Immobilisme de la SNCF : Guillaume Pepy, allié des syndicats ?

Guillaume Pepy SNCF Credit lyonenfrance (Creative Commons)

L’immobilisme d’une situation, pourtant déjà désastreuse à l’arrivée de Guillaume Pepy comme directeur général il y a plus de 10 ans, laisse planer un soupçon de complicité avec les syndicats.

Par Bernard Zimmern

Guillaume Pepy SNCF Credit lyonenfrance (Creative Commons)Guillaume Pepy s’identifie avec la gouvernance de la SNCF. Si l’on peut s’étonner qu’un énarque, sorti au Conseil d’État ait pu prendre la place qui fut un jour celle d’un grand ingénieur, Louis Armand, il n’a pas été parachuté au sommet mais a lentement gravi les marches de cette entreprise, même s’il a commencé parmi les plus hautes.

C’est en effet après quelques années au Conseil d’État qu’il rentre dans les cabinets politiques de Michel Charasse puis Michel Durafour ; il finit comme directeur de cabinet de Martine Aubry avant d’entrer à la SNCF comme directeur des investissements et de la stratégie, puis en 1997 directeur des grandes lignes, en 2003 directeur général et enfin, en 2008, président, nommé par Nicolas Sarkozy.

L’image qu’il projette depuis longtemps est celle d’un rempart de la France contre les grèves des syndicats et, particulièrement, contre les agressions de la CGT et de Sud. Mais est-ce une image construite sur des réalités ? Ou est-elle le fruit d’une alliance entre un énarque fort habile et des syndicats, les deux parties en tirant le plus grand bénéfice ?

Pour Guillaume Pepy, c’est le prestige et la puissance de diriger une entreprise forte de plus de 150.000 salariés ; pour les syndicats, c’est ne rien céder sur un statut qui est la plus belle villégiature de France (après la Banque de France) : retraites bien supérieures en moyenne à celles de la fonction publique, un départ en retraite en moyenne dans les 55 ans, des avantages en matière de soins et de vacances dont peu de salariés du privé ont l’équivalent. Statut protégé par l’absence de concurrence pourtant théoriquement imposée par le Marché commun.

Et tout cela aux frais du contribuable qui paie environ 10 milliards par an pour les dépenses de 20 milliards de l’EPIC, le cœur de la SNCF ; sans parler de 2,2 milliards de retraites prises en charge par l’État et d’une dette de 44 milliards, forcément garantie par l’État.

Une très belle réussite dans le pillage public qui ne poserait peut-être pas autant de questions si dans le même temps, le développement de la SNCF n’avait été l’un des plus médiocres, comparé aux autres réseaux européens, comme le montre « Les piètres performance de la SNCF » publié avant-hier par Contrepoints.

Tous les services publics dirigés par un énarque n’évoluent pas aussi mal. Le contre-exemple d’une entreprise publique dans une situation également fort difficile, avec des syndicats fortement implantés, est celui de la Poste ; pourtant sa gestion, les contacts avec la clientèle, l’image, ont été bouleversés en un peu moins d’une dizaine d’années par une direction dynamique.

L’immobilisme d’une situation, pourtant déjà désastreuse à l’arrivée de Guillaume Pepy comme directeur général il y a plus de 10 ans, laisse planer un soupçon de complicité avec les syndicats. Ce soupçon est renforcé lorsqu’on voit toutes les manœuvres de cette direction pour cacher cette situation catastrophique à l’opinion.

À commencer par la disparition, dans une émission publique de télévision retransmise en différé, d’un graphique très proche de celui publié dans « Le désastre économique de la SNCF », montrant la SNCF comme l’un des réseaux ayant de loin le plus mauvais nombre de voyageurs transportés par salarié au monde. En continuant par le refus pendant des années de laisser publier les annexes du compte de résultat et ne laissant à la connaissance du public qu’un bilan et un compte de résultat de quelques lignes. Et en ventilant maintenant ses résultats de telle manière qu’il devient très difficile de retrouver que la situation de fond n’a pas changé, c’est-à-dire que la moitié des dépenses est couverte par l’argent public, habillé sous différents noms. Une situation peut-être même dégradée si l’on tient compte de ce que Guillaume Pepy est parvenu à faire prendre en charge par le budget public, outre ces 10 milliards, une partie des dépenses de retraite.

Un dirigeant qui aurait voulu réformer son entreprise aurait-il systématiquement cherché à cacher sa situation, ou au contraire cherché à la faire connaître à l’opinion pour pousser aux réformes indispensables ?


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