Interdiction du maïs OGM : indignité nationale ?

L’interdiction « définitive » du maïs OGM ressemble plus à un règlement de comptes envers l’horrible Monsanto qu’à la traduction dans nos lois d’un légitime souci de santé publique.

Par Philippe Robert.

OGM maïs transgéniqueUne fois de plus, une fois de trop, hélas, la France, seconde économie brinquebalante de l’UE, se distingue par sa singularité en matière de principe de précaution : jusqu’à nouvel ordre, les OGM n’ont jamais été à la source d’aucun dommage humain, animal ou environnemental. Mais « Jusqu’à nouvel ordre » est le problème.

Pour Charles Gave, honorable financier et économiste avisé, nous serions des lions menés par des ânes (Robert Laffont, mars 2003). Mais cela, c’était hier. Aujourd’hui, à peine onze ans plus tard, ne serions-nous pas devenus un pays de pleutres gouverné par des hyènes occupées à dépecer les restes de la bête France encore pantelante ?

Car l’ampleur malsaine, hier de droite et aujourd’hui de gauche, des interdictions sans cause véritablement établie s’abattant sur les OGM est d’autant plus désastreuse qu’elle ne repose, en fin de compte, que sur des bases obscurantistes s’appuyant sur de fausses intuitions le plus souvent issues des rives problématiques de l’irrationnel !

Ainsi en est-il du vote « définitif » intervenu au Sénat consacrant l’interdiction, en France, de la culture du maïs transgénique s’appliquant donc au MON810 et au Pioneer TC1507, un vote qui ressemble plus à un règlement de compte visant l’horrible multinationale Monsanto qu’à la traduction dans nos lois d’un légitime souci de santé publique.

Jamais n’entend-on parler, comme s’il s’agissait d’un maladie honteuse qu’il faut à tout prix cacher, de Norman E. Borlaug, prix Nobel de la paix 1970, qui, dès 1959, fut un grand précurseur des OGM en sélectionnant des variétés de blé à haut rendement pour les milieux tropicaux, triplant alors les rendements de cette céréale.

Ces semences ont donc permis, dans les années 1960 et au début des années 1970, de sauver un milliard de Pakistanais et d’Indiens de la famine en doublant quasiment la production de blé : « La plus grande période de production vivrière de l’histoire de l’humanité », selon Kenneth Quinn, président de la World Food Prize Foundation.

Dans un article paru en 2013 sur le site Enquête&Débat et intitulé « Les OGM ou l’obscurantisme français », Jacques de Guénin, ingénieur de formation, ancien élève de l’Ecole des Mines de Paris et titulaire d’un Master of Sciences de l’université de Berkeley (Californie), écrit ce qui suit (texte intégral ici) :

« Si l’on veut comprendre à quel point cette exception « culturale » est ridicule, il faut prendre conscience qu’il existait l’année dernière dans le monde 170 millions d’hectares cultivés en OGM. Plus de 17 millions d’agriculteurs en cultivent dans 28 pays dont les Etats-Unis, l’Inde, la Chine, le Brésil, etc. (…) Il y avait déjà plus de 100 millions d’hectares cultivés en OGM en 2007, dans 17 pays et par 8,5 millions d’agriculteurs ! Du soja, du maïs, du colza, du coton et du riz sans compter les plantes thérapeutiques. Il y avait déjà 1;7 millions d’hectares en 1996, il y a dix-sept ans. On peur donc dire que cette progression n’est pas récente et qu’on a eu tout le loisir d’en mesurer les effets. Or, on n’a pas encore noté un seul cas d’intoxication ou de conséquence négative sur l’environnement ».

La posture parfaitement obscène du député européen José Bové se muant, à ses heures perdues et en toute impunité, en saccageur hystérique de champs d’OGM représente, au nom d’un dogme quasi-religieux, un symptôme inquiétant d’une perte du sens démocratique débouchant in fine sur un déni pure et simple de l’état de Droit.

« Quoi qu’il en soit, le combat contre les OGM relève de la barbarie et de l’obscurantisme. Il nous rend ridicules dans les autres pays civilisés. Il a fait perdre beaucoup de temps à nos meilleurs chercheurs, dont certains ont préféré partir à l’étranger. Il diminue la compétitivité de notre agriculture et il a fait prendre un retard peut-être irréversible aux semenciers français qui comptaient pourtant parmi les meilleurs du monde ».1

Notes :

  1. Jacques de Guénin cité par Jean Robin dans on ouvrage « Le livre noir de l’écologie –Pollution, pauvreté, anti-humanisme, des dizaines de millions de morts, etc. » aux éditions Tatamis, novembre 2013.