Écoutes : que retenir de l’interview d’Edward Snowden ?

Edward Snowden, l’homme qui a dévoilé le scandale des écoutes massives du gouvernement américain, a donné une interview au Guardian. Qu’en retenir ?

Edward Snowden, l’homme qui a dévoilé le scandale des écoutes massives du gouvernement américain, a donné une interview au Guardian. Qu’en retenir ?

Par Aurélien Chartier.

Edward Snowden a récemment donné une interview au journal britannique The Guardian sur ses révélations quant au programme de surveillance de la NSA. Le jeune homme de 29 ans a répondu à une quinzaine de questions via le site Internet du journal et Twitter. Un certain nombre de points sont à retenir de cette interview.

Tout d’abord, il y a peu d’informations personnelles auxquelles les services secrets américains ne peuvent pas accéder. Edward Snowden précise que des restrictions éventuelles sont « basées sur une politique de restriction d’accès, mais pas techniques » et qu’elles « peuvent changer à tout moment ». Certes, il existe des audits, mais ils concernent uniquement « 5% des requêtes ». Il prend ensuite l’exemple d’un agent de la NSA ciblant une adresse email : « Si cette adresse email vous envoie un email, l’analyste reçoit tout. Les IPs, le contenu brut, le corps de l’email, les en-têtes, les pièces jointes, tout. Et ce contenu est sauvegardé pour très longtemps ».

Tout cela parait peu compatible avec le quatrième amendement de la Constitution américaine qui protège les citoyens américains contre toute intrusion dans leur vie privée sans présomption sérieuse. Il reste toutefois possible de chiffrer ces données, « une des seules choses à laquelle on peut faire confiance ». Mais, comme les connaisseurs de sécurité informatique le savent bien, la sécurité d’une chaine dépend essentiellement de son maillon le plus faible, ce qui fait que « la NSA trouve régulièrement des moyens de contourner le chiffrement ».

Edward Snowden révèle aussi qu’il a attendu pour faire ses révélations, espérant que l’élection d’Obama changerait quelque chose. Cet espoir fut vite déçu, l’actuel président américain ayant « étendu et développé plusieurs programmes abusifs ». Amer, l’ancien analyste de la NSA regrette qu’Obama « ait refusé d’utiliser son capital politique pour mettre fin aux violations de droits humains que l’on peut voir à Guantanamo ». Le scandale déclenché par ses révélations a d’ailleurs causé une forte chute du taux de popularité d’Obama, en particulier chez les jeunes de moins de 30 ans et les Afro-Américains, deux catégories de la population ayant voté massivement pour Obama en 2008 et 2012.

Si d’un côté, il pense avoir le soutien du grand public en supposant que des mesures à son égard entraîneraient « une réponse publique sévère » à l’encontre de l’administration d’Obama, Edward Snowden a en revanche peu d’estime pour la réponse des médias traditionnels. Il regrette que ceux-ci soient intéressés par « ce qu’il a dit quand il avait 17 ans ou sa petite amie » plutôt que « le plus grand programme de surveillance sans suspicion de l’histoire de l’humanité ». Il s’agit en effet d’une tendance de plus en plus prononcée dans les médias américains, mais aussi francophones, ainsi qu’on avait pu le voir à l’occasion des attentats de Boston.

Accusé par l’administration américaine d’être un traître, le jeune homme précise qu’il n’a divulgué « aucune opération américaine contre des cibles militaires légitimes » et qu’il s’est contenté d’indiquer que la NSA « avait piraté des infrastructures civiles, telle que des universités, des hôpitaux et des entreprises privées ». On ne peut également que lui donner raison quand il explique avoir fui car le gouvernement avait « détruit toute possibilité d’un procès équitable ». Edward Snowden est également très critique de Dick Cheney qu’il accuse d’avoir lancé un conflit en Irak, ayant « tué 4.400 Américains et plus de 100.000 Irakiens ». Il en conclut qu’être qualifié de traître par l’ancien vice-président des États-Unis est « le plus grand honneur que l’on puisse faire à un Américain ». Il réfute également les accusations d’être un espion à la solde de la Chine, soulignant qu’il aurait pu « s’envoler directement pour Pékin ».

L’ancien analyste est également très critique du rôle des entreprises américaines, notamment Facebook, Google, Microsoft et Apple, qui ont collaboré avec le gouvernement pour collecter et transmettre les données concernant la vie privée de leurs clients. S’il reconnaît que ces entreprises étaient forcées légalement, il soutient que « cela ne les délivre pas de leurs obligations éthiques ». Comme il le fait justement remarquer, il est très improbable que le gouvernement américain prenne des actions visibles à l’encontre d’entreprises privées refusant d’obéir à une législation secrète.

Pour finir, il lance un appel à peine dissimulé à d’autres personnes étant dans une position similaire de pouvoir divulguer des informations concernant les atteintes aux libertés de citoyens : « Ce pays vaut la peine de mourir pour lui ». Bien qu’il en refuse le qualificatif, Edward Snowden est bien un héros qui a fait passer l’intérêt de son pays et des autres citoyens américains avant le sien.