OGM : évitons la psychose

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Des milliers de travaux académiques n’ont jamais pu mettre en évidence une quelconque altération de la santé des animaux ou de la qualité des produits par les OGM.

Des milliers de travaux académiques n’ont jamais pu mettre en évidence une quelconque altération de la santé des animaux ou de la qualité des produits tels que la viande, le lait ou les œufs par les OGM.

Par jacques Henry.

imgscan contrepoints 2248 OGMUn exemple significatif de l’obscurantisme qui se répand tant chez les décideurs politiques que dans la population est l’étiquetage des denrées alimentaires pour prévenir le consommateur si celles-ci contiennent des plantes génétiquement modifiées ou non. Cette nouvelle psychose, répandue par des groupes non gouvernementaux (que je ne nommerai plus pour ne pas leur faire de publicité) à grands renforts de campagnes de sensibilisation, conduit à une aberration. Celle-ci consiste à faire croire aux consommateurs que finalement, les OGM sont dangereux pour la santé et l’environnement sans autre forme d’argumentation. Les études sérieuses sur les OGM et leurs éventuels effets sur la santé animale et humaine sont évidemment conduites aux États-Unis, et non pas en Europe, puisqu’une majorité de pays de l’Union Européenne ont cédé au chantage des écologistes et interdit les OGM.

Puisque les argumentations scientifiques sérieuses en faveur des OGM proviennent d’études réalisées par des universités américaines, ses concepteurs sont certainement à la solde des grands semenciers comme Dupont-Pioneer ou Monsanto, cela va de soi. Ce sont des chimistes qui polluent les sols avec des pesticides donc les plantes transgéniques sont certainement toxiques, point barre. Et pourtant, depuis l’apparition commerciale des premières plantes transgéniques en 1996, les risques qu’elles peuvent provoquer sont contrôlés et répertoriés par un organisme international appelé la Codex Alimentarius Commission.

Le concept en est l’étude de « l’équivalence substantielle » qui définit ainsi que toute plante transgénique doit être étudiée en regard de son équivalent non modifié. Aux États-Unis, 165 « événements » de transgenèse concernant 19 espèces de plantes ont été étudiés et finement analysés depuis ces dernières 20 années. Le Japon a fait mieux, puisque les laboratoires indépendants de toute société impliquée dans la transgenèse végétale ont passé au peigne fin 189 « événements » de transgenèse.

Curieusement, les plantes modifiées génétiquement par irradiation gamma ou par croisement ou hybridation dirigée ne sont pas analysées, alors que certaines d’entre elles se sont révélées toxiques pour les animaux et les humains. Pour ne citer qu’un exemple : une variété de tomate obtenue par croisement classique s’est trouvée produire de trop grandes quantités d’un alkaloïde toxique, l’alpha-solanine, qui est une arme de défense des solanacées (pomme de terre, tomate…) présentant des propriétés insecticides mais mortel pour l’homme. Bien qu’étant une réussite par ailleurs, cette tomate a été précipitamment retirée du marché.

La Commission européenne a exigé en 2013 que les protocoles d’évaluation des plantes génétiquement modifiées incluent une étude sub-chronique de 90 jours sur des animaux de laboratoires bien précisés. Mais cette démarche sous-entend en réalité que les plantes transgéniques aient un effet sur une voie métabolique particulière. Cela constitue à l’évidence une entorse déontologique sérieuse. En fait, dans la réalité, ce sont les études réalisées sur les animaux d’élevage nourris avec des plantes transgéniques qui fournissent le meilleur champ d’expérimentation en vraie grandeur. Depuis 1996, aux États-Unis seulement, plus de 100 milliards d’animaux destinés à l’alimentation humaine ont été nourris avec des plantes transgéniques, que ce soient des lapins, des poulets et autres volatiles, des porcs ou des bovins et même des poissons. N’est-ce pas là le meilleur champ d’investigation qui puisse être trouvé et qui s’étend maintenant sur de nombreuses générations ?

Par exemple, le maïs MON810 qui exprime la toxine Bt a fait l’objet d’un nombre impressionnant d’études dans plusieurs pays et sur plusieurs générations d’animaux avec 90% de ce maïs dans leur nourriture qui ont été scrupuleusement comparées à des animaux contrôles nourris avec un maïs isogénique, le même maïs hybride F1 mais n’exprimant pas la toxine Bt. Il a été impossible de retrouver des séquences du gène codant pour la toxine Bt ou de la construction utilisée pour la transgénèse alors que la puissance des techniques d’analyse d’ADN et d’ARN n’est plus à démontrer. La protéine Bt n’a jamais pu être détectée ni dans le sang, ni dans le lait ni dans les urines ou les défécations des porcs ou des vaches laitières étudiés sur plusieurs générations, ni dans la chair des volailles ni dans les œufs. Les variations infimes, par exemple le volume de lait produit ou la taille des porcelets n’ont jamais pu être corrélés avec la présence ou non de maïs ou de soja transgéniques dans l’alimentation des animaux.

Enfin, aucun effet sur la flore intestinale des animaux n’a pu être décelé chez les bovins alors qu’avec les porcs des différences mineures ont été observées sans qu’elles puissent être attribuées à la présence de maïs Bt dans l’alimentation. Il ne s’agissait pas dans ces études de gavage intentionnel d’animaux de laboratoire, mais d’une étude sur le long terme dans les conditions normales d’élevage. S’il y a eu relativement peu d’études comparatives strictement contrôlées, une cinquantaine tout de même, en revanche le retour d’expérience avec des animaux d’élevage est considérable et s’étend sur plus de 15 années.

Aux États-Unis, moins de 2% des animaux d’élevage sont certifiés sans OGM et la situation pourrait devenir problématique pour le business « bio » ou « organique » puisque moins de 0,8% des champs cultivés sont certifiés organiques, c’est-à-dire sans pesticides ni résidus de cultures génétiquement modifiées. Pour situer l’utilisation des OGM aux USA, il y a 8,6 milliards de poulets, 338 millions de poules pondeuses, 248 millions de dindes, près de 31 millions de bovins destinés à la viande, un peu plus de 9 millions de vaches laitières et près de 111 millions de porcs (chiffres de 2011) . La part des animaux dits organiques est respectivement dans cette énumération de 0,33%, 1,97%, 0,2%, 0,34%, 2,78% et pour les porcs 0,01% car seulement 12 000 porcs sont certifiés organiques dans ce pays.

Depuis l’introduction des plantes transgéniques, on estime qu’en dix ans, de 2000 à 2011, près de 100 milliards de poulets ont été nourris avec du maïs génétiquement modifié, et il en va de même pour les autres animaux d’élevage pour arriver à un total de près de 103 milliards sans que jamais on n’ait pu être objectivement capable de déceler un quelconque souci de santé de tous ces animaux ni une dégradation de la qualité des diverses viandes, du lait ou des œufs. Par exemple, si les plantes transgéniques avaient un quelconque effet sur la santé des vaches laitières, la production de lait s’en ressentirait immédiatement. Or c’est exactement le contraire qui a été observé et dûment répertorié par les autorités du Département de l’Agriculture. En 1983, la production par vache laitière était de 5700 kilos par an, en 1996, donc l’année de l’introduction des premières plantes génétiquement modifiées, elle était de 7485 kilos et en 2011 de 9680 kilos par an et par vache. On ne peut pas raisonnablement dire que le maïs, le soja ou la luzerne résistants au RoundUp ou Bt (mais oui la luzerne transgénique ça existe) aient un réel effet sur la santé des vaches…

Les inspections sanitaires dans les abattoirs de bovins et de porcins n’ont pas montré de différences significatives en ce qui concerne l’état de santé de ces animaux : 2,49% des animaux ont été équarris en 2007 contre 2,6% en 1994 avant l’introduction des plantes transgéniques. Pour les poulets, compte tenu de l’importance de la production (9 milliards par an) les données objectives en provenance des inspecteurs du Département de l’Agriculture sont encore plus parlantes. La figure suivante est incontestable : après l’introduction des plantes transgéniques dans la nourriture des poulets, la mortalité a diminué comme le nombre de carcasses condamnées à l’équarrissage. Et parallèlement le taux de conversion de la nourriture en chair s’est amélioré quant à l’âge des poulets à l’abattage, 48 jours en moyenne, il n’a pas significativement changé.

 

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J’ai déjà mentionné que des dizaines d’études n’ont jamais permis de montrer la présence d’ADN, d’ARN originaires des transgènes ni de produits de ces derniers alors que 97% du soja mondial se répartissant entre les États-Unis, le Brésil et l’Argentine est transgénique. Ces mêmes trois pays sont les principaux producteurs mondiaux de maïs qui est pour plus de 70% transgénique. Jamais en regard de ces données il n’a pu être possible de détecter un quelconque effet adverse sur la santé animale.

L’émergence d’une nouvelle technique de transgenèse ne comportant pas d’intervention directe sur le génome avec l’introduction de gènes étrangers ou de promoteurs modifiés est « l’édition génique » (gene-editing). Celle-ci consiste à changer l’expression de certains gènes par modification ponctuelle à l’aide d’enzymes des promoteurs commandant cette expression. Or cette technique est indécelable car elle ne modifie en général qu’un seul allèle, et la mutation ponctuelle qui pourrait éventuellement être identifiée au prix du séquençage complet du génome de la plante concernée pourrait tout aussi bien provenir d’une mutation naturelle. Cette technique est en plein développement dans les laboratoires, notamment de Pioneer et de Monsanto, et de quelques petites start-up, pratiquement toutes américaines, car il y a très gros à gagner au final.

En effet, il ne sera plus possible aux pourfendeurs des OGM de combattre ces plantes améliorées d’un type nouveau. Prenons un exemple : le maïs RoundUp Ready de Monsanto sur-exprime artificiellement la cible du glyphosate, pour mémoire l’EPSP synthase, qui n’existe pas chez les animaux. Par la technique de « gene-editing », la modification de l’opérateur du gène de l’EPSP synthase conduira au même résultat et rendra obsolète la technique « archaïque » utilisée il y a près de 20 ans pour construire une suite de divers gènes avec des marqueurs variés facilitant la sélection en laboratoire des transgènes. C’est la « deuxième génération » de la transgenèse végétale qui émerge, et bien malin celui qui aura les arguments pour combattre ces plantes modifiées car elles sont le résultat d’une sélection et de croisements opérés naturellement ou manuellement par pollinisation forcée comme c’est le cas pour les hybrides F1 largement utilisés avec le maïs transgénique ou non.

En conclusion, l’élevage animal est le plus gros consommateur de plantes transgéniques dans le monde, des centaines de milliards d’animaux ont été nourris avec ces produits depuis près de 20 ans et des milliers de travaux académiques n’ont jamais pu mettre en évidence une quelconque altération de la santé des animaux ou de la qualité des produits tels que la viande, le lait ou les œufs.

Jamais il n’a pu être observé de différences nutritionnelles de ces produits par rapport aux produits dits organiques, c’est-à-dire provenant d’élevages sans plantes ni produits végétaux d’origine transgénique. L’industrie alimentaire et l’élevage sont devenus largement dépendants de la production de soja et de maïs provenant de pays qui ont approuvé ces cultures génétiquement modifiées. Bannir les plantes transgéniques ou exiger un étiquetage des denrées alimentaires aurait pour résultat un renchérissement immédiat et généralisé de nombreuses productions alimentaires et l’arrivée du « gene-editing » rendra la situation ambiguë et les revendications des écologistes deviendront tout simplement inutiles.

Source : UC Davis, lien pour les curieux dont ce billet est inspiré


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