Les jeunes quittent la France pour la bonne cause

Jeune expatrié

Pour les jeunes Français, conquérir leur liberté se fera ailleurs : la seule cause qui vaille d’être défendue, c’est la leur.

Le Monde consacre un dossier à l’expatriation des jeunes Français – qui, bien sûr, n’arrive pas. Avec des idées toujours aussi bonnes. Allez, quoi, restez !

Par Baptiste Créteur.

Rappelons la situation : alors que leur pays leur offre une qualité de vie médiocre et des perspectives sombres, les jeunes Français sont de plus en plus nombreux à s’expatrier. De plus en plus remarqué, ce départ ne manque pas de susciter des réactions ; on conseille aux Français de partir pour mieux revenir, on blâme ce gouvernement, l’ancien ou les deux, ou on conseille aux Français de rester parce qu’on a besoin d’eux.

On a besoin d’eux notamment pour mener de grands combats, ici et maintenant :

Il y a encore de grands combats qui valent la peine d’être menés ici et maintenant. Deux causes significatives pourraient aujourd’hui être défendues par la jeunesse française dans toutes ses composantes : l’émancipation individuelle et la souveraineté populaire.

L’émancipation individuelle, c’est la possibilité pour chaque individu de se façonner ce que Foucault appelait un « style de vie », c’est-à-dire une vie intellectuelle, sexuelle et personnelle propre et authentique, loin de ces vies mécaniques fabriquées en série par la routine de la marchandise. La souveraineté populaire, c’est le contrôle par les citoyens du pouvoir en tout genre, qu’il soit politique, financier ou médiatique, par d’efficaces mécanismes de vérification, de révocation et de sanction des responsables, le cas échéant.

Voilà deux grands chantiers qui pourraient réunir une jeunesse française aujourd’hui partagée entre la tentation de l’exode et celle du repli, deux chemins aussi impraticables l’un que l’autre. Mais pour cela, il faut se réveiller, se parler, se rassembler, s’engager dans un parti politique ou un syndicat, s’exposer, s’emparer des problèmes, rejoindre des clubs de pensée, descendre dans la rue si nécessaire, bref, reprendre les armes abandonnées depuis trop longtemps sur le bord du chemin. Car c’est ici que ça se passe !

Les deux combats à mener seraient donc la souveraineté populaire et l’émancipation individuelle.

Par souveraineté populaire, il faudrait comprendre le contrôle par les citoyens du pouvoir politique, financier et médiatique. Et c’est un combat dangereux. Le pouvoir politique doit effectivement être détenu par les citoyens, mais il doit viser à défendre les droits fondamentaux – libertés individuelles, sûreté, propriété privée. Cela doit permettre un contrôle du pouvoir politique, bien trop absent aujourd’hui – malgré l’apparence démocratique de la social-démocratie.

L’ennui, c’est que le pouvoir aujourd’hui détenu par la majorité des citoyens et ses représentants n’est pas trop restreint mais trop étendu. Les droits fondamentaux ne sont pas garantis mais enfreints par la « volonté populaire » ou ce à quoi on en donne le nom. Ce n’est pas aux citoyens de contrôler l’économie, mais aux individus ; j’entends par là que c’est par leurs choix économiques et pas par leurs votes qu’ils expriment leurs préférences, que c’est par leur activité économique qu’ils créent de la richesse et pas par leurs votes qu’ils redistribuent la richesse des autres.

Il faut pour cela que l’État cesse d’interférer avec les choix des individus, aussi bien en matière de mœurs que dans l’économie. Le vrai combat de la « souveraineté populaire », c’est de l’exercer là où elle est pertinente et pas ailleurs. Rejoindre un parti politique ou un syndicat, dans le système actuel, c’est mener le combat inverse, c’est chercher à faire pencher la balance de son côté au lieu de se battre pour que la balance disparaisse. Même descendre dans la rue ne fonctionnera pas ; des centaines de milliers de Français sont récemment descendus contre un projet de loi, avec le succès qu’on sait. La social-démocratie ne peut pas être arrêtée de l’extérieur, elle ne peut que s’écrouler ; et compte tenu de son mode de fonctionnement, elle ne peut que s’écrouler : elle repose sur la création de richesse mais l’entrave. En quittant la France, les jeunes accéléreront la chute du mal qui la ronge.

Ils mèneront également en partant leur vrai combat, celui de leur propre émancipation, de leur libération. Ils s’émancipent d’un État qui entend leur dicter leur conduite, leur sexualité, leur mode de vie ; qui entend les placer sous sa pesante tutelle du berceau à la tombe, prendre en charge leur éducation, leur santé et leur retraite, et contrôler aussi bien leur richesse que leurs loisirs.

Il n’y a qu’en partant que les jeunes peuvent s’émanciper ; tant qu’ils restent, on considère qu’ils agissent dans le cadre d’un contrat social qu’ils n’ont jamais signé et sont soumis à des règles qu’ils n’ont jamais acceptées.

Pour la souveraineté populaire et l’émancipation individuelle, les jeunes ont donc tout intérêt à partir. Mais il est un autre combat qu’ils peuvent dès à présent mener, le combat des idées.

Depuis des décennies, la France adopte avec toujours plus de sincérité une morale altruiste qui, si elle n’a rien de condamnable en tant qu’éthique, est néfaste si elle devient l’étalon de la valeur et si chacun est tenu de s’y plier. Dans un pays qui s’enfonce toujours plus profondément dans le collectivisme, revendiquer le droit de poursuivre ses propres buts est devenu le paroxysme de l’égoïsme ; revendiquer le droit de chercher son propre bonheur avant celui des autres est devenu une trahison envers la société.

Les jeunes qui veulent partir s’exposent déjà à ce jugement : pour les hommes politiques français qui, pour rien au monde, ne voudraient perdre un peu de leur pouvoir, partir, c’est trahir. La notion de souveraineté est de nouveau à la mode dans les discours politique ; on veut pouvoir décider de fermer les frontières aux hommes et aux marchandises, contrôler la monnaie, s’endetter sans compter ; bref, on veut décider seul et sans contraintes.

La France poursuit son chemin vers la dictature, comme bon nombre de pays développés dont les États repoussent toujours plus loin et toujours plus fort une crise qu’ils ont provoquée et qui arrivera, plus vite qu’on le pense. Ils entretiennent la bulle, offrant à un secteur financier toujours plus contrôlé et protégé des profits considérables et l’obligeant presque à les réaliser pour éviter que ne s’effondre le château de cartes de l’endettement.

Ils sont peu inquiétés par des médias en coupe réglée, plus toujours autorisés à couvrir les événements en dehors des parcours fléchés par les chargés de communication et pas vraiment disposés à risquer leurs avantages pour décrire fidèlement une situation qu’ils ne comprennent qu’à moitié.

Il n’est finalement pas si effrayant que les médias passent sous silence les scandales politiques ; on parle de quelques millions d’euros, d’un site Internet et quelques conseillers par-ci, d’une soirée coquine par-là et de nombreux détournements immoraux dont le contribuable paie l’addition. Ce qui est vraiment effrayant, c’est que tous semblent accepter que l’État contrôle et dépense plus de la moitié de la richesse créée par les citoyens avec des résultats médiocres sans avoir de comptes à rendre à personne ; qu’il s’endette chaque année à coups de milliards supplémentaires au nom des citoyens et que ces derniers devront, un jour ou l’autre, payer.

La culpabilité ou la responsabilité exacte importe peu ; ce sont les préceptes collectivistes qu’il faut combattre pour mettre fin à tout ça. Rien de mieux pour cela que de s’affranchir du collectif, de s’émanciper de la tutelle de l’État, d’aller créer de la richesse ailleurs et de laisser les collectivistes s’amuser entre eux à taxer la redistribution pour la redistribuer.

Et les jeunes qui partiraient avec, en plus de perspectives meilleurs, l’espoir de pouvoir vivre leur vie pour eux-mêmes mènent le plus beau et le plus juste des combats. Ils mènent le combat de la liberté en prenant la leur. C’est un combat qui ne leur demande pas de se rassembler derrière ou autour d’une cause mais de vivre cette cause, d’incarner les valeurs de liberté et de faire preuve d’intégrité vis-à-vis d’elles et de ce qu’ils sont.

Jeunes de France, partez. Si vous restez, vous n’aurez pas le choix ; vous subirez l’injustice et la commettrez à la fois, votre sort sera lié à celui de tous les autres que vous le vouliez ou non, ils seront ou vos esclaves ou vos maîtres mais jamais vos égaux.

Aucune cause n’est plus grande que ceux qui se battent pour elle.

Ne donnez pas votre vie pour prolonger celle de la social-démocratie. Ne faites pas passer vos propres choix après un État-providence qu’on vous a toujours présenté comme un progrès et qu’on défend toujours comme un acquis. Ne sacrifiez pas votre vie sur l’autel collectiviste des grands projets rouges et verts. Allez créer de la richesse, entreprendre, innover, inventer ailleurs ; allez vivre la vie qui est la vôtre et n’est qu’à vous ; partez.

« Ne laissez pas le feu qui brûle en vous s’éteindre, irremplaçable étincelle par étincelle, dans les sables mouvants sans espoir de l’approximatif, du pas assez, du pas tout de suite, du pas du tout. Ne laissez pas mourir le héros qui est en vous, dans la frustration solitaire d’une vie que vous méritiez mais n’avez jamais pu atteindre. Contemplez le chemin à parcourir et la nature de votre bataille. Le monde que vous désirez peut être atteint, il existe, il est réel, il est possible, il est à vous. Mais l’atteindre requiert une implication totale et une rupture totale avec le monde de votre passé, avec la doctrine selon laquelle l’homme est un animal sacrificiel qui existe pour le plaisir des autres. Battez-vous pour la valeur de votre personne. Battez-vous pour la vertu de votre fierté. Battez-vous pour l’essence, qui est l’homme, pour son esprit rationnel souverain. Battez-vous avec la certitude rayonnante et la rectitude absolue de savoir que votre moralité est celle de la vie et que votre bataille est celle de tout accomplissement, toute valeur, toute bonté, toute joie qui ait jamais existé sur cette terre. » – Ayn Rand