Principe de précaution et lâcheté

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Le principe de précaution a donné le primat à la peur sur la volonté de comprendre et d’agir.

Par Michel Gay1

imgscan contrepoints791 principe de précautionLe but, louable, du principe de précaution était de rendre le monde plus sûr en limitant les risques éventuels des nouvelles techniques. C’est un échec. Il a diminué le sentiment de sécurité et accru la méfiance envers la modernité. Les réticences envers la science ont conduit à privilégier les émotions sur la raison, les regrets du passé sur la préparation de l’avenir et à susciter de l’angoisse.

Ce principe néfaste fait croire à la France que les innovations sont dangereuses et que la science et le progrès sont des jeux d’apprentis sorciers. Résultat : elle est inquiète. Elle se complaît dans le catastrophisme et l’audace effraie. Ne rien faire évite le risque d’être jugé par un tribunal et de s’entendre dire : « avez-vous pris toutes les précautions nécessaires ? »

Sans même s’en rendre compte les Français deviennent passéistes. Ils regrettent la grandeur d’antan et la marine à voile, en oubliant les souffrances sociales (voir Zola) qui en étaient le fruit. Mais, plus dangereux encore, cette nostalgie d’un passé mythifié a instillé la peur d’un futur qu’on redoute au lieu de le préparer.

Les jeunes Français rêvent de bénéficier d’un cocon protecteur. Certains d’entre eux ont une mentalité d’assistés et attendent tout de l’État-providence au lieu de prendre des initiatives (donc des risques) et d’accepter des responsabilités. L’essor de l’Europe au XIXe siècle a été fondé sur l’esprit d’entreprise. L’affaire du nuage de cendres d’un volcan islandais a illustré la gravité du changement de mentalité. Dans le doute, on a préféré interdire tous les vols en Europe au lieu de préparer une réponse adéquate et proportionnée. Le principe de précaution a donné le primat à la peur sur la volonté de comprendre et d’agir.

L’État devrait soutenir ceux qui ont le courage d’entreprendre et de s’opposer aux mensonges, au lieu de participer à cette paralysie généralisée à laquelle contribuent des agences officielles telles que l’ADEME2 dans le domaine de l’énergie. De manière générale, les médias présentent une vision lugubre des nouvelles technologies qui seraient porteuses de « risques » et de « menaces ». Il faudrait donc rester « vigilants » face à ses « périls ». Faire peur améliore certainement l’audimat mais ne pas présenter les avantages de la science dévoie l’image du progrès et fragilise l’avenir de notre société.

Le principe de précaution était initialement une idée noble, il faut qu’il le redevienne. Il devrait être une école de prudence mobilisant, en cas de besoin, l’outil scientifique pour prescrire des mesures adaptées en fonction de l’évolution des connaissances. Il ne devrait pas constituer un frein au progrès et à l’innovation, mais au contraire l’encourager.

Un homme d’État, aujourd’hui, « devrait avoir le courage de réhabiliter le courage dans notre société3».

  1. Inspiré par le texte « Quo Vadis ? » (2010, 49 pages) du Professeur Maurice Tubiana.
  2. Agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie.
  3. Renaud Denoix de Saint Marc (de l’Académie des Sciences Morales et Politiques) à l’institut de France en 2011.