Principe de précaution : des risques sous-estimés

Publié Par Valentin Petkantchin, le dans Sciences et technologies

Par Valentin Petkantchin, de l’Institut économique Molinari.

Version retravaillée et complétée d’un article paru sur Contrepoints à cette adresse.

Principe de précaution, je crains tout

Principe de précaution, je crains tout

Le recours au principe de précaution est devenu au cours des dernières années de plus en plus systématique notamment en Europe ou en France où il est inscrit dans la Constitution depuis 2005. Il est aujourd’hui admis que les interventions précautionnistes des pouvoirs publics peuvent s’avérer néfastes sur le plan de l’économie et de l’innovation. Moins nombreuses cependant sont les évaluations sanitaires et environnementales de l’application politique du principe de précaution. Et pourtant, loin de diminuer les risques, elle débouche souvent sur des « remèdes pire que le mal ».

Le principe de précaution (PP) est devenu omniprésent. Des produits aussi ordinaires que les « cornflakes » fortifiés aux vitamines (en Norvège), les jus de fruit avec ajout de vitamine C (au Danemark) ou les boissons énergisantes (en France) ont été dans son collimateur. La cigarette électronique, un produit à la mode et plébiscité par les consommateurs ne passera sans doute pas à travers son filet.

Le paradoxe de ce principe, c’est qu’en dépit de son objectif affiché, son application politique peut augmenter, au lieu de diminuer, les risques pris dans leur ensemble. Comment ?

Les bénéfices des produits visés par le principe de précaution ont, en effet, tendance à être ignorés ou sous-estimés. Les risques ainsi créés sont d’autant plus importants que les produits visés sont la référence dans leur secteur respectif.

Le cas controversé du DDT illustre bien cela. Produit chimique de référence dans la lutte contre le paludisme au milieu du 20ème siècle, il a été soupçonné de nuire à l’environnement et notamment à certains oiseaux. Une approche précautionniste qui ne disait encore pas son nom à l’époque a conduit à son interdiction dans les pays développés. Partout ailleurs, son utilisation a été découragée. Or, cela s’est accompagné d’une résurgence de la maladie dans de nombreux pays. Les coûts du précautionnisme – dans cas particulièrement dramatique – se chiffrent ainsi en millions de vies perdues, selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé.

Les bénéfices incontournables d’autres produits subissent aujourd’hui le même sort. C’est le cas du Bisphénol A (BPA), pourtant largement utilisé depuis plus de 50 ans pour protéger, entre autres, la nourriture dans les boîtes de conserves, les bocaux, etc., de possibles contaminations. Alors que son interdiction est déjà prévue en France pour 2015, les substituts, trouvés dans la précipitation et sans doute moins performants, pourraient augmenter les risques d’intoxication alimentaire et de botulisme (une autre maladie mortelle).

De nombreux autres exemples suggèrent que l’application du principe de précaution par les gouvernements se révèle être à la source même de nouveaux dangers pour la santé et l’environnement.

Le gouvernement français actuel envisage ainsi de réduire la puissance des antennes-relais. Or, cela obligera les opérateurs à multiplier leur nombre pour compenser la réduction des zones de couverture, induisant des surcoûts et un gaspillage de ressources rares contreproductif. Pourquoi ? Car une telle mesure augmentera, selon les avis scientifiques, l’exposition de 90% des Français aux ondes électromagnétiques, la puissance d’émission du portable s’intensifiant chaque fois qu’on change de zone.

imgscan contrepoints 2013-2287 principe de précautionAutre exemple, celui de l’interdiction en France d’immatriculer de nouvelles voitures de la marque Mercedes-Benz. Le cas a défrayé la chronique l’été dernier. La raison invoquée? La présence dans leur système de climatisation du gaz réfrigérant R134a – la référence depuis des années dans ce domaine – mais interdit depuis le 1er janvier 2013 au nom du principe de précaution. Son utilisation a été proscrite au niveau européen dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique et aurait dû être remplacé par un autre gaz, le HFO 123yf. Pourtant, contrairement à son prédécesseur, ce dernier beaucoup plus cher, est inflammable. Et il est hautement toxique, voire mortel, s’il s’enflamme. En cas d’accident, il pourrait donc mettre en danger la vie des passagers et du personnel de secours, un danger bien réel selon certains tests. Ces nouveaux risques – et les dommages causés s’ils se matérialisent – sont à mettre au passif du principe de précaution.

Le cas des biocarburants illustre quant à lui le danger de la « promotion » de nouvelles technologies par les gouvernements.

Produit aussi vieux que l’invention du moteur à combustion, il a été favorisé fiscalement et réglementairement au cours des dernières décennies pour les mêmes raisons que le gaz précédemment cité. Le bilan de cette « promotion » politique n’est pas anodin.

Il a, en effet, contribué à la flambée des prix agricoles, augmentant par la même occasion les risques de crises alimentaires. Ainsi, si l’indice des prix agricoles mesuré par le FMI a augmenté de 130% entre 2002 et 2008, il a été estimé que jusqu’à 75% de cette augmentation serait précisément due aux politique des biocarburants.

Même l’impact carbone – pourtant la principale justification officielle des biocarburants au départ – serait négatif. Ils pourraient causer, selon les estimations, jusqu’à un doublement des émissions de CO2 sur une période de 30 ans quand on prend en compte l’ensemble des émissions liées à leur production.

Le PP aurait donc causé dans ce cas des malinvestissements de la part des industriels mais aussi des gaspillages dans l’utilisation des sols, de l’énergie, de l’eau, en termes de pesticides et de fertilisants, de biodiversité, etc.

Le principe de précaution est omniprésent et permet un véritable retour en force de l’interventionnisme étatique dans l’économie. Cependant, tel l’éléphant proverbial dans le magasin de porcelaine, les dégâts et les effets pervers sont tels qu’ils ne peuvent plus être ignorés. Même si le propos dérange, il faut sans doute avoir le courage de le « désacraliser » et de garder raison à chaque fois que des décisions politiques sont avancées en son nom.


Article publié initialement sur 24hgold.com

  1. Le principe de précaution (PdP) devrait s’appliquer aux risques inconnus en exigeant une approche prudente pour le développement de nouvelles technologies. Prudente signifie que les dangers et les risques associés à ces dangers (fréquence d’exposition x dommages éventuels) doivent être évalués en parallèle au développement et non après coup, lorsque des dégâts seraient déjà faits. Exemple: nanotechnologies où l’on entre dans le tellement petit que les interactions avec le vivant sont nouvelles, donc inconnues.

    Mais le PdP a été complètement dévoyé. On l’utilise pour interdire un développement technologique (OGM en Suisse, gaz de schiste en France), donc l’évaluation des risques ne pourra jamais se faire et on en restera à une sourde crainte, cause injustifiée de l’application du PdP comme principe d’immobilisme.

    Et aussi, comme l’explique bien l’article, au nom d’un PdP mal compris des alternatives dont les risques sont avérés sont préférées à des innovations dont l’objet est le progrès et non la régression. Et si ces innovations débouchaient sur des risques intolérables alors elles ne seraient pas exploitables (c’est pour cela par exemple que le nombre de médicaments qui ne sont pas mis sur le marché est bien supérieur au nombre des homologations).
    Il reste de toute manière à savoir juger ce qui est un risque tolérable, notion très subjective, soumise à l’air du temps.

    1. Tout à fait d’accord avec :
      « Le principe de précaution (PdP) devrait s’appliquer aux risques inconnus en exigeant une approche prudente pour le développement de nouvelles technologies. Prudente signifie que les dangers et les risques associés à ces dangers (fréquence d’exposition x dommages éventuels) doivent être évalués en parallèle au développement et non après coup, lorsque des dégâts seraient déjà faits. Exemple: nanotechnologies où l’on entre dans le tellement petit que les interactions avec le vivant sont nouvelles, donc inconnues.  »
      Mais on constate que jamais on applique cette méthode aux nouvelles technologies qu’on utilise sans aucune évaluation des dangers, même souvent dissimulés sur un siècle, alors que c’est prouvé, comme pour l’amiante, le tabac, etc…
      Aussi on est obligé de l’appliquer rétroactivement, vu que l’industrie fonce dans le brouillard en se moquant des dangers non immédiats, et on découvrira dans un siècle les dangers réels des ondes des portables, des OGM, de beaucoup de produits chimiques, des nano-cochonneries, etc.. , comme en 1900, on savait que l’amiante tuait, comme le tabac.

  2. Ce principe de précaution est particulièrement létale en ce qui concerne la médecine. Il cause une inertie très importante dans ce domaine. La chirurgie non-invasive est un bon exemple. Elle a presque 10 ans de retard en France sur les USA. Pourtant elle n’a que des avantages sur les techniques existantes, mais les « conservateurs » se base sur ses défauts avérés ou imaginaires pour perpétuer une situation qui les arrangent. Il est assez caractéristique que le PdP soit dévoyé vers des objectifs semi-politique. Les écologistes s’en servent pour faire avancer leur cause contre la logique. les différents conservatisme s’en servent pour freiner l’innovation. Les monopoles les utilisent pour préserver leur position. La presse s’en sert pour jouer sur nos peurs et vendre du papier …

  3. C’est au nom d’une « précaution active » qu’on adopte, généralise, voire impose des vaccinations y compris contre des maladies rares (diphtérie, polio), bénignes (rougeole), curables (tuberculose), non contagieuses (tétanos). Mais comme toute pratique médicale, celle-ci a des effets indésirables sur l’organisme du fait de la multiplication des vaccins, du déséquilibre des populations virales, des adjuvants, etc. Avec à la clé des maladies chroniques, voire des réactions mortelles.
    De même le projet d’abattage de deux éléphantes de zoo (Lyon), suspectées de tuberculose, alors que la probabilité qu’elles infectent quelqu’un était nulle…
    De même dans des domaines de prévention des inondations : l’intervention publique amène à créer des digues et barrages surdimensionnés, quitte à massacrer des environnements de qualité, déséquilibrer les finances publiques, etc. en se fondant sur des risques surévalués en importance et en fréquence.

  4. Avec le saumon génétiquement modifié qui va très certainement être autorisé à la vente par la FDA aux USA comme je le relatais dans un billet laissé sur mon blog hier, on est au milieu d’un effet pervers du principe de précaution qui a été à tors appliqué aux plantes transgéniques en Europe. L’ignorance tant des politiciens que des journalistes est l’une des sources du principe de précaution et cette mascarade idéologique n’a été mise en forme que pour protéger les politiciens après l’affaire du sang contaminé puis de la vache folle. Le principe de précaution permet aux décideurs de s’exonérer de tout risque. Le fameux « responsable mais pas coupable » ne sera donc plus jamais prononcé. Pour le saumon transgénique destiné à l’alimentation humaine il est évident qu’il n’atteindra jamais les étals européens par principe de précaution comme pour les plantes génétiquement modifiées. Or les éleveurs européens utilisent en majorité des tourteaux de soja transgénique « made in USA » pour nourrir leurs animaux et depuis 20 ans, jamais il n’y a eu d’effets néfastes sur la santé des animaux. Il en sera de même, à n’en pas douter, pour le saumon et la truite dont l’autorisation de commercialisation suivra celle du saumon. Pour illustrer l’ineptie du principe de précaution, les tourteaux de soja transgéniques sont chimiquement indiscernables de ceux provenant de soja « normal », mais les politiciens, les idéologues qui défendent l’environnement et les journalistes nient la réalité par principe et sans faire de jeu de mots sans prendre la précaution de vérifier si leurs allégations sont fondées sur des faits scientifiques indubitables. Voilà un exemple des déviances auxquelles conduit le principe de précaution.

  5. Le principe de précaution en médecine
    Marc Girard

    http://www.rolandsimion.org/IMG/pdf/Principe_de_precaution.pdf

  6. Le DDT n’est pas une victime du principe de précaution, mais d’une alliance contre nature entre les écologistes et les industriels de la chimie.
    J’exerçais en Afrique au moment de son interdiction et je confirme : grâce à lui, le paludisme était en voie d’être vaincu. Ce produit avait toutes les qualités : efficace, rémanent (une seule application par an), non toxique pour l’homme et bon marché. Accessoirement, il avait débarrassé l’Afrique des criquets.
    Mais pour les fabricants, ces qualités étaient des défauts. Comment s’en débarrasser?
    Facile : faisons appel aux écologistes. Comment? La réponse vient de Haroun Tazzief, éphémère ministre de l’environnement, que je cite de mémoire : « En arrivant au ministère, j’ai été stupéfait de constater le nombre et l’étroitesse des liens entre les mouvements écologistes et les multinationales industrielles ».
    Le reste n’était qu’un jeu d’enfant : trouver une espèce d’oiseau dont les œufs « pouvaient » être fragilisés par le DDT, une bonne campagne médiatique basée sur le catastrophisme et l’interdiction mondiale est survenue en suivant.
    Depuis, il a été remplacé par des produits peu efficaces, fragiles et chers, ce qui est tout bénéfice pour les fabricants. Le Paludisme ne fait que croître et embellir et les criquets reviennent chaque année.
    A raison de 5 millions de morts par an, de combien de décès, notamment infantiles, les écologistes sont-ils responsables? Qui alertera le tribunal pénal international?

  7. J’ai toujours eu la faiblesse de penser que la lutte contre le principe de précaution peut se faire au moyen de son utilisation jusqu’à l’absurde.

    Il me semble par exemple qu’il faille interdire la clim dans les voitures en son nom…et les boites de conserve…etc..
    Il faut aussi interdire l’automobile d’ailleurs.

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