Politique de santé : encore des contradictions !

Marisol Touraine (Crédits : tendencies Creative Commons)

Marisol Touraine continue à faire passer des messages tous plus contradictoires les uns que les autres : gratuité et restriction.

Pendant que le Président de la République tente par tous les moyens de garder un peu de dignité, Marisol Touraine, elle, continue à faire passer des messages tous plus contradictoires les uns que les autres : gratuité et restriction.

Par Phoebe Ann Moses

Marisol Touraine (Crédits : tendencies Creative Commons)

Souvenons-nous que le dernier gadget démagogique a été de rendre la consultation chez le médecin généraliste « gratuite ». D’après Marisol Touraine, certaines personnes sont trop pauvres pour avancer la somme de 23 euros, et il est donc indispensable que la société prenne en charge pour elles la visite chez le médecin. Qui était en réalité déjà prise en charge par le remboursement légèrement différé au patient, ou même immédiatement prise en charge pour les patients CMU et AME. Mais Marisol Touraine pense que ce n’est pas suffisant.

Certaines mises en garde ont été faites (même dans le rapport commandé par le ministère) concernant la possible augmentation de la consommation médicale, induite par la gratuité. Économiquement parlant, il est souvent constaté une corrélation entre la gratuité d’une chose et l’augmentation de sa demande.

Mais le ministre de la Santé ne pense pas que cela augmentera la demande de soins, développant même l’idée qu’un patient ne va pas chez le médecin par plaisir ou par désœuvrement. Ou pour des raisons autres que l’absolue nécessité d’être soigné.

Et voici la contradiction : à l’heure du soin « gratuit » est évoquée la nécessité d’une restriction des moyens concernant les secours. Pompiers et SAMU se déplaceraient en effet trop souvent pour des causes inutiles ou non urgentes.

Si Marisol Touraine pense que les patients ne vont jamais chez le médecin par plaisir, il semblerait néanmoins qu’ils osent déranger les secours pour des broutilles. Il faut donc restreindre les sorties portant secours aux patients. Rendre gratuit l’accès à tous les soins, mais ne plus aller chercher les patients : logique imparable, de cette façon, la consommation de soins n’augmentera pas !

Les dirigeants de ce pays n’ont pas encore compris que la santé est désormais un objet de consommation comme un autre : si l’on a « besoin » ou « envie » de consulter, on « doit » obtenir immédiatement satisfaction, exactement comme lorsqu’on choisit « une grande frite avec mayo sur place ou à emporter ». Le soin se consomme 24h sur 24. Donc le médecin, comme le véhicule de secours, doit être à disposition. Comme s’il vendait un hamburger, le médecin doit être serviable, disponible tout de suite, souriant.

S’étonnant de la constante augmentation de demande de soins, Marisol Touraine l’attribue directement aux soignants : si la Sécurité Sociale est en déficit c’est la faute des soignants. Ou, encore, comme l’accusation du jour, à cause des sorties abusives des secours. Comme s’il était maintenant possible de faire machine arrière en annonçant des restrictions, alors qu’a été accordée avec mansuétude la gratuité des soins.

C’est fort bien joué de la part du gouvernement : en laissant les soignants se justifier de leurs sorties, de leurs consultations, elle laisse penser aux Français que le déficit de la Sécurité Sociale est de la faute du personnel médical. Plus les médecins ou les secouristes vont tenter de justifier la nécessité de leurs interventions, plus le grand public va penser qu’ils dilapident l’argent public. C’est à eux de se débrouiller pour moins sortir, moins soigner. À eux, en première ligne, d’annoncer que non, le SAMU ou l’ambulance des pompiers ne se déplacera pas. La colère des patients, leur agressivité, parfois leur violence, n’atteindront de toute façon jamais les bureaux douillets de l’avenue Duquesne.

Contrairement à ce que pense le très médiatique urgentiste Patrick Pelloux, la question de la définition de l’« urgence » et du « secours » mérite néanmoins d’être posée. Déjà les services d’urgences ne reçoivent plus qu’une proportion infime d’urgences vitales, le reste étant des consultations que l’on pourrait qualifier de « consultations de confort », pour lesquelles une spécialisation qui coûte cher n’est pas forcément indispensable.

Alors que les Français attendaient impatiemment que les dépenses de l’État baissent enfin, la proposition qui leur est faite est de réduire le financement des secours, et dans le même temps, réorienter la politique de l’offre de soins. Réduire les moyens pour tenter de réduire l’offre et donc la demande est une méthode qui a déjà été testée par un gouvernement socialiste quand il voulait combler le déficit de la Sécurité Sociale en diminuant le nombre de médecins, ce qui devait diminuer, croyait-il, la demande de soins.

Ainsi mise dans le carcan de la règlementation, la médecine française de demain sera gratuite et à la hauteur de ses ambitions. Pour la qualité, il faudra avoir les moyens d’aller voir ailleurs.