Travail du dimanche : les arguments à déconstruire pour dépolluer le débat

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Travail du dimanche : les arguments à déconstruire pour dépolluer le débat

Publié le 10 décembre 2013
- A +

Par Valentin Petkantchin.
Un article de l’Institut économique Molinari.

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Contrairement à leur concurrent Bricorama, les magasins Leroy Merlin et Castorama ont été autorisés à ouvrir le dimanche. Le Tribunal de commerce de Bobigny le leur avait pourtant interdit, ne serait-ce que le mois dernier. Ces affaires, à laquelle on peut ajouter l’interdiction frappant Sephora et Monoprix d’ouvrir en soirée, illustrent à quel point la réglementation actuelle – qui érige en principe l’interdiction du travail dominical – devient incompréhensible et source de conflit. Pourquoi ne pas simplifier la chose en laissant les Français libres de travailler ou pas ?

Or, pour maintenir le statu quo, un argument est invariablement martelé. Lequel ? L’ouverture le dimanche résulterait en un simple report des achats effectués les autres jours de la semaine vers le « jour du seigneur ». Lever l’interdiction serait donc sans intérêt. Dans un cas comme dans l’autre, le montant total d’achat serait le même.

Or, il s’agit d’un sophisme trompeur qu’il est important de déconstruire afin qu’il cesse de « polluer » le débat public.

Car l’interdiction de travailler – que ce soit le dimanche ou encore en soirée – est aussi bien source d’inefficacité que d’injustice notamment vis-à-vis des jeunes, particulièrement frappés par le chômage.

Contrairement à ce qui est avancé, la réglementation actuelle est bel et bien la cause d’une perte de chiffre d’affaires et donc une opportunité manquée de créer de la valeur. Les achats qui auraient pu être effectués par exemple par des touristes qui quittent la France en fin de semaine (ou le lendemain matin comme dans le cas de Sephora) ne peuvent pas être reportés et des ventes possibles sont ainsi « perdues ».

La perte de performance peut être plus subtile car le report dans le temps d’un achat n’est pas sans conséquence, même si cela échappe à la « logique comptable » officielle mise en avant.

Par exemple, les consommateurs qui souhaitent effectuer un achat important (électroménager, mobilier, etc.), veulent pouvoir faire le tour des magasins avant de se décider. Se libérer en semaine est problématique pour nombre d’entre eux et faute de magasins ouverts, ils reportent leurs décisions d’achat à plus tard. Un tel report – parfois plusieurs semaines – signifie que les marchandises restent plus longtemps dans les rayons ou en réserve.

Or, cela ne laisse pas intacte la rentabilité de l’espace de vente des magasins à l’heure où ceux-ci subissent déjà la concurrence des ventes sur Internet et les effets de la crise. En effet, même fermés, les magasins supportent des coûts fixes liés au loyer, au stockage des marchandises, etc.

Cette moindre performance du commerce de détail affecte également les producteurs en amont, dont les produits ont tendance à s’écouler relativement moins vite, les « robinets » étant fermés un jour sur sept, ou en soirée alors que le gros de la clientèle est présent précisément à ce moment-là (cas de Sephora). Les effets néfastes de l’interdiction de travailler s’étendent donc bien au-delà du seul secteur de la distribution.

Mais ce n’est pas tout. Lever les interdictions de travailler présenterait d’autres avantages nets indéniables, difficiles à comptabiliser mais pourtant bien réels et faciles à comprendre.

Le fait même que les consommateurs préfèrent effectuer leurs achats le dimanche plutôt qu’un autre jour, démontre clairement que cela crée de la valeur ajoutée supplémentaire. Celle-ci peut prendre plusieurs formes. Car n’oublions pas que l’acte d’achat ne comprend pas que la facture payée en caisse. Il implique pour les consommateurs d’autres coûts en termes de temps perdu (sur la route ou dans le magasin), de frais d’essence, d’efforts pour trouver une place de parking, etc. Faire ses courses le dimanche parce que la circulation est plus fluide, parce qu’il est plus facile de se garer ou parce qu’il y a moins de files d’attente en caisse peut ainsi diminuer la « facture globale » des consommateurs.

Contrairement aux idées reçues, cela leur laisse in fine plus de pouvoir d’achat à dépenser ailleurs ou plus de temps à passer en famille, à consacrer à une activité associative, sportive ou culturelle. Il ne faut pas oublier que celles-ci ont souvent lieu en semaine et une opportunité de faire ses courses le dimanche permettrait à beaucoup de Français de mieux les gérer.

Mais ce service supplémentaire ne pénaliserait-il pas les salariés qui travailleront le dimanche ? Certes, certaines personnes décident de renoncer à leur repos dominical. Mais cela ne se fait pas sans contrepartie puisqu’ils sont en général payés plus chers. De quel droit l’État peut-il empêcher des individus de travailler précisément le dimanche ou en soirée si cela représente pour eux la seule manière de gérer leurs projets personnels ?

La fin de l’interdiction ouvrirait d’ailleurs de nouvelles opportunités d’emplois notamment pour les étudiants et les jeunes travailleurs qui ont aujourd’hui tant de mal à mettre le « pied à l’étrier ».

Enfin, lever l’interdiction ne signifie pas que tous les magasins choisiront d’ouvrir le dimanche ou en soirée. Encore faut-il que toutes les conditions « gagnant-gagnant » soient réunies. Quand elles ne le sont pas, les magasins n’ont aucune raison d’ouvrir et l’interdiction actuelle est alors inutile. Lever l’interdiction ne revient pas à obliger d’ouvrir, de travailler ou d’acheter le dimanche.

Il est temps de libérer les salariés, les propriétaires de magasins et leurs clients et de les laisser « décider » au cas par cas s’il y a un intérêt, ou pas, à ouvrir le dimanche ou en soirée.


Sur le web.

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  • Tout commerçant prend le risque intégral de son activité. Le minimum serait donc qu’il soit seul à décider de ses heures d’ouverture.
    Ces règles oppressantes sont pure invention corporatiste de boutiques miteuses ne supportant pas le dynamisme de leurs concurrents.
    A Sydney super-marchés et grosses boutiques ne ferment jamais avant minuit ; aux USA, c’est 24/24, à Londres, on peut se rhabiller de pied en cap les dimanches , simplement parce que liberté de chacun y compris du droit de s’organiser est reconnue.

    Y compris pour les salariés. N’oublions pas que, les dimanches, l’électricité fonctionne, les avions volent, les trains circulent, les clubs sportifs font le plein, les marchés et brocantes aussi, comme les hôpitaux, les hôtels et restaurants, ou les services de Police ou de Pompiers, etc. Si le conjoint de ces centaines de milliers de travailleurs « hors horaires normaux » souhaitait aussi travailler les dimanches, pour bénéficier un jour de congé familial en semaine ?

    Combien de femmes préfèrent-elles travailler le soir ou le dimanche, où la famille est disponible pour garder les enfants, et faire ainsi l’économie de garderies mercenaires ?

    Plus simplement : si on fichait la paix aux gens ?

    • Les gens de gauche et les etatistes de tous bords vous expliqueront que vous n’avez rien compris. Ils vous expliqueront que le pouvoir de négociation des employeurs est d’une violence telle, qu’ils peuvent obliger les employés à travailler sous menace de les virer (genre c’est facile de virer quelqu’un) ou qu’ils n’embaucheront QUE des gens prets à travailler le dimanche (des empoyeurs qui embauchent les gens dont ils ont besoin plutot que des cas sociaux qui votent pour recevoir des subventions au lieu de bosser, quel scandale!).
      La violence supposée du marché, le supposé devoir social des entreprises, toutes ces chimères qu’on offre aux citoyens pour leur expliquer leur ennemi est leur employeur, empêchent le commun des mortels de comprendre la simple phrase: Fichez leur la paix. Ces violences supposées leur font croire que fiche la paix aux gens revient à leur permettre de vous voler ou de se dérober a des devoirs moraux imaginaires.

      Le noeud du problème, il est la: l’idée qu’on leur doit quelque chose de plus que leur salaire quand ils travaillent…

  • Patrick BOULET - PASSION IMAGE ET SON - Spécialiste Hi-Fi
    10 décembre 2013 at 17 h 38 min

    Bonjour à tous,
    Comme tout le monde le sait, le jour de repos des enfants c’est le dimanche et c’est incontournable. Or si travailler ou acheter le dimanche peut être vu comme une liberté, cela peut avec le temps et une absence de contrôle suffisante des autorités, devenir un chantage à l’emploi et l’impossibilité de d’avoir une vie de famille ensemble au moins un jour par semaine pour assurer un minimum de contact et d’éducation à ses enfants.
    M. SARKOZY il y a quelques années avaient fait faire un rapport sur la délinquance juvénile qui s’est révélé catastrophique. Or regardons ce que peut donne les enfants livrées à eux même, en France où les deux personnes du couple sont obligés de travailler en faisant beaucoup d’heures , sans compter le temps de transport mais aussi aux Etats Unis ou effectivement tout est ouvert le dimanche et les autres jours. Les Français sont les plus stressés de la planète selon une étude récente, c’est eux qui sont les plus gros consommateurs d’anti dépresseurs, neuroleptiques, anxiolytiques. Les français sont les 3 ème plus productif du monde sur une période de 35 heures/semaine. De plus, le travail le dimanche n’intéresse que les grosses sociétés avec des salariés, soit très peu d’entreprises en fait, et cela reste de la concurrence déloyale pour les petites structures ou le commerçant est seul à travailler et faisant déjà toutes les taches de son entreprise, à souvent 70 heures par semaine ou plus, il ne peut lutter contre les grosses structures en travaillant 7 jours sur 7 sans compter la perte d’activité et de chiffres d’affaires qu’une telle mesure pour engendrer pour eux. Je rappelle que sur 2,9 millions d’entreprises françaises, 2,7 millions sont des entreprises de moins de 10 salariés et c’est elle qui assurent le service dans les villages et font la vie des centre villes et du pays, et elles sont malheureusement en voie de disparition à vitesse grand V. Lorsqu’elles auront disparues, les gens mourront dans leur cacas. Eh c’est cru mais c’est la triste réalité.
    Alors changeons de modèle, de politique, qui favorisent et aident uniquement les grosses structures, et de vie, pour un fonctionnement de proximité et de qualité et préservons nos rythmes de vie et nos enfants.
    Cordialement

    • Vos arguments sont « légitimes ». néanmoins :
      Les entreprises »habitués » d’ouvrir du Lundi au Samedi et souhaitant ouvrir le Dimanche ont surement bien assez de personnel pour organiser des rotations.
      Et certains emploient même des temps partiels, voir explicitement des étudiants (lu sur annonce).

      Certes on peut reglementer ou négocier même entre partenaires sociaux afin de limiter le nombre de Dimanche travaillé par salarié (avec famille).

      Quant à la « concurrence déloyale » des gros faces aux petits… ca s’appelle la concurrence libre et non faussée…
      Pour autant j’aime bien les petits commercants.

      Ensuite c’est aussi aux « consommateurs » de choisir ou non de donner raison aux magasins d’ouvrir le Dimanche.
      La demande ici influe plus sur l’offre que l’inverse.

  • Un vaste tissu de fadaises !

    Reprenons pour rétablir un peu la réalité :

    1. en effet, les enquêtes sur la question montrent que cela n’apportent rien, les achats étant reportés sur d’autres jours, sauf bien entendu des achats qu’on peut qualifier d’urgence, notamment alimentaire. Ce qui paraît évident.
    2. Invoquer la liberté pour des jeunes touchés par le chômage c’est tout bonnement se moquer du monde, car où voir la liberté quand il y a contrainte exercée par la situation de chômage ? Evitons d’invoquer des concepts dont on ne maîtrise pas le sens !
    3. Mais en quoi sans commerce le dimanche, le consommateur ne fera pas le tour des magasins ? Vous croyez que vos aînés ne le faisaient pas ? Un peu de sérieux !
    4. Vos touristes cités ne semblent pas rester en France très longtemps, il serait assez triste qu’ils viennnent passer un aussi bref moment pour acheter des marques disponibles dans leur pays…. Là encore soyez un peu sérieux !
    5. il fait vraiment se moquer du monde pour parler de « pied à l’étrier » pour des étudiants, dans des métiers qui ne demandent pas de qualification !
    6. Vous parler de valeur ajoutée, mais savez-vous qu’on peut créé de la valeur ajoutée très artificiellement : on paie des gens pour creuser des trous et d’autres pour reboucher ces trous, cela créé de la valeur ajoutéen cela me semble un peu ce dont vous parlez pour défendre le travail le dimanche.
    7. Par contre, il faut vous reconnaître le fait d’expliquer pourquoi les employeurs sont favorables à l’ouverture du dimanche :réduire les coûts de stockage, mais également, réduire aussi le coût salarial. En effet, en permettant l’ouverture le dimanche ou en soirée sur la base du « volontariat », cela permet de réguler les revendications salariales. En effet, du fait que le dimanche ou en soirée, les salaires sont mieux rémunérés, cela permet de faire pression sur les salaires. Ne parlons même pas de la pression qui peut s’exercer sur ces jeunes étudiants ou au chômagen en CDD qui ne refuseront pas de peur de ne pas être reconduit. Et j’ose espérer que l’auteur de cet article de dira pas le contraire, car dans ce cas, je lui conseille un stage de management dans ces boîtes ! Sauf qu s’il n’y a pas penser, c’est vraiment qu’il ne fait pas l’affaire !

    • Vos arguments sont un gros tas de vacuités.

      Honnêtement ce débat ne devrait même pas exister : je suis libre de bosser quand je veux, et si je trouve quelqu’un pour le faire avec moi, librement aussi, qui êtes vous, vous et les « pouvoirs publics » pour m’interdire de faire ce que je veux de MON temps ?

      Vous vous croyez légitime pour régenter ma vie ? Et celles d’autres gens ? Au nom de quelle onction divine ? la « majorité », la « compétence » ? Pour la première, si 90% des gens disent qu’il faut sauter par la fenêtre, vous le faites ? et ça vous parait juste ? Pour la seconde, même si j’étais moins compétent que vous en économie (et j’en doute fort) cela justifierait-il que ma liberté soit réduite, ainsi que les conséquence de cette liberté (me planter, parfois) et donc l’apprentissage qui va avec ?

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Par Valentin Petkantchin (2007), publié en collaboration avec l'Institut Economique Molinari.

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