Le « shadow capital » de la retraite publique

Contrairement au système de retraite publique, l’épargne-retraite fait de vous un riche qu’il faut taxer lourdement.

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Le « shadow capital » de la retraite publique

Publié le 22 mai 2014
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Par Guillaume Nicoulaud.

retraitésQuestion : combien vaut une rente de 1 000 euros annuels, payables dans un an et pour les 17 années suivantes, le tout assortie d’une garantie publique notée Aaa ?

Une manière simple de répondre à cette question consiste à reproduire le portefeuille d’obligations d’État qui permettrait d’obtenir le même résultat. En l’occurrence et sur la base des données de la BCE (au 19 mai 2014), il vous faudra placer un total de 14 640,5 euros répartis (je vous passe les détails) sur des émissions à 1, 2, 3, … 16 et 17 ans.

Maintenant, prenons le cas d’un groupe d’individus qui, en moyenne, prennent leur retraite à 65 ans, peuvent compter sur une espérance de vie de 82 ans1 et touchent une pension garantie par l’État de 32 400 euros par an. Comme précédemment, on peut estimer la valeur actualisée de cet avantage à environ 474 353 euros. C’est-à-dire que lorsqu’un des membres de ce groupe théorique2 part à la retraite, il reçoit sous forme de rente l’équivalent de près d’un demi-million d’euros ; sachant, vous l’aviez compris, que plus les taux sont bas, plus la valeur actuelle nette du package est élevée (et je vous passe les aspects fiscaux).

En gardant cette idée en mémoire, demandez-vous pourquoi l’homo sapiens typique cherche à se composer un patrimoine durant toute sa vie active. Bien évidemment et dans l’immense majorité des cas, il essaie de se constituer un socle de capital qui, une fois l’heure de la retraite venue, lui permettra de cesser de travailler et de profiter de ses vieux jours. Il existe, bien sûr, d’autres motifs à plus court terme — épargne de précaution (assurance santé ou chômage), études des enfants, projet d’acquisition… — mais vous me permettrez de me limiter à celui qui me semble le plus important : l’épargne-retraite3.

De là, vous pouvez imaginer le cas de Paul et Jacques, deux individus qui, le même jour, prennent leur retraite. Ils ont tous les deux 65 ans, peuvent tous les deux compter sur une espérance de vie de 82 ans et, l’un comme l’autre, se sont arrangés pour toucher un revenu annuel de 32 400 euros pendant dix-sept ans. Seulement voilà, là où Paul a épargné toute sa vie et vient de constituer le portefeuille obligataire que j’évoquais plus haut, Jacques, lui, bénéficie d’un système de retraite publique.

Vous me direz, au risque que prend Paul de vivre au-delà de 82 ans près4, leur situation est identique.

Pas tout à fait : la grande différence, c’est que du point de vue de l’administration fiscale — et de Piketty — Paul est un riche qu’il convient de taxer lourdement pour réduire les inégalités de patrimoine tandis que Jacques, lui, est un pauvre qu’il convient sans doute de subventionner pour la même raison. Notez bien que l’un comme l’autre sont riches d’une créance sur l’État et que la seule chose qui diffère entre leur deux situations c’est que ladite créance apparait au bilan de Paul tandis que pour Jacques, c’est du hors-bilan ; c’est du shadow capital5.

De manière assez amusante — pour peu que vous ayez l’humour grinçant — il semble que les grands pourfendeurs des inégalités de patrimoine considèrent que la valeur actualisée des retraites publiques est nulle. Pour un peu, on pourrait croire qu’ils cherchent à nous faire passer un message…


Sur le web.

  1. On suppose une parité hommes/femmes.
  2. Toute ressemblance avec nos députés est naturellement fortuite.
  3. Il va de soi que vous pouvez reproduire le même genre de calculs pour toutes les formes d’assurances.
  4. Le risque a un prix : en l’occurrence, Paul devra amasser un peu plus de capital ou prendre un peu plus de risques pour couvrir celui-là.
  5. Je viens de l’inventer (ou, du moins, je crois).
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  • Vous êtes en forme, plein de bons articles en ce moment.

  • La seule différence c’est que celui qui a épargné dispose d’un capital réel qu’il peut utiliser comme bon lui semble et même en tirer des revenus, possibilité que n’a pas le retraité public. Sans compter que la retraite publique n’est pas assurée jusqu’à sa mort contrairement au capital réel que possède l’autre individu. En effet, son montant peut très bien être revu à la baisse, et on peut même imaginer que sa pension lui soit tout bonnement retiré si le système est en faillite.

    • @Lionel37 :

      Vous avez mal compris la démonstration. Le capital réel accumulé sert justement à fournir des revenus, et des revenus sur la même base « sécuritaire » qu’une retraite publique, donc en emprunts d’état.

      A ce titre, les risques sur sa retraite sont donc exactement les mêmes : si l’état fait faillite ou décide de ne plus rembourser ses créanciers, le résultat est le même pour Paul et pour Jacques.

      Sauf que Paul a supporté l’ISF et pas Jacques, d’où la discrimination.

      • Bonjour,
        Je pense avoir très bien compris le propos de l’auteur : entre un individu qui arrive à 65 ans avec un capital de 550 000 euros et un retraité avec un capital de 0 euros, le premier est plus riche que le second, je vois mal comment on peut nier ce fait. Ensuite, il dépense son capital comme bon lui semble, liberté que n’a pas l’autre individu. L’autre individu est dépendant des décisions ultérieures pour toucher sa retraite contrairement au premier qui lui a son capital dès le départ. Lorsque je dis tirer des revenus du capital je ne veux pas dire piocher dedans mais le placer, le faire fructifier. Enfin, le biais du raisonnement de l’auteur que je n’avais pas noté précédemment, c’est que nous vivons dans un système où les prestations retraite sont universelles, donc le premier individu profitera de ce système. La comparaison est donc intellectuellement intéressante mais sans réalité. Cependant vous avez raison : si le premier a son capital placé en créances d’Etat, si celui-ci décide de faire défaut il perd tout. Mais ce risque n’est pas le même que celui de l’assuré qui lui risque que l’Etat pour ne pas faire défaut justement réduise ou supprime sa pension. Mais, le premier a toujours un avantage, car le capital placé en emprunt peut très bien être converti en autre placement tant que l’Etat ne fait pas défaut. Avantage que n’a pas l’assuré.
        Cordialement.

        • On ne parle pas d’un retraité qui a un capital de 0 euros, on parle d’un retraité qui a une pension de 1 000 € /mois, ce qui vaut (dans les hypothèse retenues) 550 000 €. Ce retraité à donc un capital de 550 000 €, comme l’autre.
          Il n’a pas la liberté de l’utiliser comme bon lui semble ? C’est très vrai et c’est un excellent argument … « ultra-libéral » 🙂 . Il donne une valeur à la liberté.
          Cela étant, il ne faut pas exagérer la valeur financière de cette liberté. Il suffit d’aller voir un banquier pour qu’il vous prête un capital en échange d’une fraction de vos revenus futurs ; ainsi l’opération inverse, la conversion de la rente retraite en capital est tout aussi possible.

          « nous vivons dans un système où les prestations retraite sont universelles ». LOL. Tu délires. Ma grand mère avait une pension de 150 € par trimestre (non, il ne manque pas un zéro : cent cinquante), et elle aurait très bien pu ne rien avoir du tout. RIEN DU TOUT, comme bien des femmes de sa génération.

    • « on peut même imaginer que sa pension lui soit tout bonnement retiré si le système est en faillite » : ça ne se passera pas comme cela. La valeur faciale de sa pension sera maintenue mais son pouvoir d’achat sera dégradé.

      Si, pour nous les anciens, il n’y a plus de solution positive, il est encore possible de sauver les jeunes générations de l’arnaque de la répartition en organisant, pour eux, la transition vers la capitalisation. Au lieu de persister à sacrifier les jeunes à nos erreurs collectives passées, organiser la capitalisation serait redonner son véritable sens à la devise de la République, en y ajoutant l’honneur et le sens de l’intérêt général.

      • Je suis d’accord avec vous, je ne pense pas que dans les faits, on puisse annuler des pensions de retraite, mais les réduire à peau de chagrin cela oui. Par contre vous parlez de l’arnaque de la répartition, j’aurai plutôt un avis opposé ! L’arnaque vient surtout de la capitalisation : voyez tous ces retraités américains par exemple qui ont tout perdu, qui sont obligés de recommencer à travailler !

        • Les retraités qui ont tout perdu sont français, lorsqu’ils ont été spoliés de leur épargne par l’Etat français pour financer l’amorçage des retraites par répartition. Sauf erreur, on a pu observer la même spoliation de l’épargne retraite privée en Argentine ces dernières années.

          Des épargnants qui auraient perdu leur capital retraite aux USA ? Lesquels ? Quand ? Combien ? Une source ?

          • parlons par exemple d’Enron, de Worldcom, avez-vous besoin d’une source pour connaître leur histoire ? les salariés eux la connaissent bien, leur plan d’épargne-retraite étant parti en fumée !

            • La retraite par répartition est une idée moralement défendable dans sa volonté de s’inspirer de la « solidarité entre générations » qui est un ressort social le plus naturel.
              L’inconvenient. C’est qu’on a vendu cette idée aubin peuple en crédibilisant ce système sur la base des conditions de fonctionnement idéales: pyramide des âges proche du triangle parfait, et plein emploi des populations actives. Il n’y a eu aucun « if », aucun « but »
              La réalité à simplement démenti cette vision par trop optimiste.

              • La retraite par répartition c’est tout le contraire de la solidarité : c’est l’institutionnalisation de l’exploitation des jeunes par les vieux, avec son cortège d’égoïsme, de lutte, de ressentiment, et de souhait malsain.
                Le seul système « solidaire », c’est la retraite par capitalisation, parce que
                * jeunes comme vieux ont intérêt à ce que le capital soit maximum, et à coopérer ensemble pour l’augmenter, ce qui nourrit la productivité et la croissance au bénéfice de tous ; alors que la répartition est un combat des uns contre les autres où personne n’a le moindre intérêt à accroitre le gâteau à partager
                * en cas de crise qui réduit le capital, ou de croissance qui l’augmente, jeunes comme vieux en prennent automatiquement leur part ; alors que la répartition fait peser le fardeau d’une crise exclusivement sur les jeunes, au point de supprimer leur boulot voire de les forcer à émigrer.

              • Entièrement d’accord avec P. Je me permets d’ajouter que la solidarité ou n’importe quelle institution en apparence généreuse n’est pas moralement défendable dès lors qu’elle est fondée sur deux actes immoraux, typiquement le vol des cotisations forcées et le mensonge des promesses intenables de la pyramide de Ponzi que vous décrivez. C’est en raison de l’immoralité intrinsèque de la répartition que, même avec une pyramide des âges idéale et le plein emploi, ce système est condamné à la faillite, comme tout système socialiste.

        • C’est très simple : un tiers des retraites est payé à crédit. Quand l’Etat ne pourra plus emprunter, les pensions seront donc réduites d’un tiers dans un premier temps. Tous les fonctionnaires qui ont emprunté pour se payer une bien immobilier vont être dans une merde pas croyable s’ils ont des créances en cours

  • Vous devriez creuser cette notion de shadow capital.
    Je pense qu’il y a des inégalités de droit causées par l’impôt (surtout progressif) et le shadow capital.

    Prenons par exemple un salarié qui gagne 20000 € / année de 26 ans à 55 ans, puis est à la retraite de 56 à 85 ans en touchant 12000 € / année. Ses 30 ans de travail lui auront rapporté un revenu (immédiat + décalé) de 20000*30 + 12000*30 = 960000 €.

    Un autre salarié, moins bien loti, gagne 18000 € / année de 26 ans à 65 ans, puis est à la retraite de 66 à 85 ans en touchant 12000 € / année. Ses 40 ans de travail lui auront rapporté un revenu (immédiat + décalé) de 18000*40 + 12000*20 = 960000 €.

    Qui paie le plus d’impôts?

    • Je n’ai pas très bien compris : un retraité qui perçoit une partie de sa retraite constituée par capitalisation est imposable ? Je suis à la retraite, ancien contractuel de l’Etat, et ma pension est constituée pour 60 % de capitalisation et 40 % de retraite par répartition. Je serais donc imposable sur les 60 % ? Fort heureusement j’habite à Tenerife et je ne suis pas imposable parce que la totalité de mon loyer est déductible de mes revenus, ce qui ne serait naturellement pas le cas en France. Je rappelle aux lecteurs de Contrepoints que les Iles Canaries ont un statut spécial dit de zone européenne excentrée et que le régime fiscal y est très avantageux, contrairement aux DOM : vaste idiotie de la France de ne pas avoir opté pour ce type de statut pour ses îles, îlots et autres dépendances d’outre-mer, mais bon, c’est un tout autre problème.

    • Vous ne pouvez pas valablement comparer deux personnes qui gagnent la même chose mais avec des quantité de travail différente. Votre premier cas a gagné 10 ans de loisirs de plus que votre second.

  • il y a une grosse différence , la retraite publique , l’état ‘récupère’ tout au décès par contre l’autre….donc , il est normal que l’état se serve

  • Merci pour votre analyse. Pourriez-vous poursuivre le raisonnement et nous indiquer combien un libéral devrait gagner en plus d’un fonctionnaire pour aboutir au même revenu sur l’ensemble de sa période d’activité et de sa retraite? Ou un chef d’entreprise? Ou un salarié? Ou un cheminot? En l’état actuel du régime de retraite des uns et des autres. Gros calcul certes, mais dont le résultat peut servir d’argumentaire politique!

  • j’adore la conclusion !

  • Article genial, merci.

  • « La retraite d’un haut fonctionnaire représente un capital de 10 millions d’euros : Gare à l’impôt sur la fortune ! »

    Charles Gave (Extrait de Un libéral nommé Jésus, Bourin Editeur).

    http://www.claudereichman.com/articles/retraitehautfonctionnaire.htm

  • l’article est excellent et pédagogique, mais il pêche quand même à cause d’un détail qui a une importance : Paul peut parfaitement placer son capital dans un PERP ou un Madelin, ce qui l’exonérera d’ISF.
    Pour le fisc Paul et Jacques sont identiques.
    Pas pour l’escroc Piketty, mais c’est un peu logique pour un suppôt de Madoff, non ?

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