Transition énergétique : la France en avance !

Centrale nucléaire (Crédits Alpha du centaure, licence Creative Commons)

La France accuserait donc un « lourd retard » dans le développement des énergies renouvelables. Par rapport à qui ? Par rapport à quoi ?

Par Michel Gay.

imgscan contrepoints 158 énergie renouvelableDans le domaine de la production d’énergie, notamment d’électricité, les notions sans nuances d’avance et de retard cachent de puissants intérêts économiques sous un affichage écologique, parfois teinté d’idéologie. Pour convaincre des bienfaits des énergies renouvelables, les opposants au nucléaire simplifient leur discours, le plaçant sur le terrain manichéen de l’avance et du retard pour convaincre un pouvoir politique qui a besoin d’idées simples.

La France accuserait donc un « lourd retard » dans le développement des énergies renouvelables. Par rapport à qui ? Par rapport à quoi ?

Chez nos voisins (Espagne, Allemagne, Danemark, Italie), éoliennes et panneaux photovoltaïques poussent comme des champignons. Ils prospèrent artificiellement, engraissés par de généreuses subventions accordées par le pouvoir politique. Partout ces choix se révèlent pourtant désastreux et échouent aussi bien sur le plan technique (équilibre du réseau et utilisation des centrales classiques) que financier, sauf pour les astucieux profiteurs des effets d’aubaine qui ont su tirer parti de l’argent des contribuables.

Il faudrait donc les imiter pour rattraper notre « retard » selon les partisans de ces énergies dites « vertes ». Cette idée saugrenue, relayée par presque tous les médias, s’est installée dans notre société qui aime les idées simples, et même parfois simplistes. Ces énergies seraient naturelles, nationales, abondantes et non délocalisables.

« Certes, elles sont dispendieuses, mais une mise en œuvre massive devrait faire baisser les prix ». Le développement de l’éolien l’a démenti jusqu’ici : les coûts de production augmentent et ceux du photovoltaïque restent toujours… trois fois plus cher que celui des centrales nucléaires, sans compter les coûts supplémentaires de compensation de l’intermittence. Mais payez d’abord, on verra plus tard une fois ces moyens de production installés grâce à vos impôts et aux contrats d’achats subventionnés de la production des énergies renouvelables pendant… 20 ans.

« Certes, elles sont intermittentes, mais le stockage d’énergie finira bien par se développer et réglera cet aspect gênant ». Pour faire avancer la cause des énergies renouvelables, les ingénieurs sont parés de toutes les vertus. Ils vont résoudre rapidement des problèmes insolubles depuis plus d’un siècle alors que, dans le nucléaire, ils ne sauront jamais faire fonctionner les futurs surgénérateurs. Ils sont aussi volontiers taxés d’apprentis-sorciers.

« Certes, elles sont importées, mais un marché domestique conséquent deviendra le terreau d’un développement national ». Les partisans de ces énergies ne doutent pas que la France fera mieux et moins cher que les Danois, les Espagnols, les Allemands et les Chinois.

Plutôt que cette lecture en « avance-retard », il vaudrait mieux examiner les différents aspects politiques (indépendance nationale), économiques (coût global, balance commerciale), techniques (maintien en tension du réseau électrique), et écologiques (avantages et risques induits) de ces énergies « vertes ». Mais c’est plus long et plus compliqué à comprendre qu’un bon slogan.

Le développement moins rapide des éoliennes et des « fermes » photovoltaïques en France, qui serait à l’origine de ce « retard », n’est pas dû à des entraves artificielles ou à une absence de savoir-faire. Il est surtout dû à une absence de besoins, au prix bas de l’électricité et au fonctionnement satisfaisant du système en place.

La considérable puissance installée jusqu’ici, tant en éolien (plus de 8 GW) qu’en solaire (5 GW), ne répond a aucun besoin national, ni technique, ni écologique. La production, bien que déversée prioritairement lorsqu’elle est disponible, représente moins de 5% de la production « classique » nationale. Elle pourrait être largement fournie par les moyens existants ou en construction, tel l’EPR de Flamanville. De plus, 90% de l’électricité en France est produite sans émissions de CO2 (nucléaire 78% et hydraulique 12%).

Le modèle nucléaire français est le pilier de la future transition écologique qui vise le remplacement d’une partie de la consommation d’hydrocarbures par de l’électricité.

Pour finir, voici quelques orientations pour réussir l’avenir énergétique de la France :

  1. Arrêter toute subvention aux énergies éoliennes et photovoltaïques (et donc arrêter les éoliennes « off-shore »),
  2. Investir pour prolonger le parc nucléaire actuel,
  3. Prévoir les chantiers EPR de la génération nucléaire suivante (GEN III) à la suite de Flamanville,
  4. Soutenir la future génération de réacteurs à neutrons rapides (GEN IV) pour gérer intelligemment le Plutonium et les déchets nucléaires (actinides mineurs) à partir de 2040.

La France est loin d’être en « retard ». Elle est même « en avance ». Elle est le seul pays au monde ayant déjà réussi sa transition énergétique depuis plus de 20 ans ! Sa production électrique (essentiellement nucléaire et hydraulique) est aujourd’hui presqu’entièrement dé-carbonée, sans pollution, tout en ayant un prix parmi les plus bas du monde, une sécurité exemplaire et une indépendance améliorée.

Par sa position encore solide dans le nucléaire, elle est en bonne place pour apporter au monde une énergie sûre, propre, abondante, pilotable et peu chère pour des milliers d’années… pour peu que ses dirigeants le comprennent et agissent.