Changement climatique : en espérant que Michael Mann ne me poursuive pas en justice

climat sceptique

Le climatologue Michael Mann, célèbre pour sa fameuse courbe en crosse de hockey, cherche à faire taire ses opposants en les poursuivant en justice.

Par Trevor Burrus [*], depuis les États-Unis
Un article du Cato Intitute

climat sceptiqueLes esprits s’échauffent dans le combat scientifique portant sur le changement climatique. La poursuite en diffamation intentée par le docteur en climatologie Michael E. Mann, l’un des créateurs de la célèbre courbe en crosse de hockey montrant une hausse soudaine et récente des températures mondiales, est maintenant rendue à la Cour d’appel du District de Columbia (D.C.), l’équivalent de la Cour suprême étatique pour le district.

Mann prétend qu’un article sur le blog du Competitive Enterprise Institute (CEI) écrit par Rand Simberg, et subséquemment cité par Mark Steyn sur la National Review Online, était diffamatoire. L’Institut Cato, en collaboration avec la Reason Foundation, le Goldwater Institute et la Individual Rights Foundation, a déposé un amicus curiae (mémoire) en soutien à la défense, affirmant que les tribunaux ne sont pas l’endroit pour discuter de débats scientifiques.

Puisque la question du changement climatique est l’un des débats de politique publique les plus importants et animés de notre époque, l’étouffer avec des poursuites judiciaires diminuera non seulement notre capacité à développer une discussion franche et ouverte sur le sujet, mais aussi notre capacité à avoir des débats sur quoi que ce soit de controversé. Quelle que soit votre opinion sur le changement climatique, vous devriez espérer que la Cour d’appel du D.C. rejettera la cause au plus vite.

Plus précisément, Mann prétend que quatre expressions du texte de Simberg était diffamatoires : « manipulation de données » (data manipulation), « faute académique et scientifique » (academic and scientific misconduct), « figure emblématique d’une science climatique corrompue, disgraciée et transformée en caisse de résonance » (posterboy of the corrupt and disgraced climate science echo chamber), de même qu’une accusation envers le professeur de Penn State d’abuser de ses données, ce qui lui a valu le surnom de « Jerry Sandusky1 de la science climatique ». Mann cite également un communiqué de presse du CEI, qui qualifiait ses recherches de « fraude intellectuelle » (intellectually bogus).

Bien que certaines de ces expressions soient mal avisées et maladroites, elles ne sont pas diffamatoires. Les rhétoriques pugnaces sont encore protégées par le premier amendement2, surtout dans les cas de débats publics. Des expressions comme « fraude », « corrompu », « faute professionnelle » et « manipulation » peuvent certes être diffamatoires si elles insinuaient un vrai délit. Mais dans le cas présent, ces expressions n’insinuent pas un délit mais servent plutôt à rendre le « punch » rhétorique d’une phrase plus intéressant.

Toute cette histoire est ridicule. Si la situation avait eu lieu dans une cour de récréation, Mann serait le cafteur qui se plaint à son enseignant que quelqu’un dit des choses méchantes à son sujet. Après avoir passé des années à affirmer que les climato-sceptiques étaient des complices des compagnies pétrolières, Mann semble avoir décidé que l’État devrait plutôt leur fermer le clapet.

Ces poursuites jettent un froid sur la libre discussion de sujets d’importance publique… ce qui est peut-être le but. Pour utiliser un exemple très à-propos : considérant la grande susceptibilité de Mann, j’ai demandé conseil à mes collègues avant de le qualifier de cafteur. En d’autres mots, des poursuites comme celle pratiquée par Mann font l’effet de douches froides sur un discours innocent relatif à des politiques publiques importantes.

Malgré tout, puisque le sujet du changement climatique est tellement important, le docteur Mann semble penser que les gens ne devraient pas pouvoir énergiquement être en désaccord avec lui et questionner la validité de ses recherches parce qu’il « n’y a pas de place pour une discussion de bonne foi quant à savoir si le problème est réel. » Il semble donc croire que « les gens qui ont raison » devraient avoir une protection légale spéciale contre « les gens qui ont tort ». Les tribunaux devraient donc simplement prendre note que Mann a raison.

Je suis convaincu que l’Église catholique croyait la même chose quand elle a poursuivi Galilée pour ses recherches sur l’héliocentrisme.

Les partisans du catastrophisme climatique devraient y réfléchir à deux fois avant de se ranger derrière la poursuite de Mann. En fait, toute personne qui se livre à un vigoureux débat intellectuel devrait craindre que ce procès ne soit pas rejeté immédiatement comme une action nuisible visant à étouffer une opinion protégée par le premier amendement.

Michael_E._Mann_at_The_Amazing_Meeting Credit wikipediaD’ailleurs, si Mann l’emportait, lui ou ses amis pourraient facilement se retrouver à leur tour poursuivis en diffamation. Les catastrophistes du changement climatique accusent constamment les « négationnistes » d’irrégularités intellectuelles et professionnelles. Par exemple, voici ci-contre une photo de Michael Mann qui, lors d’une conférence, se tient debout derrière une affiche prétendant « lutter contre les escrocs » et « renvoyer les charlatans, arnaqueurs et imposteurs dans leurs cordes ». Dans son livre (p. 141), Mann dénonce les « fausses recherches » des climato-sceptiques. Et dans un courriel à un journaliste du New York Times, Mann qualifie une recherche sceptique de « pure fraude scientifique ».

Même les personnes non impliquées dans le débat sur le changement climatique devraient avoir peur. Paul Krugman, par exemple, voit d’un bon œil le procès du docteur Mann parce qu’il « nous rend tous un très grand service. » Célèbre pour traiter ses opposants de tous les noms, Krugman devrait faire attention à ce qu’il souhaite. Après tout, il a déjà qualifié le plan fiscal du représentant républicain Paul Ryan de « fraude » à la télévision nationale.

Un groupe de scientifiques persiste à ne pas complètement accepter la théorie d’une catastrophe climatique imminente, ce qui frustre quelques climatologues. Pour les scientifiques normaux, voir que d’autres sont en désaccord n’est pas un problème. Après tout, c’est ainsi que la science progresse. Cependant, pour quelques catastrophistes du changement climatique, voir des gens en désaccord est une bonne raison pour poursuivre en justice.

J’espère que ce texte ne me réservera pas ce sort.


Sur le web. Traduction : Pierre-Guy Veer pour Contrepoints.

[*] Trevor Burrus est chercheur au Center for Constitutional Studies (Centre d’études constitutionnelles) de l’Institut Cato.

  1. Entraineur déchu qui a abusé sexuellement de nombreux joueurs de son équipe de football américain durant plusieurs décennies.
  2. De la Constitution, qui garantit la liberté d’expression.