Qui paie les « charges » ? Patron ou salarié ?

Feuille de paie (Crédits : George Grinsted, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

La dernière chose que l’État voudrait, c’est que les salariés se rendent compte du coût réel de leur protection sociale.

Par Emmanuel Bourgerie.

Feuille de paie (Crédits : George Grinsted, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.
Feuille de paie (Crédits : George Grinsted, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

Suite à mon précédent billet sur le sujet du coût du travail, je me suis rendu compte que beaucoup pensent toujours que les cotisations sont payées par les entreprises, et non par les salariés eux-mêmes.

Comme je l’ai dit, c’est une erreur tout à fait compréhensible, puisque tout est mis en œuvre pour nous le faire croire. Croyez bien que la dernière chose que les socialistes voudraient, c’est que les salariés se rendent compte du coût réel de leur protection sociale, qu’ils sous-estiment complètement en plus de croire que ce sont les riches patrons qui la paient pour eux.

Mais pourquoi est-ce que j’insiste sur le fait que c’est le salarié qui paie les cotisations, alors que c’est le patron qui fait le chèque ? Pour la simple et bonne raison qu’un patron ne se préoccupe pas de savoir de combien sont les charges X, Y ou Z. La seule chose qui importe à ses yeux, c’est de savoir combien va-t-il devoir payer pour avoir son salarié. C’est ce que l’on appelle le coût du travail, puisqu’il comprend le salaire et tous les paiements que le patron devra faire à côté.

Payer le salaire tous les mois, puis faire un chèque pour les cotisations salariales, puis un autre tous les trimestres pour les cotisations « patronales », tout cela n’est qu’un jeu d’écritures comptables. La réalité est que lorsque qu’un patron veut embaucher un salarié, il considère tous ces coûts et ne regarde que l’ensemble. Si l’on compare avec des pays où la protection sociale est payée directement par les salariés, on se rend compte qu’ils ont des salaires plus élevés en conséquence.

Mais poussons ce raisonnement jusqu’au bout : si les entreprises donnaient aux employés leur salaire complet (c’est-à-dire avec toutes les cotisations qu’elles versent actuellement), qu’est-ce que cela changerait ? Absolument rien : nous paierions toujours pour notre sécurité sociale, mais de manière directe. Et les entreprises ne verraient aucune différence sur le coût final : elles se contenteraient de tout payer en une fois au lieu de faire divers chèques à divers organismes.

Et si c’était le cas, nous n’entendrions plus de revendications pour faire baisser les « charges », puisque les entreprises ne feraient plus le chèque à l’URSSAF, mais une baisse du coût total, c’est à dire des salaires, qui seraient jugés trop hauts et étouffant leurs marges.

C’est bien là où je voulais en venir : les cotisations sont payées par les salariés et lorsque l’on parle d’un coût du travail trop élevé, il faut comprendre des salaires trop élevés. Les étiquettes de cotisations « salariales » et « patronales » ne signifient rien, ce n’est encore une fois qu’un tour de passe-passe comptable.

Le salaire complet paie pour de nombreuses choses : nos cotisations à la Sécurité sociale certes, mais aussi le loyer, l’énergie et ainsi que tout ce que nous payons directement ou indirectement. Pardon d’enfoncer des portes ouvertes, mais quand le prix des loyers augmente, les salariés demandent des hausses de salaire en conséquence. Mais a-t-on pour autant le MEDEF en ordre de combat pour réclamer des baisses des loyers parce que cela impacte leur marge ?

La classe politique et le patronat ont tous deux grand intérêt à entretenir cette confusion : comme les salariés ne se rendent pas compte que ce sont eux qui paient les cotisations (même indirectement), les élus n’ont pas à en justifier le montant et peuvent gaspiller en toute impunité tandis que le MEDEF peut demander des baisses sans que les salariés ne comprennent qu’ils en paieront l’addition.

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