Écolos et Coca-Cola

coca menthos credits paul appleyard (licence creative commons)

Tandis que nos écologistes bien intentionnés croient sauver notre pays du soi-disant « danger nucléaire », les Américains se frottent les mains.

Par Michel Gay.

coca menthos credits paul appleyard (licence creative commons)

Les actionnaires de Coca-Cola doivent adorer nos « écolos » (en France et en Europe) car de nombreux employés de grandes entreprises mondiales, notamment américaines, ont plusieurs fois sablé1, non pas le Champagne, mais le Coca-Cola, à la santé de ceux qui facilitent leurs affaires.

En voici six exemples :

1) Le 16 décembre 2006, au lieu de se lamenter sur la vente de réacteurs nucléaires dans le monde, le collectif « Sortir du nucléaire » se réjouit du succès des Américains contre AREVA dans la vente de quatre réacteurs nucléaires à la Chine.

« Le collectif français « Sortir du nucléaire » s’est réjoui samedi de la décision de la Chine de choisir Westinghouse Electric au détriment du groupe Areva, pour la réalisation de quatre réacteurs nucléaires civils de troisième génération. Pékin a préféré le réacteur à eau pressurisée AP1000 de Westinghouse, groupe racheté au début de l’année par Toshiba, plutôt que l’EPR d’Areva. Le réseau « Sortir du nucléaire » ne peut que se féliciter de l’échec d’Areva qui espérait vendre son réacteur EPR en Chine. »

Il est tout de même surprenant que des Français se réjouissent de voir leur pays perdre un marché de 10 milliards d’euros à l’exportation…

2) L’arrêt du surgénérateur Superphénix, exigé par les antinucléaires et décidé par le Premier ministre de l’époque, Lionel Jospin, avait profité aux Américains. Ils relancent aujourd’hui cette filière de la surgénération à leur profit, alors que la France avait 20 ans d’avance. Nul doute que nos amis américains ont dû sabler le Coca-Cola le jour de cette décision gouvernementale.

3) En mars 1997, Greenpeace médiatise une mesure de la radioactivité émanant de la conduite de rejet en mer des effluents de l’usine de retraitement de La Hague. Bien que sans danger pour l’homme et la nature, les annonces tonitruantes avaient pour objectif d’affoler les populations pour nuire au nucléaire. L’affaire du « Tuyau de la Hague » brillamment orchestrée par des associations antinucléaires, aurait pu desservir notre industrie pionnière dans le retraitement des combustibles nucléaires usés. Son arrêt aurait arrangé d’autres pays qui se savent contraints de retraiter leurs combustibles dans l’avenir : il leur aurait permis de reprendre la première place. Heureusement, les « écolos », cette fois, n’ont pas été écoutés.

4) Sur les 210 essais nucléaires que la France a réalisés au total, ceux qui ont fait le plus de « bruit médiatique » sont les 6 derniers, maintenus par le Président Chirac pour compléter des données scientifiques et techniques afin de passer à la simulation. Sans ces 6 essais, nous ne ferions plus partie des grandes puissances nucléaires.

Là aussi, malgré une opposition frénétique, en particulier à l’étranger (alors que la majorité des autres essais n’avaient perturbé personne), le Président a tenu bon et il a eu raison.

5) Pour essayer vainement de remplacer la production électrique nucléaire, les « écolos » soutiennent les énergies renouvelables, dont le photovoltaïque. Pour surfer sur la vague verte, EDF a investi près de 500 millions d’euros dans la ferme solaire de Toul-Rosières, située près de Nancy. Les Américains sont contents : 1,5 million de panneaux photovoltaïques ont été fabriqués par… la société américaine « First Solar ».

La production annuelle prévue d’électricité est de 0,18 TWh, soit 60 fois moins qu’un réacteur EPR qui, lui, est conçu et fabriqué en France pour produire 12 TWh par an pour un coût de production trois fois moindre2, sans compter la gestion de l’intermittence solaire.

6) En Allemagne, l’arrêt de 8 réacteurs nucléaires ordonné par Angela Merkel sous la pression politique des « Grün », fait l’affaire des Américains qui exportent maintenant du charbon aux Allemands. Ces derniers font tourner intensément leurs centrales thermiques « classiques » (gaz et charbon = 60% de l’électricité) pour compenser la baisse de production nucléaire (qui est encore de 15%) malgré un affichage « vert » à base d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques. « On oublie » généralement de dire que les centrales au charbon rejettent beaucoup plus de gaz carbonique dans l’atmosphère qu’une centrale nucléaire.

Plusieurs pays se lancent dans l’acquisition de centrales nucléaires3 (Turquie, Arabie-Saoudite, Maroc…), ou relancent leur industrie nucléaire (Russie, États-Unis, Inde, Chine) avec des enjeux économiques considérables à la clef. La France est la cible d’autres pays industrialisés qui souhaitent acquérir des marchés, y compris à nos dépens.

Renforcer notre position industrielle dans le domaine nucléaire pour prendre des parts du marché mondial a aussi un impact positif sur l’emploi hautement qualifié en France. Bien sûr, il faut considérer l’opposition antinucléaire comme sincère. Rejetons l’idée qu’il puisse y avoir un lien entre nos opposants au nucléaire et d’autres intérêts.

Simplement, il faut savoir qu’à l’étranger, ce dénigrement organisé de notre industrie nucléaire est monté en épingle pour nous discréditer dans des négociations commerciales. C’est ainsi que nos écologistes bien intentionnés croient sauver notre pays du soi-disant « danger nucléaire » en s’attaquant systématiquement à un de nos fleurons industriels.

  1. « Sablé » consiste à boire goulûment, à grandes gorgées. « Sabrer » consiste à casser le goulot avec un sabre « à la hussarde ».
  2. 6 à 8 c€/kWh pour les réacteurs EPR en phase industrielle (Cour des comptes) et 18 à 24 c€/kWh pour le photovoltaïque récent, sans compter les centrales thermiques fonctionnant la nuit.
  3.  Source Autorité de sûreté nucléaire / www.asn.fr/Media/Files/Elements_marquant_RA2008_
    « Le parc nucléaire mondial en exploitation est d’environ 440 réacteurs installés dans 31 pays. 250 réacteurs sont en construction ou en projet à ce jour. Ces projets concernent des pays qui ont des réacteurs en exploitation et qui souhaitent développer ou relancer la construction de réacteurs (principalement la Chine, l’Inde, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Afrique du Sud, le Brésil, des pays de l’Europe de l’Est…). Les projets de construction de réacteurs concernent aussi de nouveaux pays souhaitant accéder au nucléaire (par exemple, l’Algérie, les Émirats arabes unis, l’Arabie Saoudite, la Jordanie ou le Maroc) ».