Couper Google en deux et les cheveux en quatre

Google - Credits : Carlos Luna via Flickr (CC BY 2.0)

Les eurodéputés appellent à scinder Google en deux : le leader incontesté de la recherche en ligne utiliserait sa position dominante pour promouvoir ses autres services. Pourquoi ne pas pousser le raisonnement plus loin, et scinder l’État en deux ?

Par Baptiste Créteur.

Les eurodéputés n’aiment pas Google. Plus généralement, ils n’aiment pas les entreprises américaines qui transforment l’économie en offrant des services innovants aux consommateurs du monde entier. Non seulement, ces entreprises sont très profitables et ne paient jamais assez d’impôts en Europe ; mais en plus, leurs performances font de l’ombre à leurs concurrents européens et menacent des entreprises n’ayant pas su s’adapter.

Google CC Carlos Luna

Ils proposent donc de scinder Google en deux : le moteur de recherche d’un côté, les autres activités de l’autre. Ils reprochent à Google d’orienter le trafic vers ses produits :

Il est reproché à Google d’abuser de sa position de leader sur le Web. Il représente aujourd’hui plus de 90% du marché de la recherche en France, en Allemagne, en Espagne et au Royaume-Uni. Or, Google profiterait de cette situation pour faire la promotion de ses produits au sein de son moteur de recherche, comme YouTube ou Google Shopping, au détriment de ses concurrents européens.

S’il est une institution qui n’hésite pas à mettre sa taille au profit de ses multiples activités, c’est bien l’État. L’Éducation Nationale fait en toute décontraction la promotion des diverses activités de l’État, et va jusqu’à promouvoir des valeurs clairement étatistes ; on pourra lire ou relire à ce sujet ce billet de h16.

Que penser aussi du ministère de la Culture qui subventionne des spectacles engagés à sens unique ? De médias massivement subventionnés qui propagent des idées proches, sinon identiques ?

Que penser d’une justice qui condamne les élus jugés coupables à des peines ridiculement faibles ? De frais juridiques d’élus financés par l’impôt ?

Si les députés européens voulaient sincèrement mettre fin aux synergies (car c’est bien de cela qu’il s’agit, dans le cas de Google), ils devraient commencer par supprimer celles dont ils bénéficient, et dont bénéficient les États partout en Europe.

Ce vote, aussi symbolique que stupide, démontre une incompréhension totale du monde de l’entreprise. L’avantage comparatif que s’est construit Google et sa position dominante peuvent à tout moment être mis à l’épreuve par des concurrents qui se révéleraient plus performants. Si les utilisateurs privilégient Google, c’est qu’ils ont leurs raisons, que le parlement européen ne connait pas.

Mais le parlement européen connait une chose : l’amende. Si Google refuse de se plier aux caprices d’élus mal armés pour comprendre le monde d’aujourd’hui, ils lui imposeront des amendes. C’est leur business model, et ils n’en comprennent aucun autre : si on refuse de se plier, il y aura des sanctions.

«Google aura alors le choix entre le changement ou l’amende. C’est la seule manière de faire bouger les choses.» – Ramon Tremosa

Google fait déjà les frais, en France, de ce racket systématique : on impose au géant du web de financer les minables journaux français, qui veulent le beurre et l’argent du beurre : que Google leur apporte du trafic, et être payés pour cela.

Nous vivons une bien triste époque, où les politiciens tentent coûte que coûte de résister au changement qui les rend de moins en moins utiles (s’ils l’ont un jour été) et empêchent les citoyens de bénéficier des promesses de la technologie et de l’innovation. Le problème se trouverait dans leur cerveau. Inutile de changer les têtes, ce sont les mentalités qu’il faut changer pour changer le monde.

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