L’union contre-nature du monétarisme et du keynésianisme

Keynes-Friedman

La politique économique actuelle est guidée par un étonnant syncrétisme entre le keynésianisme et le monétarisme.

La politique économique actuelle est guidée par un étonnant syncrétisme entre le keynésianisme et le monétarisme.

Par Vladimir Vodarevski.

Les cours d’économie enseignent que le monétarisme, à travers notamment sa grande figure Milton Friedman, fut un grand pourfendeur du keynésianisme. Il peut donc paraître curieux d’associer keynésianisme et monétarisme. Pourtant, la politique économique actuelle est guidée par un étonnant syncrétisme entre le keynésianisme et le monétarisme.

Selon le keynésianisme, la demande est le moteur de l’économie. On devrait plutôt dire la dépense que la demande d’ailleurs. Car cette demande, ce sont des dépenses de consommation, ce qui nous vient spontanément à l’esprit, mais aussi les dépenses d’investissement. Le fait de dépenser fait augmenter les ventes des producteurs. Voyant leurs ventes augmenter, ceux-ci vont augmenter leurs prévisions de ventes pour la saison suivante. Et donc augmenter la production. Ce qui augmente le revenu, et donc la dépense. Mais pas dans les mêmes proportions : une partie du revenu est épargné. Par conséquent, l’État doit soutenir l’économie par la dépense publique, et celle-ci a un effet multiplicateur, engendrant de nouvelles dépenses, et donc la croissance et l’emploi.

Milton Friedman a remis en cause cette théorie de la demande. Selon lui, les agents économiques peuvent-être leurrés à court terme par la dépense publique, s’imaginant qu’ils auront plus de revenus à l’avenir. Mais, ils s’adaptent rapidement, considérant que cet effet est éphémère. C’est l’hypothèse des anticipations adaptatives. Les agents s’adaptent à la politique du gouvernement, en considérant que l’augmentation des revenus est temporaire. En considérant également que l’augmentation des revenus est effacée par l’inflation. D’autre part, Milton Friedman a développé le concept du revenu permanent, selon lequel l’agent économique adapte sa dépense à ses anticipations de revenus. Ce n’est donc pas ce qu’il gagne aujourd’hui qui détermine sa dépense, mais ce qu’il pense gagner sur une longue période. Ce qui annihile les effets d’une politique de relance. La dépense ne va que très peu augmenter, car les agents n’anticipent pas que la politique de dépenses durera.

Le monétarisme a également remis au goût du jour la théorie quantitative de la monnaie, théorisée notamment par Irving Fisher. Cette théorie considère qu’une augmentation de la masse monétaire, si la production n’augmente pas, engendre de l’inflation. En matière monétaire, Milton Friedman conseillait que la banque centrale augmente régulièrement mais légèrement la masse monétaire, de façon prévisible, mesurée par un indicateur ad hoc.

Cependant, ce n’est pas ce qui est retenu aujourd’hui du monétarisme. Selon Milton Friedman, la crise de 1929 a été empirée par la banque centrale américaine, la Réserve Fédérale. Celle-ci a réduit la masse monétaire, ce qui a causé une aggravation de la crise, d’après Milton Friedman, et Anna Schwartz. En cas de crise, il faut donc que la banque centrale augmente la création monétaire.

Et c’est uniquement cela qui a été retenu du monétarisme. Ce qui a abouti à un pilotage de l’économie par la création monétaire. Quand l’économie donne des signes de fatigue, la banque centrale baisse ses taux pour la relancer.

La rhétorique mêle des arguments keynésiens au monétarisme. Que n’entend-on pas aujourd’hui qu’il faut soutenir le crédit pour relancer l’économie ! De même, avant la crise, le gouvernement américain et la Fed ont soutenu la croissance par le crédit. On parlait de « l’effet richesse ». Les prix élevés de l’immobilier permettaient aux américains propriétaires de s’endetter en prenant une hypothèque supplémentaire sur leur maison, ce qui soutenait la consommation et donc la croissance. On retrouve l’idée que la dépense crée la croissance.

La BCE n’a pas non plus respecté son mandat, qui est la stabilité monétaire. Elle a laissé avant la crise les taux à un niveau très bas, alors que la masse monétaire augmentait. L’augmentation de la masse monétaire est un précurseur de l’inflation. Si elle avait respecté son mandat, la BCE aurait ralenti la création monétaire. Mais elle ne l’a pas fait, car elle aurait été accusée de ralentir l’économie.

Ainsi, l’idée que la dépense crée la croissance est toujours la ligne directrice des politiques économiques. Elle est menée aujourd’hui à la fois par la dépense budgétaire, et par la création monétaire, réunissant le keynésianisme et un semblant de monétarisme.


Sur le web.