L’État, jouet des privilégiés

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De quelle aide auront besoin les pauvres, lorsque plus personne ne bénéficiera de privilège ayant pour conséquence d’annihiler toute possibilité pour eux de sortir de la pauvreté ? »

Par Marius-Joseph Marchetti.

contrepoints 709 état jouetUne croyance populaire, toujours autant en vogue dans notre pays collectiviste, est de dire que lorsque le pouvoir aide par son intervention une entreprise, celui-ci mène une politique ultralibérale. Ainsi le capitalisme prédateur se servirait du pouvoir dans le but d’engranger toujours plus de profit avec toujours moins de risque, par exemple en renflouant des banques ou des entreprises.

Or, il y a dans ces diverses réflexions une erreur constante : celle consistant en l’usage récurrent des termes de politique de « laissez-faire », car celle-ci aide « les riches » et les grands patrons « capitalistes ». Il est tout d’abord ironique que certains critiquent le libéralisme par sa nature non-interventionniste, et que simultanément, ils l’accusent de vouloir intervenir pour protéger la richesse et le profit de certains, pour la simple et bonne raison que cette seconde affirmation est en profonde contradiction avec la première. Le terme exact qui devrait être utilisé n’est pas capitalisme (car dans son sens originel, le capitalisme est synonyme de laissez-faire) mais corporatisme. Ainsi, certains individus rétorquent que nous sommes dans un pays ultralibéral car l’État se sert de son pouvoir pour protéger certaines industries et fortunes. Cependant, c’est se tromper que d’affirmer cela. Nous ne sommes pas dans un pays ultralibéral.

« Une société est libérale, lorsque ses dépenses publiques ne dépassent pas 10 à 15% du produit national. » — Milton Friedman

Un des premiers arguments apporté pour justifier le communisme est que le capitalisme entraîne forcément la formation généralisée de monopole dans l’économie, et que le salarié est ainsi exploité de toute part. Là encore, cette observation ne prend pas forme lorsque le laissez-faire est la norme. Celle-ci résulte du corporatisme mis en place et garanti par l’État, par exemple à l’aide de licences, patentes et d’octroi de privilèges comme le protectionnisme. C’est ainsi que la première étape collectiviste est franchie.

Ainsi, Frédéric Bastiat décrit dans La Loi les trois étapes de la spoliation légale : Protectionnisme, Socialisme et Communisme, « qui ne sont qu’une seule et même plante, à trois périodes diverses de sa croissance. » Le protectionnisme, par les barrières et les restrictions qu’il impose à l’entrée de marchandises dans le pays, facilite grandement la formation de monopole sur le territoire concerné. L’argument principal du protectionnisme, c’est le fameux « intérêt général » qui est tellement vanté par nos politiciens que celui-ci est repris à toutes les sauces et pour tous les goûts. L’intérêt général n’est jamais rien d’autre qu’un intérêt égoïste finement déguisé et étant assouvi par le privilège accordé. Car le protectionnisme est bien un privilège. Il n’est pas la panacée des peuples, mais des corporatistes dont les dits « patriotes » prendraient bien moins de plaisir à s’identifier.

Les idiots utiles du corporatisme

Ainsi, que se passe-t-il ? Le peuple, les individus, les « patriotes », se trouvent bernés. Le jeu coercitif n’a une nouvelle fois permis que la victoire du pouvoir. Le pouvoir, après avoir fait planer l’illusion laissez- fairiste sur la société, traînera naturellement celui-ci dans la boue. Il l’accusera de tous les mots que nous connaissons aujourd’hui. Il revendiquera le changement, un nouveau modèle « plus viable », où « les pauvres ne sont pas sacrifiés pour le sacro-saint dividende de l’actionnaire et au profit du grand capitalisme apatride ». Le pouvoir, par sa propagande, crée lui-même ce qu’on pourrait qualifier d’idiots utiles du corporatisme. L’État favorisant le capitalisme (de connivence), ceux-ci revendiqueront naturellement… encore plus d’État, pour réduire la force du « pouvoir économique » ! Une question, cependant, me taraude l’esprit : l’État frappera-t-il réellement un grand coup dans la bedaine capitaliste, étant donné qu’il est constitué de ceux ayant distribué les privilèges et nécessairement, en bénéficient ?

Le peuple est là encore aveuglé par la foi en l’homme politique supérieur. Comme l’a si bien dit Ludwig von Mises, « à la base de toutes les doctrines totalitaires se trouve  la croyance que les gouvernants sont plus sages et d’un esprit plus élevé que leurs sujets ». Ainsi, après avoir convaincu tous ses sujets du soi-disant « ultralibéralisme » et désormais « libertarianisme » berçant la société, l’État continue doucement mais sûrement sa lente expansion. Et lorsque nous, libéraux et libertariens, essayons d’expliquer notre conception de l’État, allant d’un État régalien à l’anarchie (mais cette différence n’a ici que très peu d’importance et n’est donc pas sujette à débat), on nous rétorque : « Mais qui donc aidera les pauvres ? ». À nous de répondre : « De quelle aide auront-ils besoin, lorsque plus personne ne bénéficiera de privilège n’ayant que pour conséquence d’annihiler toute possibilité pour eux de sortir de la pauvreté ? »

Non, l’État n’est pas la panacée des pauvres, ni même des entrepreneurs. Elle est l’apanage du fort, de celui qui peut s’acheter les privilèges de l’État, et de ceux qui joyeusement, s’amusent à façonner la route de la servitude.