Que nous demande-t-on de signer « au nom de l’humanité » ?

Pour protéger les Irakiens des djihadistes, il est encore temps d’intervenir militairement. Il est encore permis d’hésiter, également.

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Que nous demande-t-on de signer « au nom de l’humanité » ?

Publié le 26 août 2014
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Par Nils Sinkiewicz.

guerre credits Prescott Pym (licence creative commons)

Lancé mardi dernier « au nom de l’humanité », l’appel à une intervention militaire en Irak sous mandat des Nations Unies a rassemblé déjà près de 800 signatures. S’il souligne à juste titre la gravité de la situation et l’urgence d’une réaction de la part de la communauté internationale, le texte de la pétition n’échappe pas aux défauts d’un genre hésitant souvent entre pédagogie et intimidation.

C’est reparti comme en 1936…

Les premières lignes du texte annoncent la couleur : nous sommes en 1936, et les alliés doivent agir – « avant qu’il ne soit trop tard et que la situation ne devienne incontrôlable », concluent les auteurs. Comme toujours quand l’heure est à l’engagement, l’histoire est convoquée. Et comme toujours quand l’histoire est convoquée, le souci de décrire au mieux la situation est loin d’expliquer à lui seul la comparaison. En effet le parallèle entre les sceptiques d’hier et ceux d’aujourd’hui n’a rien d’anodin. Il étend aux seconds le jugement rendu après coup sur les premiers, offrant de ce fait aux pétitionnaires le rôle des « clairvoyants » qui flairent le danger et réagissent à temps.
Loin de nier la pression exercée sur les tièdes, l’un des auteurs de l’appel y voit un solide argument : ceux qui ne voient pas le rapport avec Hitler tiennent-ils vraiment à attendre la fin du conflit pour admettre qu’ils avaient tort ? Inquiétude légitime : la prudence des colombes épargne la vie des soldats, pas des civils. Mais inversement, n’est-il pas trop tôt pour sermonner les sceptiques ?

On sait pourtant le péril des guerres asymétriques, qui relativise l’efficacité des interventions militaires. Quand des gens souffrent, ce qui compte, ce ne sont ni les intentions, ni les gesticulations, c’est le résultat. La gloire ne fait pas crédit : en attendant de prouver au monde qu’ils avaient raison, les partisans d’une intervention sont tenus à la même modestie que les sceptiques. Or le souvenir de « l’intervention malheureuse de Georges Bush en Irak » et de sa « gestion désastreuse de l’après-guerre », évoquée à juste titre par les auteurs de l’appel, n’empêche pas ces derniers d’affirmer avec une hallucinante légèreté non seulement que la victoire contre les djihadistes est « aujourd’hui possible » (proposition logiquement recevable), mais qu’elle « aura des répercussions positives sur les pays limitrophes, en particulier en Syrie ». Il est (encore) permis d’en douter, quand on sait la complexité de la situation. À vos neuvaines.

Des interrogations qui demeurent

On peut certes demander aux non-signataires pourquoi ils ne signent pas. On peut aussi se demander pourquoi les auteurs de la pétition ne mettent pas toutes les chances de leur côté. À l’appel en tant que tel s’est greffé un discours dont la cause des Irakiens se serait bien passée et qui, outre le ton général, donne des raisons de ne pas signer y compris aux partisans d’une intervention.

Si l’évocation des « populations irakiennes » écarte les soupçons de communautarisme chrétien, l’éloge de la France protectrice des « populations martyrisées à nos portes » a de quoi faire grincer des dents. Sous prétexte que les souffrances des uns et des autres ne devraient pas se faire concurrence, doit-on perpétuer le discours qui, dans les faits, permet d’ignorer cette hiérarchisation des misères ? Hésiter pour cette raison à signer, ce n’est pas pinailler, c’est comprendre que si une pétition peut faire prendre des décisions, elle peut également entretenir des mythes et créer des situations que nul n’est tenu d’accepter.

Le texte qualifie l’EIIL de menace non seulement pour la région – on le niera difficilement – mais pour la sécurité de l’Europe et de la France. Est-il vraiment indispensable d’invoquer la sécurité nationale pour justifier une intervention armée ? Hésiter pour cette raison à signer, ce n’est pas pinailler, c’est refuser de valider une analyse pouvant justifier d’autres décisions autrement moins légitimes que celle de défendre des populations civiles.

L’appel défend en outre une vision bien étrange des relations diplomatiques. Les partenaires européens sont des interlocuteurs que l’on convainc (d’ailleurs « avec humilité et persévérance »). Les partenaires arabes, eux, « doivent clairement dénoncer cette situation et la folie de ces djihadistes qui défigurent leur foi et blessent, en invoquant le même Dieu, les musulmans qui vivent leur foi en paix ». On a le droit de souhaiter une intervention sans approuver cette manière toute paternaliste de s’adresser à nos « partenaires ». Hésiter pour cette raison à signer, ce n’est pas pinailler, c’est se rappeler qu’on a plutôt intérêt à traiter en égaux ceux dont on attend de l’aide.

Est-ce donc pour les victimes de l’État islamique en Irak et au Levant qu’on se mobilise en signant cette pétition, ou pour autre chose ? C’est bien « l’humanité qui est en jeu dans les événements qui se déroulent en Irak ». Quant à l’enjeu de la pétition…


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  • « Est-il vraiment indispensable d’invoquer la sécurité nationale pour justifier une intervention armée ? »
    Oui. Enfin il me semble. C’est le rôle d’une armée nationale, non? Assurer la sécurité du pays?

  • Sans parler du fait que toutes nos dernières interventions se sont soldées par des fail absolument navrants.

    Le Mali est toujours en galère, et nous avec, la Lybie a eu la joie de voir ressurgir les problème d’extremisme religieux qu’elle n’avait plus connu depuis longtemps, et la guerre des tribus fait rage… Quant à la Syrie, on leur a envoyé des tonnes d’armes et meme du fric. Parce qu’il fallait « intervenir ». Et aujourd’hui on s’étonne que les djihadistes en Irak viennent de Syrie avec des armes très modernes…

    Vous remarquerez que la politique extérieure est calquer sur la politique intérieure: on fait une connerie, puis une seconde connerie pour rattraper la première connerie, et ainsi de suite, au fur et à mesure que la catastrophe grandie…

    La vérité c’est que c’est peine perdue. On a provoqué une réaction en chaine que l’on est plus en mesure d’arreter. C’est bien de dire aujourd’hui qu’il faut sauver le monde, mais il fallait y penser avant de déclencher les hostilités.
    Mais que veux tu, quand on est aussi peu clairvoyant dans son propre pays, il n’y a pas de miracle à attendre. Il iront faire la guerre, où ils armeront les défenseurs. Et quand on ne pourra plus le faire, les djihadistes avanceront à nouveau,e t récupéreront nos armes en primes. Sans parler du fait qu’ils utilisent nos interventions armés pour justifier leur croisade. Donc répondre par… Une intervention armée, c’est leur donner de quoi recruter encore plus… Comme si ça ne suffisait pas…

  • Les guerres en Afrique sont avant tout un conflit entre le modèle libéral US, basé sur le marché ; et le modèle colonialiste Français, basée sur la bureaucratie.

    La France, avec son modèle gaulliste, tente de protéger sa main mise néo-coloniale sur l’Afrique. Ainsi, l’Irak du très étatiste Sadam Hussein travaillait main dans la main avec l’entreprise très étatisée TOTAL. Ceci explique que Villepin, qui se réclame lui-même de DeGaulle, ait été contre la guerre en Irak au nom de la France.

    Comme depuis le début du 19ème siècle, la pression militaire américaine a pour but de lutter contre le colonialisme européen. Le Colonialisme : c’est une forme d’étatisme, une gestion bureaucratique de l’économie d’un pays par un autre État. C’est d’ailleurs dans le cadre du colonialisme que sera inventée par exemple la sécurité sociale, qui sera ensuite réimportée par Bismarck en Europe.

    L’Afrique doit sortir totalement du giron coloniale de l’Europe et de la France, et pouvoir enfin rentrer librement sur le marché mondial. Cela se traduira, par exemple, par la relocalisation d’une bonne partie des industries « françaises » en Afrique (on pensera par exemple à toute la pétrochimie, qui représente 20% des industries en France).

    • bonjour Isga, de même que l’ex Afrique « coloniale » française ,dont on nous rabat les oreilles devrait bien nous lâcher , ce 50 ans après son indépendance , partant le citoyen contribuable français en a largement assez de verser d’exorbitantes subventions en pure perte* et de subir la présence de hordes de migrants opportunistes sans qualifications ni valeurs et incapables d’exister dans un pays de droit , M……à la fin !!
      * Pas perdu pour tout le monde :Voir le patrimoine des roitelets Africains !

    • Il me semblait que la sécurité sociale bismarckienne avait une origine alsacienne ou mosellanne.

    • Joli troll…

      Par contre, l’Irak n’est pas en Afrique donc légèrement hors sujet.

    • Il y a aussi et surtout que la guerre en Irak était faite au nom de l’arme nucléaire qui était une menace.
      La France a refusé de faire une guerre pour une motif dont elle ne voyait pas les premiers éléments de preuve. A juste titre puisqu’il n’y en avait pas.

  • Vous mettez sur le même plan Américains, Britanniques et Français alors qu’ils ont eu des moyens et des objectifs extrêmement différents dans les pays impliqués (Irak et Mali respectivement, si on se limite à ces deux exemples)

    La France au Mali n’a pas eu l’ambition de se lancer dans du « nation-building » ni d’y instaurer de force une démocratie. La France n’a pas installé un gouverneur au Mali. La France est intervenue avec l’accord et le plein assentiment des autorités locales.

    Quant aux USA-UK, la partie « cassage de gueule de l’armée de Saddam Hussein et chute de son régime » s’est extrêmement bien passée, beaucoup plus vite que prévu même. Pour tuer et détruire nos armées sont particulièrement efficaces!

    Alors on peut s’opposer à une intervention mais prendre pour exemple Américains, Britanniques et Français en mettant leurs interventions respectives dans le même sac c’est faire preuve d’une certaine myopie.

  • Je pense qu’il faut agir avant qu’il ne soit trop tard.

  • Il est difficile de se prononcer sur la question sans savoir ce qui se discute dans les ambassades, les officines… Ce qui semble légitime, ce sont des interventions privées auprès des chrétiens ou d’autres communautés. Mais les Etats ont une telle mainmise sur le droit & les moyens de la guerre…

  • Les commentaires sont fermés.

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