Les quatre puissances qui dominent le monde

Eclairs Storm & Lightnings - CC Flickr Frédéric Dupont

Le système normatif (États, religions & idéologies) est aujourd’hui déstabilisé par la prodigieuse efficacité du système productif (capitalisme, sciences & techniques).

Par Patrick Aulnas.

Eclairs Storm & Lightnings - CC Flickr Frédéric Dupont

La communauté humaine du 21e siècle est assujettie à des puissances qui ont la capacité de déterminer son devenir historique. Quatre puissances principales sont aujourd’hui nettement constituées : les États, le capitalisme, les religions et la science. Les modalités d’action de ces quatre puissances ne sont pas identiques : les deux premières constituent des pouvoirs, les deux dernières sont des pôles d’influence. Cette dichotomie entre pouvoir et influence a toujours existé, mais elle s’est complexifiée au fil de notre histoire.

Les interactions

Aulnas tab

Les quatre puissances sont en interaction. Elles forment un système très évolutif et instable qui trouve à chaque moment de l’histoire un équilibre provisoire permettant aux hommes de s’adapter. Mais les évolutions étant de plus en plus rapides depuis deux siècles, l’équilibre du monde actuel est ressenti comme précaire et génère la peur de l’avenir. Il est tout à fait naturel, humain, que l’indétermination du futur suscite des craintes irrationnelles, mais le risque principal est leur exploitation par l’une des quatre puissances : le pouvoir politique.

L’histoire a progressivement renforcé le rôle du système productif (capitalisme et sciences) qui était à l’origine très simple et ne jouait qu’un rôle mineur, du moins sur le court terme historique. Le système normatif (États et religions) a donc longtemps disposé de presque toute la puissance. Un bref historique permettra de mettre en évidence cette idée.

Évolution historique : de deux à quatre puissances

Dans l’Antiquité et au Moyen Âge, pouvoirs politique et économique étaient à peu de choses près confondus. Du moins appartenaient-ils aux mêmes personnes. Le pouvoir économique dans l’Égypte ancienne était entre les mains des pharaons et de l’aristocratie. Il en allait de même à Rome. Les patriciens qui détenaient le pouvoir politique étaient aussi les propriétaires des grands domaines fonciers et des esclaves qui constituaient l’essentiel de l’économie. Au Moyen Âge, l’organisation féodale repose sur une hiérarchie de fiefs dirigés par la noblesse. Le seigneur exerce sur son fief à la fois le pouvoir politique (justice, police, guerre) et le pouvoir économique (la terre lui appartient et les serfs sont attachés au domaine). Le pôle d’influence unique est, pendant toute cette période, la religion. La science n’existe pas. Le schéma des puissances ne comporte donc que deux éléments : le pouvoir politico-économique qui est entre les mains d’une petite oligarchie (souverains et aristocrates) ; un seul pôle d’influence : la religion. La religion officielle joue un rôle majeur car le contenu des normes juridiques doit respecter strictement les préceptes religieux. L’apparition du monothéisme chrétien, à contenu éthique plus précis et plus contraignant, renforcera le rôle politique de la religion au Moyen Âge.

À partir de la Renaissance, au 15e siècle, l’Occident va connaître des bouleversements majeurs. L’aristocratie du Moyen Âge perd peu à peu son pouvoir et les États-nations se constituent. A côté de l’économie traditionnelle, reposant sur le grand domaine rural et le petit artisanat, apparaît au 18e siècle le capitalisme. Des moyens de production beaucoup plus importants sont mobilisés et les quantités produites augmentent. À la même époque, la recherche scientifique devient une activité à part entière, ce qu’elle n’avait jamais été. Même si certains principes scientifiques remontent à la Grèce antique, l’aristocratie de cette époque considérait la science comme un art, à l’égal de la poésie ou de la peinture. La mise en œuvre de technologies nouvelles était tout à fait étrangère aux aristocrates de l’Antiquité. L’une des causes de la chute de l’empire romain d’Occident au 5e siècle se trouve dans l’incapacité culturelle de cette énorme structure politique d’utiliser la science et la technologie pour dynamiser son économie.

Il faudra mille ans de Moyen Âge pour que, à partir du 15e siècle, les hommes prennent lentement conscience que leur action peut avoir une influence déterminante sur leur devenir historique. Les historiens ont appelé cette période Renaissance. Il s’agit en réalité d’une prise de conscience qui se déroulera progressivement sur quelques siècles et qui peut être schématisée ainsi : nous autres, humains, ne sommes pas seulement le jouet des dieux, nous avons une histoire et pouvons l’infléchir par notre intelligence. À partir du 18e siècle, cette évolution culturelle fondamentale est un acquis. Le progrès scientifique et technique permet l’émergence d’une capacité de production beaucoup plus importante (révolution industrielle) nécessitant des moyens de financement considérables. Le capitalisme est né. Il prend conscience, bien avant les économistes (l’analyse de la réalité demande du temps), que la destruction créatrice représente un élément moteur de l’histoire. Le capitalisme utilisera systématiquement la science pour asseoir sa puissance. Les quatre puissances qui dominent encore le monde sont constituées à partir du 19e siècle.

L’apparition des idéologies

Au 19e siècle naissent les idéologies. Il s’agit d’explications globales comme les religions, mais n’utilisant pas le concept de dieu. Au cours des deux derniers siècles, la seule idéologie qui ait eu une influence importante, mais brève, est le marxisme. Cette pensée propose une vision de l’histoire axée sur la notion de lutte des classes sociales. À terme, une société sans classes, donc sans injustice, doit voir le jour. L’État, c’est-à-dire le pouvoir politique, disparait. L’administration des choses remplace le gouvernement des hommes. L’influence géopolitique du marxisme a été importante au 20e siècle puisque des États (URSS, Chine, etc.) prétendaient mettre en œuvre la pensée de Marx. Ils ont donc créé une structure productive entièrement étatique qui s’est révélée totalement inefficace par rapport au capitalisme. Au début du 21e siècle, il subsiste quelques États se réclamant encore du marxisme, mais il s’agit de dictatures assez sordides qui disparaîtront tôt ou tard. La Chine quitte progressivement l’orthodoxie marxiste du fait de sa réussite économique qui nécessite souplesse et adaptabilité.

L’idéologie marxiste a donc constitué un pôle d’influence essentiel au 20e siècle, aux côtés des religions. Il s’agissait pour les États communistes, d’une sorte de religion officielle, mais sans dieu. Dans les États démocratiques, des partis communistes et socialistes ont joué un rôle important en tant que force d’opposition au capitalisme. Ils ont poussé les États à intervenir dans l’économie, les transformant ainsi en centres de pouvoir économique, à côté du capitalisme. Le socialisme et le communisme ne peuvent pas être considérés comme les seuls bâtisseurs de l’État-providence, mais ils ont influencé l’orientation en ce sens.

Aujourd’hui, le communisme a presque disparu et le socialisme s’est adapté aux réalités en abandonnant l’essentiel de son idéologie traditionnelle. L’idéologie marxiste est morte et constitue une explication du devenir historique correspondant à certaines réalités du 19e siècle (l’exploitation de la classe ouvrière par la bourgeoisie était bien réelle) et à une forme de pensée scientiste prétendant pouvoir élaborer une conception générale du monde avec quelques concepts (Weltanschauung).

L’efficacité productive croissante du capitalisme a conduit à la fin du 20e siècle à un nouveau questionnement : la conciliation de l’économie et de l’écologie. De petits partis politiques écologistes sont apparus et ils ont construit un corps de doctrine. La question est de savoir s’il s’agit d’une idéologie émergente. La réponse est plutôt positive car la pensée écologiste dessine notre avenir de façon très stricte sur la base d’un ensemble d’idées assez articulées et formant un véritable corpus doctrinal : économie d’énergie et de matières premières par la réglementation étatique, relocalisation des productions, réglementation stricte du transport et du logement, fiscalité fortement incitative, etc. Les écologistes veulent imposer à tous un comportement jugé par eux vertueux en agissant par l’intermédiaire du pouvoir étatique. Il s’agit là d’une forme d’autoritarisme caractéristique de toutes les idéologies : la certitude de détenir la vérité conduit à vouloir l’imposer à tous. Il n’est pas possible de développer cette problématique nouvelle ici. Disons simplement que l’écologisme constitue un danger important car il cherche à s’emparer de l’appareil étatique avec l’ambition de soumettre à sa doctrine tout le système productif : capitalisme, sciences et techniques. L’objectif est le monopole écologiste sur les quatre puissances en utilisant l’État comme instrument de domination. Le potentiel totalitariste de l’idéologie écologiste est donc élevé.

Les luttes de puissances

Les puissances étant en interaction, elles cherchent à augmenter soit leur pouvoir, soit leur influence sur les pouvoirs. Trois confrontations importantes ont pris naissance depuis deux à trois siècles et subsistent encore : le système productif accroît historiquement sa puissance au détriment du système normatif ; les sciences et techniques fournissent une lecture de l’univers qui affaiblit les religions et idéologies ; le capitalisme profite des erreurs et de la faiblesse des États.

1. Un système normatif archaïque face à un système productif efficient

L’aperçu historique qui précède permet de mettre en évidence l’importance croissante du système productif (capitalisme, sciences & techniques) par rapport au système normatif (États, religions & idéologies). Le système normatif est en fait totalement déstabilisé aujourd’hui par la prodigieuse efficacité du système productif. Les pôles d’influence du système normatif (religions et idéologies) ont pour fonction d’élaborer des dogmes très statiques qui vivent douloureusement la révolution permanente induite par le système productif. Les dogmes cherchent à figer le monde, alors que les sciences et techniques se proposent de le faire évoluer. L’évolution l’emporte de plus en plus sur la stagnation depuis l’apparition du capitalisme, qui est le bras armé de la mise en œuvre de la destruction créatrice.

Un deuxième constat est à la portée de tous : l’inflation législative et règlementaire. Les États, confrontés à des évolutions rapides, cherchent à maintenir leur pouvoir en produisant une avalanche de normes juridiques de plus en plus techniques et de qualité très inégale. Le renouvellement du droit est incessant et certaines lois votées par les assemblées législatives restent lettre morte faute de textes précisant leurs modalités d’application. Le système normatif vit au rythme des assemblées, des discussions interminables, des bulletins de vote en papier et des isoloirs, des tribunaux surchargés, alors que le système productif est en permanence dans la destruction créatrice et doit utiliser les outils les plus performants, les dernières avancées scientifiques et technologiques. Sa réactivité est celle des technologies de l’information et de la communication : le temps réel, l’immédiateté. Dans ce contexte, l’avenir ne peut se situer que dans une adaptation du système normatif au monde nouveau qui est en train de naître. Les États, prouvant chaque jour davantage leur inefficacité, seront probablement concurrencés par d’autres entités. Quant aux religions et idéologies, elles ne retrouveront pas leur influence passée car une fraction croissante de l’humanité échappe à leur emprise.

2. L’affirmation des sciences et le recul des religions

Du côté des pôles d’influence, la science a dû lutter contre les religions pour conquérir son statut actuel. Les religions ont toujours considéré l’approche scientifique avec réticence. Mais l’observation de l’histoire de l’humanité depuis le paléolithique permet un constat simple : les techniques seules d’abord, les sciences et techniques depuis deux à trois siècles, représentent le facteur déterminant de notre devenir historique. Il existe depuis toujours un progrès scientifique et/ou technique qui permet aux hommes d’accroître leur capacité d’action. Ce progrès a été d’une rapidité et d’une efficacité technique sans précédent depuis le 19e siècle, bouleversant totalement la condition humaine. Le pôle d’influence majeur est donc constitué aujourd’hui par les sciences et techniques induisant la destruction créatrice schumpeterienne.

Les religions et les idéologies ne présentent pas du tout les mêmes caractéristiques. Les idéologies ont peu d’importance car elles ne durent jamais : le marxisme n’a vraiment influencé l’humanité que pendant à peine un siècle et il n’en reste rien aujourd’hui. Les religions sont elles-mêmes fluctuantes. Les polythéismes antiques se substituent à la magie paléolithique ou néolithique, puis disparaissent au profit de monothéismes. Ces monothéismes ont perdu aujourd’hui une grande part de leur influence car la science ouvre des possibilités qu’ils n’avaient évidemment jamais envisagées. Le fondamentalisme religieux, qui sombre parfois dans la violence, n’est qu’une manifestation du désarroi des croyants les plus intransigeants.

Le point focal de la lutte d’influence entre science et religions concerne à l’heure actuelle les problèmes dits « sociétaux » (par exemple procréation médicalement assistée et son champ d’application légal). En réalité, ces problèmes sociétaux constituent un symptôme de la confrontation historique entre sciences et religions. Les religions ont toujours eu une forte tendance à s’opposer aux sciences lorsqu’elles remettaient en cause leur conception traditionnelle et dogmatique du monde. Ainsi, à la Renaissance, la terre ne devait pas tourner autour du soleil ni d’ailleurs tourner sur elle-même. « Et pourtant, elle tourne » (Galilée). Plus personne ne le conteste. La remise en cause de la procréation humaine traditionnelle va évidemment constituer un facteur de dissension dans les décennies futures. Mais il est déjà très clair que les possibilités ouvertes par la science dans ce domaine ne feront que croître et que quelques préceptes religieux ne seront pas en mesure de bloquer une évolution fondamentale. Notre condition de mammifère intelligent est en voie d’être dépassée de multiples façons. Les modalités de la reproduction de l’espèce ne constituent qu’un des éléments d’une révolution technologique en cours, beaucoup plus fondamentale.

3. État et capitalisme : du modus vivendi à l’affaiblissement des États

Du côté des pouvoirs, la confrontation entre le capitalisme et l’État a conduit, après les luttes du 20e siècle, à un certain modus vivendi. L’État-providence est un compromis historique entre le capitalisme et les États, qui a pu être instauré au cours de la période de forte croissance économique des années 1944-1974. La fin du communisme signe un échec majeur de l’État face au capitalisme. Mais il ne concerne qu’un nombre restreint de pays. La Chine d’aujourd’hui a eu l’habileté de ne pas s’opposer frontalement au capitalisme, ce qui l’aurait conduite au même échec que l’URSS. La Chine représente une solution transactionnelle entre un État tout puissant et un capitalisme qui alimente financièrement ses structures politiques. Il n’y a pas grand risque à parier sur une libéralisation progressive de la Chine d’un point de vue économique, même si une telle évolution pourrait être plus lente en ce qui concerne les libertés publiques. Le capitalisme s’étant toujours caractérisé par sa souplesse et son adaptabilité, il peut fonctionner dans des contextes politiques multiples, à condition cependant qu’une certaine sécurité juridique soit assurée.

En Occident, le capitalisme a rapidement compris tout le parti qu’il pouvait tirer de collectivités publiques riches et dépensières. Celles-ci figurent aujourd’hui parmi ses clients les plus importants étant donné l’ampleur des investissements publics et des dépenses de fonctionnement des administrations. Mais si l’on ajoute à cela l’ensemble du système de protection sociale (santé, maternité, retraite, chômage, famille) financé par prélèvements obligatoires, on peut avoir une idée assez concrète du modus vivendi entre les États et le capitalisme dans les démocraties occidentales.

Les deux dernières décennies du 20e siècle inaugurent cependant une évolution majeure qualifiée de mondialisation ou de globalisation. Ce phénomène complexe et multiforme déstabilise les États et avantage les grands groupes capitalistes. Le droit reste en effet principalement étatique alors que le système de production et son financement deviennent mondiaux. Il en résulte que les corpus juridiques étatiques constituent pour le capitalisme une variable stratégique parmi d’autres. L’aspect le plus connu du phénomène est l’optimisation fiscale par laquelle les groupes multinationaux mettent en concurrence les fiscalités étatiques. Le modus vivendi entre États et capitalisme subsiste largement mais le capitalisme tire un avantage considérable de la globalisation du fait de sa plasticité extrême et sa réactivité. Les États semblent au contraire de lourdes machines archaïques.

L’affaiblissement récent de nombreux États occidentaux résulte également de leur surendettement et de leur dépendance à l’égard des marchés financiers. Cette situation provient de la démagogie de la classe politique qui a continué à promettre des avantages nouveaux à la population alors que la croissance économique permettant de les financer n’était plus au rendez-vous. Le financement par la dette publique donne un nouvel avantage au capitalisme face aux États devenus ses débiteurs. Cette situation est inédite dans l’histoire : il s’agit presque d’un suicide politique. Dans le passé, l’endettement public excessif concernait des pays pauvres (Afrique, Amérique latine) ou des situations exceptionnelles (révolutions, guerres). L’endettement des États occidentaux apparaît au contraire en temps de paix et dans les États les plus riches de la planète. Il est, de toute évidence, et quoiqu’en disent ceux qui stigmatisent les « déclinologues », un signe majeur de la faiblesse, de la démagogie et parfois de la corruption des élites politiques occidentales et, par suite, un marqueur du déclin des États. Il est impossible de dire comment le capitalisme tirera avantage de cette faiblesse à l’avenir, mais les États se sont placés dans une situation d’infériorité qui ne peut manquer d’être exploitée.

Qu’est-ce que le libéralisme ?

Le libéralisme n’a pas été évoqué jusqu’à présent. Il n’appartient en effet à aucune des quatre puissances qui dominent le monde. Le libéralisme est la défense de la liberté contre toutes les puissances qui cherchent à asservir les hommes. Il est résistance aux pouvoirs et résistance aux pôles d’influence si ceux-ci s’avisent de s’acoquiner avec le pouvoir politique comme le font parfois religions et idéologies. Il a pour vocation de promouvoir un équilibre entre les puissances de façon à empêcher l’une d’entre elles de dominer les autres. L’une des idées fortes des penseurs libéraux est la répartition du pouvoir. Montesquieu, dès le 18e siècle, propose, pour le pouvoir politique, un principe de séparation des pouvoirs qui peut être généralisé. Le pouvoir doit être réparti le plus possible et il faut, au minimum, dans le monde du 21e siècle, maintenir un équilibre satisfaisant entre les quatre puissances.

Le politique, représenté par l’État, est l’instrument de domination le plus dangereux. Les idéologies ont toujours eu pour ambition de conquérir le pouvoir étatique pour imposer à tous leur dogme et annihiler la liberté. Il ne s’agit pas pour elles de trouver un équilibre de façon pragmatique entre les puissances. Elles ont un caractère messianique qui induit rapidement le syndrome de la table rase. Le monde des idéologues est à rebâtir sous la contrainte alors que celui de libéraux est à perfectionner et à équilibrer dans la liberté.

Il importe donc de cantonner l’État à un rôle modeste, même si une certaine régulation de la vie économique ne peut provenir que de lui. La présence du capitalisme face à l’État est essentielle pour les libertés comme l’a prouvé l’histoire du 20e siècle qui est celle de la lutte entre dictatures et démocraties. Le capitalisme a davantage servi les démocraties que les dictatures. Mais le noyau dur du libéralisme se situe dans la liberté individuelle, c’est-à-dire dans la possibilité offerte à chaque être humain de juger et d’agir par lui-même. Le maintien de cette liberté est un combat permanent contre les puissances. Voilà le seul idéalisme qui ait survécu depuis la Renaissance. L’ambition égalitariste a conduit à la servitude, le culte du chef et de l’autoritarisme a mené aux pires exterminations. Seules la liberté de conscience, les libertés politiques et les libertés économiques attribuées à chaque individu conduisent à un équilibre entre les puissances parce qu’elles permettent à chaque être humain de croire, d’inventer et d’agir.

Le libéralisme existait bien avant le capitalisme et l’assimiler au capitalisme comme le fait l’extrême-gauche constitue une grossière erreur. La pensée libérale ne se résume pas à l’économie de marché qui elle-même ne se réduit pas au capitalisme. Elle possède un corpus conceptuel politique et philosophique qui remonte au moins au 18e siècle. Il est réconfortant de constater qu’il existe depuis fort longtemps des penseurs qui ne se proposent pas de dessiner une nouvelle Utopia mais qui cherchent des solutions pour préserver notre liberté contre tous les pouvoirs.