédéralistes que l’euro et la BCE ne sont en rien l’alpha et l’oméga de l’aboutissement de notre projet fédératif. Bien au contraire.

L’abolition de la BCE compromettrait-elle l’intégration européenne ?

europe rené le honzecComme on vient de l’énoncer, l’euro et la BCE n’ont pas été conçus pour des considérations économiques. La zone euro a été conçue comme un projet politique avant toute chose. Il ne s’agit à l’époque que d’un simple instrument au service de l’unité politique du continent. Mais l’instrument en question est-il réellement indispensable voire tout simplement compatible au regard de la finalité poursuivie ? Ne constitue-t-il pas plus un obstacle qu’autre chose ? Nous avons tort de concevoir le projet européen comme un projet politique. Car qui dit politique dit pouvoir et domination, les deux notions contre lesquelles se sont battues les pères fondateurs. Ainsi le projet européen doit-être vu, non plus comme une conquête pour le pouvoir, mais une conquête pour la liberté. Il ne serait plus un projet « politique » mais un projet « civil » ou de « civilisation » au sens libéral du terme.

Seule cette perspective serait compatible avec les objectifs de l’idée européenne. Abolir les États-nations et l’ordre westphalien1 qu’ils ont mis en place. Dépolitiser et individualiser les relations internationales pour conforter l’exercice des libertés individuelles (non seulement économiques mais également civiles et politiques) au-delà des cadres arbitrairement institués par les nationalismes. Promouvoir la paix en arrachant aux États qui détiennent le monopole de la guerre la compétence diplomatique au profit de la société civile. Favoriser les conditions de l’émancipation individuelle et la fraternité humaine qui découleraient d’une société libre et pacifiée.

Ces objectifs sont bien évidemment incompatibles avec l’idéologie qui consacre la primauté des souverainetés étatiques sur la scène internationale et des rapports de force politiques qui en découlent. Mais on voit mal également comment l’existence d’une institution monétaire centralisée, monopolistique, irresponsable et dépendante des rapports de puissance diplomatique (l’indépendance de la BCE n’étant plus qu’un mythe qu’autre chose) peut servir cette finalité.

La BCE et la monnaie unique ne nous unissent point, pas plus qu’elles nous libèrent. Elles nous divisent et asservissent en reproduisant la même logique westphalienne et les mêmes constantes de la géopolitique européenne que nous essayons de combattre depuis 60 ans. Les coups de la BCE portés sous la ceinture d’un certain nombre de pays pendant la crise de la zone euro (Grèce, Irlande, Chypre, Espagne, Italie2, les tentations très fortes d’exclure3 la Grèce de l’Union européenne, « le berceau de notre civilisation », à l’issue d’une élection populaire au nom de considérations économiques ainsi que le ressentiment général vis-à-vis de « l’hégémonie allemande » par rapport à la définition de la stratégie économique de la zone euro (si tant est qu’il y en ait une) l’illustrent bien et devraient nous interpeller.

De plus, une monnaie monopolistique assujettit nos vies à des volontés politiques centralisées au service d’une caste irresponsable, ce qui s’apparente plus à une situation de servitude grande échelle qu’à la liberté continentale que nous essayons de consacrer. Les banques centrales n’existent en effet que pour asseoir la domination des États et de leurs élites sur le plan économique. Or le projet européen est né contre cette même forme de domination. La reproduire à l’échelle continentale constitue donc un contre-sens philosophique et va à l’encontre de la philosophie fédérative qui suppose des institutions aux assises résolument contractuelles.

Enfin, si les liens civils et sociaux que nous cherchons à favoriser par l’abolition des nationalismes ne dépendent que de l’existence d’une monnaie bureaucratique, c’est qu’ils sont bien plus pauvres et virtuels qu’on ne l’admet. On préfèrera au contraire considérer la qualité supérieure des solidarités transnationales spontanées par rapport aux relations sociales construites de toutes pièces par les bureaucraties monopolistiques. C’est pourquoi la dépolitisation totale des questions monétaires est indispensable à la rectification du projet européen.

Sur le web

  1. Le système westphalien est le mode d’organisation des relations internationales dans lequel prévaut le principe de primauté des souverainetés étatiques et les rapports de puissance diplomatique qui en découlent.
  2. « Malgré une adoption par décret des mesures demandées (par le BCE, NDLR) deux jours après la réception de la lettre, certains points ont été remis en question lors des dernières phases du processus législatif en octobre 2011(…). Les dirigeants de la banque ont estimé que la conditionnalité des achats de titres souverains n’avait pas été respectée par le gouvernement italien. Le 7 novembre 2011, le taux d’intérêt associé à la dette italienne atteint des nouveaux records à 6,68 % mais la BCE n’engage pas de rachat de titres afin de pouvoir continuer à exercer une pression sur la mise en œuvre des mesures. Plus tard dans la journée, Silvio Berlusconi annonce sa démission, une nouvelle qui provoque une intervention massive de la BCE sur les marchés secondaires (…). Bien que la banque n’ait pas été le seul acteur à exercer une pression poussant le président du Conseil italien à la démission, c’est bien son monopole sur les liquidités qui lui a permis d’influer sur le remplacement d’un dirigeant élu par Mario Monti. », Fontan Clément, « Frankenstein en Europe », Politique européenne 4/ 2013 (n° 42), p. 22-45.
  3. Juridiquement parlant, ce scénario est impossible. Mais nul doute que les institutions européennes (la BCE en tête) peuvent de facto exercer des pressions économiques et monétaires pour pousser la Grèce dehors.
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  • Abolir la BCE parce qu’elle a mal fait le job ? Ne serait-il pas plus astucieux de lui retirer tous ses monopoles, qu’on n’aurait d’ailleurs jamais du lui donner ?

  • Il faut s’empresser d’énoncer que même dans l’hypothèse de l’abolition de celle-ci, il est bien évidemment hors de question de retourner aux monnaies nationales.

    Et pourquoi pas un système à plusieurs monnaies nationales avec l’Euro ?
    Chaque pays définit la taille de son bac à sable pour les politiciens braillards y construisent des châteaux de rêve en Espagne, et le bac à sable de l’Euro reste petit et bien délimité, on y fait pas n’importe quoi.

  • L’exposé était prometteur, avec une excellente première partie, dramatiquement gâchée par la rêverie pseudo-économique des suivantes. Quel dommage !

    On se souvient que tout concept agrémenté du qualificatif « social » est au mieux vidé de son sens, au pire inversé et perverti dans un objectif de destruction. Il suit qu’une « monnaie sociale » n’existe pas (longtemps), notamment si elle est fondante ou, ce qui revient au même, si elle est destinée à financer un RU. Comme d’habitude en économie, la monnaie ne faisant évidemment pas exception, il convient de se poser les deux questions simples mais essentielles : qui paye, qui profite ?

    Qui assume d’abord l’effort, la sueur et les larmes de la création des richesses (production) permettant ensuite, mais seulement ensuite, la jouissance de la destruction de ces mêmes richesses (consommation) ? Si ce ne sont pas les mêmes individus agissant volontairement, alors la théorie exposée n’est qu’une énième variation du nihilisme socialiste, cet anti-humanisme barbare en lutte haineuse contre la civilisation, conduisant inexorablement à la crise, au conflit, à la ruine et à la pauvreté absolue.

    • Monnaie sociale.

      Social => Société => Societas (latin) => Consentement => Contrat

      Conclusion, monnaie sociale :Monnaie assise sur des fondements contractuels. Il ne faut pas chercher plus loin.

      Dès lors que personne ne vous oblige à adhérer à un système monétaire, je ne vois pas où est le problème. Laissez donc la libre-concurrence faire le ménage entre les expériences foireuses et les expériences à succès.

      Enfin, je vous invite à vous pencher un peu plus sur les différents types d’expériences monétaires recensées dans cet article. La plupart d’entre elles n’avaient pas de défaut structurel si ce n’est celui d’agacer ceux qui voulaient continuer à bénéficier de leur influence monétaire monopolistique, à savoir les Etats.

      • Le problème des expériences socialistes, c’est qu’elle n’existent que par le recours à la contrainte violente, le contraire de la libre-concurrence. L’usage immodéré du qualificatif « social » a pour but de masquer la négation du contrat, au sens du contrat volontaire

        Le socialiste proclame « social, social, social » en pensant précisément le contraire. C’est l’exemple du fameux « contrat social », qui est tout sauf un contrat.

        • L’article ne cesse pas de parler de monnaies émises par des structures privées. Je ne sais pas ce que vous voulez de plus. Quand bien même un système monétaire fonctionnerait selon une dynamique socialiste, à partir du moment où ce système ne s’impose pas par la force, vous devriez le laisser vivre en paix.

          Le libéralisme, est un système qui doit permettre à toutes les « idéologies sociales » de s’exprimer dès lors qu’elles n’agressent personne. Les propositions émises dans cet article ne requièrent nullement l’utilisation du monopole de la violence légale pour être appliquées. Il en va de la responsabilité des individus qui composent la société civile indépendamment de toute coercition étatique.

        • Je réitère aussi mon invitation à vous renseigner sur les différentes expériences de monnaies sociales qui s’appuient sur les théories issues du « socialisme utopique », le système d’échange local (SEL), la monnaie fondante et autres tentatives. Vous verrez que les exemples en la matière ne manquent pas. Ces expériences, parce qu’elles s’appuient sur l’accord de volontés des individus qui les pratiquent, sont parfaitement soluble dans un marché libre. Le seul danger, c’est la capacité de l’Etat à exercer des pressions pour réprimer ces expériences :

          http://fr.wikipedia.org/wiki/Wara

  • Bonjour,
    A mon sens, un système de banques libres constituerait un recul dans l’évolution économique, et serait même contraire au principe de laissez-faire ou de main invisible. Je m’explique. D’abord, pour « abolir » la BCE, cela nécessite un interventionnisme intentionnel, pour reprendre la distinction de Nozick entre main invisible et « main cachée » derrière laquelle il y a une intention. Ici clairement abolir la BCE serait intentionnel pour mettre en place un autre système. Ensuite, et c’est sans doute ce qui est le plus fondamental, il semblerait que l’émergence d’une monnaie dominante et exclusive soit le résultat d’une évolution explicable par la main invisible. Expliquons pourquoi en esquissant une genèse de la monnaie. Comme l’expliquait A. Smith, la monnaie naît du besoin de chaque individu, lors d’un échange marchand, de disposer d’un bien qui lui permettra d’être échangé par la suite contre un autre bien. C’est ce qu’on nomme la liquidité. Ce qui fait office de monnaie doit avoir la confiance des agents économique, c’est-à-dire que celui qui reçoit la monnaie lors d’un échange doit être suffisamment certain que ce qu’il reçoit pourra ensuite être échangé contre une marchandise. Imaginons maintenant une société où coexistent plusieurs monnaies, cela signifie que certains agents n’acceptent d’effectuer un échange marchand monétaire que dans une certaine monnaie. Ce monde serait efficient si les seuls échanges qui existent se font dans une communauté uni-monétaire et si échanger avec un agent d’une autre communauté monétaire n’apporte rien qui ne soit déjà dans sa propre communauté. Autrement dit, c’est efficient si on a une sorte de « communautés clonées » où seule la monnaie diffère. Hypothèse assez irréaliste. Si on se trouve dans une autre situation, où les échanges inter-communauté monétaire sont mutuellement avantageux, un système multi-monétaire est inefficient car il engendre des coûts de conversion pour changer sa monnaie et ainsi pouvoir échanger, mais également parce qu’il entraîne le traitement d’un grand nombre d’information (notamment le taux de change entre monnaie qui bien entendu est fluctuant), ou encore parce qu’il engendre de l’incertitude (la monnaie privée reçue sera-t-elle acceptée par le même nombre d’agents, son cours va-t-il baisser relativement aux autres, etc).

    Cependant, l’inefficience d’un tel système ne permet pas de conclure qu’il va évoluer vers un système plus efficient. En effet, si le nombre de transaction relatif à chaque monnaie est le même, rien ne permet d’énoncer que le système évoluera. Mais là encore, on est dans une situation très particulière, peu réaliste. Il est plus vraisemblable qu’une monnaie domine les autres, c’est-à-dire que davantage d’échange se fassent avec une des monnaies. C’est là le basculement. Il sera alors plus intéressant pour un individu qui veut maximiser ses échanges, d’abandonner son ancienne monnaie pour la nouvelle qui lui offrira davantage de débouchés puisque davantage d’individus l’utilisent. Le processus est enclenché et de proche en proche, la monnaie dominante deviendra encore plus dominante (une sorte d’effet saint-Matthieu), jusqu’à devenir monopolistique. Cette explication est typiquement une explication de type main invisible : aucun dessein initial mais pourtant on aboutit à une situation qui pourrait sembler avoir été décidée et voulue. Un exemple empirique qui en apparence semble contredire ce propos : la multiplicité des monnaies au niveau mondial. Ce n’est qu’apparent, en effet, dans les transactions internationales, les agents ont justement tendance à privilégier la monnaie dominante, plus précisément le dollar.

    Conclusion : on peut intervenir pour abolir la BCE et crée un système de banques libres, mais ce serait un recul car il semble qu’il soit de l’intérêt de tous mais plus encore, il semble que l’hégémonisme monétaire soit un processus sinon naturel (le terme serait en effet mal choisi) du moins issu de la main invisible.

    • Ayez au moins la décence d’avouez que vous êtes un adepte de la théorie étatique de la monnaie, ou chartalisme, dont vous tentez maladroitement de masquer l’utilité principale, qui est de donner un cadre où la levée de l’impôt est facilitée, et non de donner un cadre permettant aux agents économique de produire le plus de valeur possible.

    • « jusqu’à devenir monopolistique » : c’est arrivé à ce point que votre raisonnement échoue. Un monopole ne peut pas apparaître sans l’appui de l’Etat qui l’impose. En l’absence de cet appui, il y aura toujours un ou plusieurs concurrents émergeant d’une manière ou d’une autre. Le monopole sur un marché libre est en pratique impossible. Ce qui est vrai pour les biens et services communs est également vrai pour la monnaie, puisque la monnaie est un bien comme un autre.

      Si le dollar ne parvient pas à une situation monopolistique, c’est précisément pour cette raison. En effet, l’impossibilité du monopole monétaire tient au fait que, sur le marché des diverses monnaies nationales, ersatz de marché libre, il n’existe aucune entité supérieure en capacité d’imposer son monopole par la force. Constamment, de nouveaux concurrents apparaissent pour contester sa position dominante : Livre, Franc suisse, Yen, Yuan, et bientôt le Mark européen, quand l’euro aura disparu sous l’effet des coups fatals portés par la BCE.

      • je vous invite à relire Nozick qui explique très bien comment un monopôle apparaît de facto, via la main invisible.

        Le monopôle sur un marché est en pratique possible, j’aimerai bien connaître votre démonstration pour prouver ce que vous affirmer.

        La monnaie n’est justement pas un bien comme un autre, puisqu’elle est le bien le plus liquide (c’est à dire un bien qui nécessite un accord social pour exister), un bien qui n’a aucune valeur d’usage.

        • Sauf erreur de ma part, la démonstration de Nozick justifie l’Etat minimal, seule forme morale acceptable de l’Etat, mais certainement pas l’idée farfelue qu’un monopole économique puisse émerger sur un marché libre hors de la sujétion étatique.

          Vous exigez une démonstration ! Alors, sans attendre, citez donc un seul exemple de monopole existant durablement sans le soutien de son Etat ! Que vaut une théorie économique (le monopole de marché) qui ne dispose d’absolument aucun exemple historique, même pas un seul par hasard, pour la légitimer ?

          La monnaie est un bien comme un autre. Le fait que le bien choisi comme monnaie possède certaines caractéristiques spécifiques relativement aux autres biens (liquidité, valeur d’usage…) justifiant son usage à cette fin n’y change rien. Parce que c’est un bien comme un autre, la monnaie ne peut être produite et détruite dans le cadre d’un monopole étatique sans provoquer les multiples catastrophes qu’on a subit hier, qu’on observe aujourd’hui, et dont on s’inquiète à raison pour demain. Sans alternative, supprimer les monopoles monétaires est nécessaire et suffisant pour mettre fin à ces catastrophes à répétition.

          • Nozick montre que l’Etat minimal (ou plutôt ultra-minimal) naît d’un processus de main invisible qui conduit à un monopole de facto de l’agence de protectrice dominante.

            Nozick esquisse même une explication du monopole de la monnaie au début d’Anarchie, Etat et utopie pour montrer son désaccord avec Locke sur la nécessité d’un consentement mutuel préalable à la création de la monnaie.

            Vous trouverez des exemples de monopole dans cet article : http://www.contrepoints.org/2013/11/22/147191-les-standards-du-prive-pas-besoin-detat

            Si vous préférez, on peut plutôt dire que la valeur d’usage de la monnaie est sa valeur d’échange. Ce qui est alors un élément montrant que la monnaie n’est pas un bien comme un autre. Une chaussure a une valeur d’usage (pouvoir marcher, protéger son pied, être élégant, etc) et une valeur d’échange (pouvoir être échangé contre quelque chose). La monnaie nécessite également un accord social pour exister ou plutôt pour continuer à exister (accord qui se fait pas un processus de main invisible), cela signifie clairement qu’alors que dans un échange de troc, ce qui compte c’est simplement ce que propose l’acheteur et ce que veut le vendeur, dans un échange monétaire, un troisième élément entre en jeu : savoir si la monnaie qu’on reçoit pourra être échangée plus tard pour qu’on obtienne soi-même un bien. Il y a donc une dimension sociale dans cet échange.

            • « ultra-minimal » : ce qui est bien avec le socialisme, c’est que l’ultra-socialisme a déjà un nom, le fascisme.

              Quels monopoles dans l’article cité ? Pas la queue d’un ! Vous demeurez infoutu de citer le moindre exemple de monopole privé. On attend…

  • Le dollar est une monnaie qui couvre plus de 80 % des échanges mondiaux, les pays commerçants en dollar n’ont pas, pour autant, adopté le dollar comme monnaie nationale. Les pays producteurs de pétrole, par exemple, vendent leur pétrole en dollar et les pays consommateurs l’achètent dans cette monnaie alors que leurs monnaies nationales sont différentes. L’euro aurait pu être une monnaie supra nationale aussi dans la zone europe voire au-delà et les pays européens-eurolandais actuellement, conserver leur monnaie nationale. C’était d’ailleurs la thèse soutenue par Sir Jimmy Goldsmith et les Anglais, mais ils ont été contrés à l’époque par MM Mitterrand et Chirac -qui comme chacun le sait ont été des monétaristes comme le monde n’en a jamais connu, sous le prétexte que tout ce qui provient de la « perfide Albion » est forcément contraire aux intérêts de la France -il faut quand même se souvenir que M Mitterrand était pro-européen et M Chirac anti, on peut se poser des questions sur la qualité de ces hommes en matière monétaire et de leur vue à long terme!
    Voilà nous y sommes presque, il va falloir choisir à un moment la monnaie commune (différente d’unique) avec la coexistence de nos monnaies nationales retrouvées ou alors persister dans l’euro-unique et attendre la chute. Sacré programme comme disait M. De Gaulle

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