L’union contre-nature du monétarisme et du keynésianisme

La politique économique actuelle est guidée par un étonnant syncrétisme entre le keynésianisme et le monétarisme.
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Keynes-Friedman

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L’union contre-nature du monétarisme et du keynésianisme

Publié le 6 juin 2013
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La politique économique actuelle est guidée par un étonnant syncrétisme entre le keynésianisme et le monétarisme.

Par Vladimir Vodarevski.

Les cours d’économie enseignent que le monétarisme, à travers notamment sa grande figure Milton Friedman, fut un grand pourfendeur du keynésianisme. Il peut donc paraître curieux d’associer keynésianisme et monétarisme. Pourtant, la politique économique actuelle est guidée par un étonnant syncrétisme entre le keynésianisme et le monétarisme.

Selon le keynésianisme, la demande est le moteur de l’économie. On devrait plutôt dire la dépense que la demande d’ailleurs. Car cette demande, ce sont des dépenses de consommation, ce qui nous vient spontanément à l’esprit, mais aussi les dépenses d’investissement. Le fait de dépenser fait augmenter les ventes des producteurs. Voyant leurs ventes augmenter, ceux-ci vont augmenter leurs prévisions de ventes pour la saison suivante. Et donc augmenter la production. Ce qui augmente le revenu, et donc la dépense. Mais pas dans les mêmes proportions : une partie du revenu est épargné. Par conséquent, l’État doit soutenir l’économie par la dépense publique, et celle-ci a un effet multiplicateur, engendrant de nouvelles dépenses, et donc la croissance et l’emploi.

Milton Friedman a remis en cause cette théorie de la demande. Selon lui, les agents économiques peuvent-être leurrés à court terme par la dépense publique, s’imaginant qu’ils auront plus de revenus à l’avenir. Mais, ils s’adaptent rapidement, considérant que cet effet est éphémère. C’est l’hypothèse des anticipations adaptatives. Les agents s’adaptent à la politique du gouvernement, en considérant que l’augmentation des revenus est temporaire. En considérant également que l’augmentation des revenus est effacée par l’inflation. D’autre part, Milton Friedman a développé le concept du revenu permanent, selon lequel l’agent économique adapte sa dépense à ses anticipations de revenus. Ce n’est donc pas ce qu’il gagne aujourd’hui qui détermine sa dépense, mais ce qu’il pense gagner sur une longue période. Ce qui annihile les effets d’une politique de relance. La dépense ne va que très peu augmenter, car les agents n’anticipent pas que la politique de dépenses durera.

Le monétarisme a également remis au goût du jour la théorie quantitative de la monnaie, théorisée notamment par Irving Fisher. Cette théorie considère qu’une augmentation de la masse monétaire, si la production n’augmente pas, engendre de l’inflation. En matière monétaire, Milton Friedman conseillait que la banque centrale augmente régulièrement mais légèrement la masse monétaire, de façon prévisible, mesurée par un indicateur ad hoc.

Cependant, ce n’est pas ce qui est retenu aujourd’hui du monétarisme. Selon Milton Friedman, la crise de 1929 a été empirée par la banque centrale américaine, la Réserve Fédérale. Celle-ci a réduit la masse monétaire, ce qui a causé une aggravation de la crise, d’après Milton Friedman, et Anna Schwartz. En cas de crise, il faut donc que la banque centrale augmente la création monétaire.

Et c’est uniquement cela qui a été retenu du monétarisme. Ce qui a abouti à un pilotage de l’économie par la création monétaire. Quand l’économie donne des signes de fatigue, la banque centrale baisse ses taux pour la relancer.

La rhétorique mêle des arguments keynésiens au monétarisme. Que n’entend-on pas aujourd’hui qu’il faut soutenir le crédit pour relancer l’économie ! De même, avant la crise, le gouvernement américain et la Fed ont soutenu la croissance par le crédit. On parlait de « l’effet richesse ». Les prix élevés de l’immobilier permettaient aux américains propriétaires de s’endetter en prenant une hypothèque supplémentaire sur leur maison, ce qui soutenait la consommation et donc la croissance. On retrouve l’idée que la dépense crée la croissance.

La BCE n’a pas non plus respecté son mandat, qui est la stabilité monétaire. Elle a laissé avant la crise les taux à un niveau très bas, alors que la masse monétaire augmentait. L’augmentation de la masse monétaire est un précurseur de l’inflation. Si elle avait respecté son mandat, la BCE aurait ralenti la création monétaire. Mais elle ne l’a pas fait, car elle aurait été accusée de ralentir l’économie.

Ainsi, l’idée que la dépense crée la croissance est toujours la ligne directrice des politiques économiques. Elle est menée aujourd’hui à la fois par la dépense budgétaire, et par la création monétaire, réunissant le keynésianisme et un semblant de monétarisme.


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  • « l’idée que la dépense crée la croissance est toujours la ligne directrice des politiques économiques. »

    L’économie est une science dont les lois fondamentales sont extrêmement simples. Pour acquérir de la richesse, il y a deux moyens : le travail ou le vol. Mais pour créer de la richesse, il n’y a que le travail.

    La dépense des producteurs crée la croissance : dans le processus d’échange volontaire, seul et unique moyen de créer la richesse, la production, l’effort, le travail et l’épargne (éventuellement la sueur et les larmes) sont le préalable indissociable de la consommation. A l’opposé, fondée sur un vol préalable, la dépense des parasites improductifs ne crée aucune richesse. Malheureusement pour la France (et de nombreux pays développés), les parasites parviennent au pouvoir et les producteurs victimes de l’Etat socialiste obèse s’exilent.

    Pour remettre l’économie au service de l’humanité, il convient de laisser aux producteurs ce qui leur appartient, de respecter à nouveau leurs droits naturels à la liberté et à la propriété, en réduisant massivement les dépenses publiques et en décollectivisant l’économie.

  • « La rhétorique mêle des arguments  »
    C’est bien là le problème de l’économie, les mots recouvrent des sens différents, des appréciations différentes selon les sensibilités. Argent, monnaie, capital…
    quelques exemples : Chômage, c’est ce qui se voit, ce qui ne se voit pas c’est l’absence d’offres d’emplois. New, que je développe, le capitalisme est en crise systémique… faux, c’est le refus gouvernementaliste de la destruction schumpetérienne, on dépense des frais de santé pour des moribonds et on laisse crever nos nourrissons tout en regardant profiter ceux qui ont la chance de naître dans les pays économiquement libre, enfin presque.

  • Démystifions le Keynésianisme et proposons un nouveau calcul du Pib qui tiendrait compte de la VAN des dépenses publiques: cela démontrait que la récession est bien plus profonde qu on ne veut bien le communiquer, et que la France n en est jamais sortie depuis 2008. Mais la relance Keynésienne est bien trop accommodante pour un gouvernement en mal de totalitarisme…

  • Au contraire, l’union du monétarisme et du keynésianisme est dans l’ordre des choses. Friedman est l’auteur de cette phrase célèbres « Nous sommes tous keynésiens maintenant »; un propos qu’il a plus tard qualifié en disant : « Nous utilisons tous le langage et les outils d’analyse keynésiens bien que nous ayons rejeté, depuis, les conclusions initiales du keynésianisme. »
    Il me semble que le langage et les outils d’analyse sont plus importants que les conclusions économiques particulières puisque ces dernières découlent des premiers.

    • Très juste.

    • « Il me semble que le langage et les outils d’analyse sont plus importants que les conclusions économiques particulières puisque ces dernières découlent des premiers. »

      Certes, mais alors pourquoi faire l’inverse?

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