L’Euroland à 18 ?

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Le paradoxe est que l’Euroland, invivable économiquement, n’a d’avenir que politique. Encore faudrait-il que l’Union en ait et les moyens et la volonté.

Un article de l’aleps

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Depuis le 1er Janvier la Lituanie a été admise dans l’Euroland, qui compte désormais 19 pays. Mais en même temps, on se demande, après l’interview de Madame Merkel au Spiegel, si la Grèce ne va pas être « invitée » à quitter l’Euroland : à nouveau à 18 ?

Cette concomitance traduit fidèlement les contradictions de l’espace monétaire européen et appelle une sérieuse réflexion sur l’avenir de l’Euroland.

Construction politique ou zone monétaire ?

Le traité de Maastricht instituant l’Union Monétaire (1985/6) participait d’une vision politique et sûrement pas d’une logique économique. Jacques Delors et les « européistes » ont entendu instaurer un jacobinisme européen : un seul gouvernement, une seule politique, une seule diplomatie, une seule monnaie. Bien entendu, ce jacobinisme devait être socialiste : l’échec du socialisme au niveau national étant prouvé, notamment à Paris, et on voulait le ressusciter à Bruxelles. Dans cette optique la monnaie unique et commune était l’instrument d’intégration politique rêvé, elle dépossédait les gouvernements européens de leur souveraineté monétaire et, par là-même, de leur souveraineté budgétaire, puis fiscale.

Mais l’Europe pouvait-elle devenir une zone monétaire ? La théorie économique des zones, et notamment les travaux de Mundell, souligne la nécessité pour les pays membres de la zone de respecter quelques disciplines communes. Mais il y a contradiction entre socialisme et discipline, entre État Providence et État subsidiaire. Or, le Traité exigeait le respect de quelques disciplines élémentaires : pas d’inflation, pas de déficit budgétaire, pas de dette publique. Mais, dès le début, le laxisme devenait la règle. Seul le Luxembourg répondait réellement aux exigences de Maastricht. L’Italie en était très loin et la Grèce, pour sa part, n’a jamais réuni les critères requis. Politique d’abord : on a fermé les yeux.

Euroland : la cour du roi Pétaud

Progressivement, la merveilleuse machine à unir est devenue une machine à diviser : le Nord contre le Sud, les fourmis contre les cigales, les créanciers contre les débiteurs, les épargnants contre les assistés. Pour maintenir la fiction de l’euro et de l’Europe des politiciens, on a toléré tous les écarts. La Grèce a bénéficié de l’indulgence et des subventions de ses parrains et le peuple allemand a mal supporté d’avoir à se priver pour porter secours au gouvernement socialiste d’Athènes.

La dérive laxiste s’est accentuée avec l’arrivée de Mario Draghi à la tête de la Banque Centrale Européenne. Destinée à assurer la stabilité de l’euro, la BCE est devenue une machine à fabriquer de la fausse monnaie, sous la pression des socialistes et des keynésiens persuadés que la relance par les déficits et la dette souveraine était la meilleure façon de sortir de la crise. Pendant plusieurs mois, l’euro n’a survécu que parce que la FED s’est mise à fabriquer encore plus de fausse monnaie. L’Euro est même devenu « fort ». Mais aujourd’hui, en dépit de sa dépréciation objective, le dollar est devenu fort par rapport à l’euro, il faut aujourd’hui 1,20 dollar pour 1 euro, le taux de change le plus bas que l’on ait connu depuis 2008.

La Lituanie recherche le bouclier allemand

europe à 18 rené le honzecAlors pourquoi la Lituanie s’est-elle embarquée dans cette galère ? À coup sûr, il s’agit d’un pays vertueux ayant un budget en équilibre, des prélèvements obligatoires légers, des réglementations discrètes. La Lituanie est classée par l’indice de liberté économique parmi les économies « plutôt libres » au 21ème rang mondial, très proche de l’Allemagne et de la Suède, tandis que la France se traîne en 70ème position et la Grèce en 119ème !

Mais c’est sans doute la crainte de l’impérialisme russe qui a accéléré une intégration dans l’euroland en débat depuis plusieurs mois. La Lituanie veut s’abriter sous l’aile allemande. Et de son côté l’Allemagne d’Angela Merkel veut revenir aux sources de l’euro : un alignement de toutes les politiques européennes sur un modèle de responsabilité, fondé sur la libre entreprise et le libre-échange, loin des utopies socialistes.

Le paradoxe est que l’Euroland, invivable économiquement, n’a d’avenir que politique : devenir un espace de défense commune. Encore faudrait-il que l’Union en ait et les moyens et la volonté. Retour à la guerre froide et à l’OTAN ? En attendant, l’Euro se survivra si Madame Merkel réveille les énergies et met la BCE à sa place. De toute façon, on assistera tôt ou tard à une révolution mondiale : la privatisation de la monnaie. Pas en 2015, mais avant 2025. Il est temps de libérer la monnaie des improvisations politiques.


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