Loi anti-Amazon : inutile et rétrograde

Amazon et le livre dans le collimateur des parlementaires français avec une "loi anti-Amazon"

La loi anti-Amazon n’handicapera pas Amazon, de même qu’elle ne sauvera pas les libraires. Voici pourquoi.

La loi anti-Amazon n’handicapera pas Amazon, de même qu’elle ne sauvera pas les libraires. Voici pourquoi.

Par Vladimir Vodarevski.

L’Assemblée nationale française vient de voter ce qui est considéré par les médias comme une proposition de loi  » anti – Amazon « , le célèbre site de vente à distance sur internet. Cette loi vise à faire payer les frais de port des livres. Elle est aussi présentée comme défendant les intérêts des libraires français, qui l’ont d’ailleurs soutenue.

Pourtant, cette loi ne défavorisera pas Amazon, de même qu’elle ne favorisera pas les libraires. Elle va juste défavoriser les lecteurs, qui paieront leurs livres plus chers, et perdront ainsi du pouvoir d’achat.

Elle ne défavorisera pas Amazon car ce n’est pas le tarif l’avantage de ce site. Elle ne favorisera pas les libraires, car leurs difficultés ne proviennent pas d’Amazon mais de l’évolution de leur métier. Cette loi est également symbolique d’un refus du progrès économique et social en France, où toute évolution est perçue comme un recul, alors qu’elle représente une amélioration majeure.

Pourquoi acheter sur Amazon ? Je ferai part ici de mon expérience de lecteur. Est-ce qu’on trouve à la librairie du coin le livre d’Ayn Rand, La Grève ? Je ne l’ai pas trouvé. Ou encore, le livre Théorie de l’évolution économique, dans lequel Joseph Alois Schumpeter expose sa fameuse théorie de l’entrepreneur ? Non. Ou le Traité d’économie politique de Jean-Baptiste Say ? Toujours pas. Et Principles of economics, livre fondateur de l’école autrichienne d’économie. Et non !

Le principal atout d’internet est le choix. Je précise par ailleurs que j’habite en région parisienne, pas très loin de la FNAC de La Défense. J’ai donc, théoriquement, à ma disposition, une grande librairie. Certains livres peuvent se trouver à Paris, chez Gibert par exemple. Ou, dans les grandes villes, dans les librairies universitaires. Mais vous n’y trouverez pas Principles of economics de Carl Menger, et il est peu probable d’y trouver Théorie de l’évolution économique, de Schumpeter. Et tout le monde n’habite pas Paris, ni une grande ville. Alors j’achète ces livres sur le net. De préférence directement chez les éditeurs. J’ai acheté Monnaie, crédit bancaire et cycles économiques, de Jesus Huerta de Soto sur le site de L’Harmattan, Théorie de l’évolution économique chez Dalloz, mais je ne le retrouve plus sur le site de l’éditeur aujourd’hui, La Grève sur le site des Belles Lettres, L’école autrichienne de Jesus Huerta de Soto sur le site de l’Institut Charles Coquelin.

Internet permet d’acheter des titres introuvables en librairie. C’est une première raison de son succès. Il permet également de découvrir de nouveaux titres. Je cherchais récemment quel livre de science fiction je pourrais lire. Je voulais me remettre à ce genre. Je vais à la FNAC, au CNIT de La Défense, et j’y trouve mis en exergue les mêmes auteurs qu’il y a plus de vingt ans, quand je découvrais le genre. Je vais donc faire un tour sur le net, et j’y découvre Gradisil, d’Adam Roberts, qui ne me paraît pas trop mal (je l’ai commencé, et je confirme, c’est bien). Je retourne à la FNAC pour l’acheter, car j’aime bien disposer tout de suite du bouquin que je désire. Surtout que ça ne semble pas être un bouquin marginal difficile à obtenir. Bien sûr, je n’ai pas trouvé ce titre en rayon. Je l’ai donc commandé chez Amazon.

Internet permet donc le choix. En plus, concernant plus spécifiquement Amazon, ce dernier offre un excellent service. Mais il faut souligner qu’il n’est pas seul sur le secteur. Il y a également chapitre.com, et des librairies comme Le Furet du Nord. Ce n’est pas le combat des librairies contre internet. Certaines sont présentes sur le net.

Internet implique une évolution pour les librairies. Elles peuvent choisir d’être des supermarchés du livre, livrant les produits de grandes marques, c’est-à-dire les livres mis en avant par les éditeurs. C’est le choix de la FNAC. Dans les villes universitaires, il y a toujours des librairies spécialisées. La Procure a une spécialisation dans le livre religieux. Je connais une petite librairie qui a un rayon religieux conséquent par rapport à sa taille. La librairie Critic, à Rennes, se lance carrément dans l’édition, et vend sur internet. Je ne suis pas de Rennes, mais elle me semble avoir un bon rayon de science fiction aussi. (Je recommande le titre Gurvan de P.J. Hérault que la librairie Critic republie, les trois tomes en un seul livre, pour tous les amateurs de space opera.)

Les libraires doivent cultiver leur singularité, c’est-à-dire faire leur métier de commerçant, pour attirer le chaland. Aucune loi ne pourra changer les choses. Ajoutons que l’internet est une chance pour les petits éditeurs, en élargissant leur diffusion, en permettant de faire connaître leur catalogue. .

Je citerai ainsi la collection Rivière Blanche, de BCP, qui n’est pas très distribuée en librairie. Ou encore Ravet Anceau, qui est un exemple d’éditeur régional. Et aussi Mythologica, où officie l’écrivain et anthologiste Lucie Chenu. L’auto-édition se développe également grâce à internet et à Amazon. Je prendrai pour exemple La crise avec des mots simples, le livre que j’ai publié. Ou encore, Le Cercle des Élus, un roman policier dont l’intrigue se déroule à Arras, ma ville natale. On peut citer également le Best of de Contrepoints, et aussi Introduction à la méthodologie économique de Benoît Malbranque, sous l’égide de l’Institut Coppet. Soulignons qu’Amazon vend tous ces bouquins publiés en auto-édition comme des titres de grands éditeurs, sans discrimination. Du point de vue de la créativité et de la liberté d’expression, il s’agit donc d’un grand progrès.

L’internet est ainsi une chance extraordinaire pour les écrivains et les maisons d’édition. Amazon fait partie de cet écosystème qui offre sa chance à tout écrivain et à toute maison d’édition. En contrepartie, les librairies doivent évoluer pour se conformer aux désirs du chaland. C’est dans l’ordre des choses. Quant à la loi prétendument anti Amazon, on voit bien à la fois son inutilité et son caractère rétrograde. Elle prétend empêcher le progrès. Elle prétend pérenniser des situations acquises. Cependant, elle n’avantagera personne, mais désavantagera les lecteurs.

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