Mort de Christophe de Margerie : un peu de décence

The Energy Agenda in 2011: Christophe de Margerie

Tour d’horizon des réactions politiques suite à l’annonce du décès du PDG de Total.

Par Le Parisien Libéral.

The Energy Agenda in 2011: Christophe de Margerie

Christophe de Margerie, le patron de Total, est mort la nuit dernière dans le crash d’un jet privé de Total à l’aéroport de Vnoukovo, près de Moscou. Il avait 63 ans.

L’appareil est entré en collision au moment du décollage avec un chasse-neige, provoquant la mort du chef d’entreprise et des trois membres d’équipage du jet Falcon-50.

En ces temps d’actualité dominée par la chute du baril et par les tensions géopolitiques, notamment avec la Russie, la mort de Christophe de Margerie prend un relief particulier, qui va au-delà de la disparition d’un « simple » PDG du CAC 40.

Ce qui frappe parmi les réactions, au niveau national, c’est la nature des remarques que les politiciens formulent ce matin. Globalement, il y a trois camps : les nationalistes qui voient en Margerie un « patriote », les gauchistes partageux qui se réjouissent de l’accident, et les amis du capitalisme de connivence.

En ce qui concerne le camp gouvernemental, on ne peut que rire devant tant d’hypocrisie.

Le Premier Ministre, Manuel Valls, salue « un grand capitaine d’industrie et un patriote ». Quelle est la nature et la signification d’un tel message ? Manuel Valls salue-t-il celui qui gérait les intérêts de Total (et non pas ceux du parti socialiste au pouvoir), ou bien souligne t-il en creux sa honte de ne pas avoir une famille aussi implantée en terre de France que celle de Margerie ? Certes, le socialisme est forcément nationaliste, mais l’insistance de Valls sur les valeurs patriotes finissent par diluer la signification des mots.

Les intérêts de Total, entreprise multinationale autant française (Elf, CFP) que belge (Fina) ou gabonaise, ne devraient pas se confondre avec ceux de la France, comme tentent de le faire croire un certain nombre de politiciens, comme Michel Sapin, Emmanuel Macron et autres. D’ailleurs, ces mêmes politiciens ne regrettaient-ils pas que Total choisisse, en toute logique, de réduire la voilure des raffineries en France, faute de rentabilité ? Ne passaient-ils pas leur temps à commenter la stratégie d’exploration-production en Birmanie ou dans la mer de Barents ? Et Margerie ne critiquait-il pas les sanctions décidées par la France et infligées à la Russie ?

Du côté de la gauche de la gauche, les choses sont comiques tant elles sont caricaturales. Il n’y a qu’à lire le tweet de Gérard Filoche, membre du bureau national du Parti Socialiste, ce matin :

parisien lib

On rappellera simplement qu’avec, en moyenne, 8% de marge nette (bénéfice/chiffre d’affaires), Total n’est pas une entreprise qui exploite, à la différence de l’État qui n’hésite pas à taxer à près de 150% le litre d’essence, avec la TIPP et la TVA.

Filoche n’aime pas le vol ? Pourquoi ne demande t-il pas à ses amis du PS d’annuler la hausse de 4 centimes de taxe supplémentaire par litre de gazole décidée la semaine dernière ?

Enfin, certaines personnes affichent leurs larmes à la télévision, sans que l’on sache si elles reflètent la mort d’un ami ou la disparition d’un partenaire de business. La deuxième hypothèse n’aurait rien d’infamant si elle était clairement affichée. Mais bon, on sait que pour certains cumulards du parlement européen, l’indécence n’a pas de limites.

On ne peut que saluer la mémoire de Christophe de Margerie, un manager reconnu et apprécié par les salariés de Total. Mais les politiciens devraient se limiter à transmettre leurs condoléances à sa famille. Pour le reste, ils devraient s’abstenir de commentaires.

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