Fondamentalisme : ils haïssent notre liberté

contrepoints 733 Etat islamique

Deux éléments de notre civilisation sont rejetés par les fondamentalistes : la laïcité et la liberté des femmes.

Par Patrick Aulnas.

contrepoints 733 Etat islamiqueFranchement, la une de premier numéro de Charlie Hebdo post-attentat fut talentueuse mais gentillette. Le bon prophète Mahomet, la larme à l’œil, tient une pancarte indiquant « Je suis Charlie ». La raison conduit à penser que le prophète ne peut pas être un méchant garçon qui applaudit le crime. Mais la raison n’a rien à voir dans tout cela, d’où les nombreuses manifestations de protestation dans les pays à dominante musulmane. Les adeptes de l’Islam radical haïssent la liberté, et l’émergence de la liberté dans le monde appartient à l’histoire de l’Occident. Nous sommes les hérauts de la liberté, nous sommes donc condamnables. S’agirait-il d’un choc de civilisations, selon l’expression utilisée par Samuel Huntington ? Au demeurant, il n’est pas nécessaire d’adhérer entièrement à la thèse géopolitique d’Huntington pour utiliser ce terme.

Il n’y a pas de fin de l’histoire

Au 20e siècle, une partie du monde occidental a dérivé vers la dictature la plus odieuse (fascisme, nazisme), mais du fait de la forte présence américaine, ces régimes autoritaires ont été vaincus. La guerre froide entre le monde libre et le bloc soviétique a suivi la victoire sur les dictatures fascistes. Il s’agissait à nouveau de faire prévaloir la liberté. L’inefficacité du totalitarisme soviétique a pétrifié cette société gouvernée par des apparatchiks. Elle s’est effondrée. Francis Fukuyama a alors évoqué « la fin de l’histoire » (1992) dans la mesure où seule subsistait la démocratie libérale. On voit aujourd’hui que l’histoire de la lutte pour la liberté n’est pas achevée et qu’elle ne s’achèvera sans doute jamais. Des forces politico-religieuses ont une vision de l’homme et de la société très éloignée de la démocratie. Il s’agit principalement des fondamentalistes islamistes, mais il existe aussi des intégristes chrétiens (catholiques, protestants) ou juifs qui détestent la liberté et veulent imposer à tous leur vision du monde.

La laïcité, voilà l’ennemie

En limitant l’analyse à l’Islam, deux éléments fondamentaux de notre civilisation sont rejetés par les fondamentalistes : la laïcité et la liberté des femmes. Chacun a pu observer les manifestations qui ont eu lieu dans de nombreux pays dominés par l’Islam à la suite de la parution du nouveau numéro de Charlie Hebdo le 14 janvier. Elles sont symptomatiques de pays où le pouvoir politico-religieux est omnipotent. Les manifestants étaient de toute évidence manipulés par les autorités des pays considérés. Il s’agit d’adultes-enfants auxquels on a donné la permission d’aller au carnaval. En l’absence de démocratie, les manifestations de rue ne peuvent exister qu’à l’instigation du pouvoir en place, sinon elles sont écrasées par la force.

Ces pouvoirs ne supportent pas la distinction entre le religieux et le politique qui est le propre de notre démocratie. Considérer la religion comme un choix personnel pouvant être librement débattu, c’est remettre en cause le fondement même du pouvoir dans beaucoup de pays arabes ou du Moyen-Orient ainsi qu’au Pakistan et en Afghanistan. Ces pays n’ont jamais connu la laïcité, c’est-à-dire la neutralité de l’État par rapport aux religions. L’Islam est leur religion officielle. La légitimation du pouvoir politique conserve donc un aspect religieux plus ou moins avoué. À partir du moment où il existe une religion d’État, détenant une vérité révélée, le pouvoir politique a une dimension transcendante. Cette situation prévalait en France jusqu’à la chute de la royauté à la fin du 18e siècle. Le roi était investi d’un pouvoir de droit divin. L’esprit des Lumières a justement consisté à remettre en cause cette forme de légitimité en proposant le concept de souveraineté populaire : la population entière confie pour un temps l’exercice du pouvoir à des élus. Nous pensions qu’il s’agissait là d’un acquis. Pas pour tout le monde !

La liberté des femmes, quelle honte !

Les leaders fondamentalistes haïssent particulièrement la liberté des femmes. Qu’une femme puisse être femme en dehors du foyer est tout à fait contraire à la tradition qu’ils défendent. Elles doivent cacher leur corps, dont la vue est réservée à leur époux, d’où la burqa ou ses équivalents. La femme est servante de l’homme et épouse soumise, rien de plus. Le contraste avec les valeurs occidentales est tout à fait saisissant. Dès le 17ème siècle, les femmes de l’aristocratie européenne avaient une liberté de comportement plus grande que celles soumises à l’Islam radical d’aujourd’hui. Certes, il n’était pas question de montrer ses jambes, mais les épaules découvertes existaient avec parfois de généreux décolletés. La libération des femmes au 20e siècle repose sur deux éléments : une égalité de droits avec les hommes et la maitrise de la contraception. Les femmes d’Occident peuvent aujourd’hui avoir des responsabilités professionnelles ou politiques tout en conservant leur féminité. Pour parler clairement, elles peuvent chercher à être désirables pour les hommes tout en ayant parfois autorité sur eux. Cette situation est tout à fait inadmissible pour les fondamentalistes, elle heurte leur fierté au plus profond d’eux-mêmes. La femme n’est plus leur chose, elle prétend même être libre et commander. C’est la fin du monde, de leur monde !

Là encore s’opposent deux conceptions incompatibles : le maintien de la tradition contre la conquête de la liberté, la défense de ce qui reste encore d’un monde en voie de disparition, celui des pouvoirs autocratiques à fondement religieux, contre la démocratie et le respect des choix individuels de chacun, homme ou femme, riche ou pauvre, gouvernant ou gouverné.

Nous sommes donc bien en guerre contre une vision archaïque de la société voulant anéantir nos libertés, contre l’obscurantisme. Le ver est désormais dans le fruit dans la plupart des pays occidentaux. Car une population de jeunes à la dérive est manipulée de l’extérieur par des ennemis de la liberté qui cherchent à déstabiliser nos pays pour revenir à un statu quo ante que l’on croyait à jamais révolu. Il s’agit bien, pour les dirigeants fondamentalistes, d’abattre la laïcité et de redonner à la religion sa place comme fondement du pouvoir légitime. Il s’agit également de remettre les femmes dans une situation de dépendance totale à l’égard des hommes. Le projet est pour nous réactionnaire, au sens étymologique : revenir à un état historique antérieur. Mais pour ses concepteurs, il s’agit de maintenir la société traditionnelle et ainsi de conserver la haute main sur le pouvoir politique par le biais de la religion qui reste largement dans leurs pays « l’opium du peuple ».