Un portrait plus nuancé des inégalités

Notre société est peut-être moins inégale qu’on pourrait le croire, et le devient de moins en moins.

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Inégalités (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

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Un portrait plus nuancé des inégalités

Publié le 17 janvier 2014
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Par Michel Kelly-Gagnon, depuis Montréal, Québec.
Un article de l’Institut économique de Montréal.

inégalitésLe débat sur les inégalités lancé il y a deux ans par le mouvement « Occupy Wall Street » semble connaître un regain d’intérêt. Ces derniers mois, les essais et les interventions médiatiques sur le sujet se sont multipliés. Le débat reste toutefois focalisé sur les inégalités de revenu, qui semblent avoir connu une croissance marquée depuis les années 1970 à travers le monde industrialisé, et notamment aux États-Unis.

Pourtant, il existe d’autres façons de mesurer les inégalités qu’en comparant simplement les niveaux de revenus, et ces autres types d’inégalités n’évoluent pas de la même façon. Lorsqu’on pousse l’analyse un peu plus loin, on constate qu’en fait, notre société est peut-être moins inégale qu’on pourrait le croire et le devient de moins en moins parce que ces autres formes d’inégalités ne croissent pas ou diminuent.

Les inégalités de revenus surestiment le problème

Le revenu est une mauvaise mesure des inégalités puisqu’il est très variable tout au long de la vie d’un individu et ne correspond pas nécessairement au niveau de bien-être. Comparer ce que les gens consomment est une façon bien plus appropriée de mesurer les inégalités de bien-être réel.

Les individus ont tendance à garder leur consommation plus constante à long terme que leurs revenus. Par exemple, une personne retraitée peut avoir un revenu faible parce qu’elle ne travaille plus, mais elle réussit tout de même à soutenir un niveau de consommation élevé grâce à son épargne et aux dépenses importantes – telle une maison – qu’elle n’a plus besoin d’assumer.

À l’inverse, un étudiant, même avec un très faible revenu, aura plus souvent qu’autrement un niveau de consommation plus élevé que son revenu ne le justifierait puisqu’il a choisi d’emprunter pour financer sa consommation et pour investir dans une formation qui lui permettra de décrocher un emploi bien rémunéré dans l’avenir. On peut ainsi voir comment la consommation constitue une meilleure illustration du niveau de vie que le revenu.

Selon les économistes Bruce Meyer et James X. Sullivan, entre 1980 et 2011, les inégalités de revenus aux États-Unis ont augmenté de 45% alors que les inégalités de consommation n’ont augmenté que de 19%. Selon d’autres chercheurs, les inégalités de consommation n’auraient pas augmenté significativement depuis 1984.

Les inégalités de satisfaction à l’égard de la vie diminuent

On peut utiliser une notion plus subjective mais peut-être plus pertinente, celle de la satisfaction à l’égard de la vie, pour mesurer les inégalités.

Au fur et à mesure que les sociétés deviennent plus riches, les individus ont de plus en plus de possibilités de se spécialiser et de plus en plus de façons à leur disposition d’atteindre le bonheur. Une société riche permet à ses membres de satisfaire aisément leurs besoins essentiels et, par la suite, d’assouvir leurs désirs de réalisation personnelle par des moyens qui n’ont pas nécessairement de lien direct avec leur revenu, ni avec leur niveau de consommation brute. Le bonheur, en effet, ne s’achète pas à coups de millions.

imgscan  contrepoints 2014590 inégalitésPar exemple, suivre des cours de yoga, développer son talent d’aquarelliste, ou faire partie d’une communauté virtuelle de gens qui partagent une passion pour les traditions chevaleresques du Moyen Âge, sont tous des activités qui ne coûtent pas nécessairement très cher mais peuvent procurer une intense satisfaction.

Lorsqu’on regarde les données sur la satisfaction à l’égard de la vie, on ne se surprendra pas qu’en même temps que les inégalités de revenu ont augmenté, les inégalités de bonheur ont, elles, diminué. C’est ce que nous apprend une étude du prestigieux National Bureau of Economic Research.

Les inégalités les plus déplorables diminuent

En analysant le phénomène des inégalités, il faut enfin considérer l’effet des choix personnels.  Certains individus choisissent de travailler de longues heures et d’étudier de longues années pour s’assurer des revenus élevés. D’autres se fixent une cible de revenu pour répondre à leurs besoins et, dès qu’ils l’ont atteinte, préfèrent utiliser leur temps libre à d’autres activités.

Les inégalités de revenus résultant de ces choix n’ont rien d’illégitime et il faudrait activement décourager l’effort individuel pour les réduire. On peut cependant considérer les inégalités résultant de facteurs hérités à la naissance ou d’autres facteurs sur lesquels les individus n’ont eu aucun choix comme des sortes d’inégalités clairement mauvaises.

Justement, depuis 1968, l’importance des mauvaises sortes d’inégalités a diminué aux États-Unis. Alors que 33% de toutes les inégalités en 1968 étaient explicables par des facteurs hérités à la naissance, cette proportion n’était plus que de 18,6% en 2001.

Bref, certaines formes d’inégalités, sans doute les plus importantes du point de vue de l’épanouissement personnel, ont tendance à stagner ou à diminuer. D’autre sont le résultat de choix individuels légitimes. Il est peut-être temps de l’admettre afin de mieux comprendre comment s’attaquer aux inégalités qui sont véritablement déplorables.


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  • Sincèrement la démarche de l’auteur mis a part créer des rideaux de fumés n’a aucun intérêt. Déjà parce que le libéralisme économique se concentre le pouvoir d’achat du consommateur individuelle et pas sur de quelconque inégalités de pouvoir d’achat. Quand bien même ces inégalités se réduiraient cela ne serait pas forcément une bonne chose. Parce qu’encore plus qu’avoir des nivaux de richesses différents, avoir des consommations différentes est un impératif pour une société dynamique.
    Je trouve aussi que le championnat de mesures de la pauvreté est aussi sans intérêt et ne sert qu’a mettre plus de politique dans un sujet simple.

    • Bah, le libéralisme (même le « libéralisme économique ») ne se concentre, normalement ni sur le pouvoir d’achat ni sur ses inégalité, mais sur la liberté des gens. Si les gens sont libres d’entreprendre comme ils le souhaitent, de consommer comme ils le souhaitent, etc. alors les inégalités ne sont non seulement pas mauvaises mais même plutôt bonnes… Elles indiquent les choix qui sont les plus pertinents sur telle ou telle dimension. Et bien entendu, si chacun est libre et se sait responsable de ses choix, alors les inégalités ne sont pas mal vécues (normalement).

      Par exemple je gagne nettement moins que mon frère mais je m’en fous, je fais le métier que je veux, avec des compensations autres.

      • Non le libéralisme économique c’est une THEORIE économique ayant pour but d’expliquer comment produire des richesse. Le titre « La richesse des nations » d’Adam Smith sans équivoque. Le point d vue global ne peut que prendre en compte le point de vue du consommateur.
        Cela peut sembler contradictoire avec l’efficacité économique, remarquez que la mesure que veulent les producteur c’est la hausse des prix, les acheteurs veulent la baisse des prix. L’état ne peut pas réellement permettre la hausse des prix, sans subventionner l’industrie. Il peut faciliter l’investissement ou autre mais cela aura un effet qu’à long terme. Il peut par contre créer des marché concurrentiels et là les prix baissent tout de suite.

        • Cédric: « L’état ne peut pas réellement permettre la hausse des prix, sans subventionner l’industrie »

          Kamoulox !

  • Très intéressant et manière originale et sensée de voir les choses. Merci.

  • Ca a du sens que de ne pas limiter la mesure des inégalités à celles des revenus. « L’argent ne faisant pas le bonheur », mais certes y contribuant, mesurer tout ce que les individus sont capables, ont la liberté d’accomplir est une manière plus objective de mesurer les inégalités.
    Par exemple, tout le monde a un accès à la santé. Tout les enfants sont en mesure d’aller à l’école. Le salaire minimum est une mesure aussi de « limiter » les inégalités et de ne pas tomber dans le déplorable. L’égalité a du bon lorsqu’elle nivelle vers le haut.

    Pour citer (grosso modo) Gaspard Koening (vice président du Parti LIbéral Démocrate), le libéralisme c’est l’égalité des chances.

  • Que vaut il mieux? Vivre dans un pays égalitaire avec un chomage de masse et sans opportunités ou vivre dans un pays inégalitaire avec peu de chomage et beaucoup d´opportunités???

    • En la matière d’égalité, comme en matière de démocratie, ce sont les pays qui en parlent le plus qui en mangent le moins. Les pays les plus collectivisés, les plus égalitaristes du point de vue de l’administration (du parti), sont en réalité les pays les plus inégalitaires. Un pays avec beaucoup de chômage et sans opportunité est par définition un pays très inégalitaire.

  • Belle pommade sur les inégalités sociales, surtout suand on y inclut pas les très grande s fortunes. L’article est très lénifiant mais guère renseigné. Vous ferez mieux la prochaine fois, courage!

    • Le fait essentiel y est pourtant bien présent : les inégalités de revenu ne sont pas une mesure pertinente de la qualité de l’égalité dans une société donnée.
      Si on compare deux individus gagnant 3000€ par mois, on dira sans doute qu’il n’y a pas d’inégalités, mais l’un à une maison, l’autre pas, l’un travaille 35h par semaine, l’autre 70, l’un doit se bouger pour garder son job, l’autre à la «sécurité de l’emploi»…
      Gageons toutefois que si le nanti (fonctionnaire dans doute, ou politicien, ou les deux) de cette comparaison découvre qu’en fait lui gagne bien 3000€ mais l’autre 3050€, il hurlera à l’inégalité de cette société injuste et viendra s’épancher sur les forums (avec tout son temps libre, il peut)…

  • De toute façon l’argent ne fait pas le bonheur des moins riches que soi, telle aurait pu être la conclusion de l’article.

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