Collusion des élites françaises et capitalisme de copinage

Patrons rentiers, fonctionnaires omniprésents, concurrence nulle part : la collusion des élites fait que les conflits d’intérêts sont endémiques en France.

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Collusion des élites françaises et capitalisme de copinage

Publié le 8 mai 2013
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Patrons rentiers, fonctionnaires omniprésents, concurrence nulle part : la collusion des élites fait que les conflits d’intérêts sont endémiques en France.

Par Erwan Le Noan.

Depuis que l’ancien ministre du budget a avoué avoir eu des pratiques illégales, le débat sur les conflits d’intérêts est revenu au cœur de l’actualité. Mais l’« affaire Cahuzac » n’est que la face émergée d’un iceberg qui est beaucoup plus structurant de l’économie et la démocratie françaises : la France est gangrénée par ce que les Américains appellent le « crony capitalism« . La collusion des élites économiques et administratives explique pourquoi la France est une société sclérosée, refusant la concurrence et entretenant des rentes au détriment de la majorité.

Un classement récent des élites françaises était assez intéressant : sur 100 talents, plus d’un quart est passé par l’ENA, près d’un tiers par l’École Polytechnique et près de 40 % avaient été membres d’un cabinet ministériel. Cette composition est révélatrice des élites françaises.

La première caractéristique de nos élites est d’être issues de quelques formations d’enseignement supérieur très limitées en nombre. Ce ne serait pas un problème en soit si ces écoles n’étaient pas les symboles de la reproduction sociale en France. Elles ne sont d’ailleurs que le sommet d’un système scolaire qui fonctionne par élimination, au détriment des moins riches et des moins informés mais au bénéfice d’une reproduction des hiérarchies sociales de génération en génération. Les inégalités sont un phénomène normal de la société : ce qui ne l’est pas, c’est la sclérose et l’impossibilité d’évolution sociale.

La seconde caractéristique, plus inquiétante, c’est la confusion totale entre les élites administratives et économiques. Cette confusion est connue : elle est un obstacle majeur aux réformes en France car elle pousse de fait à la collusion qui engendre des rentes.

Issues des mêmes formations, naviguant du pouvoir politique au pouvoir économiques, les élites françaises portent en elles des risques de conflits d’intérêts énormes. Dans une société concurrentielle, les allers-retours entre le public et le privé devraient permettre un partage d’expériences très utile. Le problème, c’est que quand l’élite fonctionne en vase clos, ces mouvements conduisent plutôt à un partage des pouvoirs et à un verrouillage de la société. Sans douter de l’honnêteté des personnes concernées, elles n’en sont pas moins humaines : comment résister à la tentation de réclamer des subventions ou des protections, quand il suffit de décrocher son téléphone pour joindre un ami en charge de la politique réglementaire ? Comment défendre des réformes qui remettent en cause les activités qu’on occupait hier et que ses proches exercent encore ?

Il y a, au final, une collusion globale qui conduit de fait à verrouiller les portes aux nouveaux entrants. D’un côté, les fonctionnaires vivent protégés des réalités du monde, rejetant la concurrence qui remettrait en cause l’État qui les fait vivre. De l’autre, les grands industriels français ne croient pas à l’économie de marché. Il suffit de lire le rapport de Louis Gallois, qui contient une charge violente et idéologique contre la concurrence, pour comprendre qu’ils militent pour l’édification de barrières qui les protègent : ils se bâtissent des citadelles rentières, abritées de leurs concurrents français ou étrangers.

Les Français s’en rendent bien compte. C’est bien pour cela qu’ils craignent les réformes. Yann Algan et Pierre Cahuc ont bien montré dans leurs travaux que nos concitoyens sont convaincus que seule une minorité (à laquelle ils n’appartiennent pas) bénéficierait des réformes. Ils n’ont pas tort : nos élites administratives et politiques s’en protègent. Comment expliquer, sinon, qu’elles restent abritées de la concurrence ?

Il n’y a pas que l’économie française qui ait besoin de plus de concurrence : la société aussi, à commencer par les élites. Elles doivent d’abord devenir contestables, c’est-à-dire qu’il faut permettre leur renouvellement. Il faut ensuite plus de transparence : soit l’État est neutre et ses serviteurs ne doivent plus circuler entre les partis politiques, les grandes entreprises et le Gouvernement ; soit il ne l’est pas et il faut recruter les élites administratives sur contrat, en toute transparence, en acceptant la valse des postes aux alternances. Le processus de décision politique et administrative doit gagner en lisibilité et contrôle par la société.

Le meilleur moyen de garantir un meilleur fonctionnement démocratique, c’est d’abord d’organiser rapidement le retrait de l’État. L’État n’est pas bienveillant et les fonctionnaires, comme tous les êtres humains, sont animés par des intérêts personnels – ni plus, ni moins que dans le privé. Moins d’État, c’est moins de risques de conflits d’intérêts, c’est moins de collusion et de recherche de rentes par la voie réglementaire,  c’est plus de réussite et de mobilités sociales, c’est moins de contrôle de la société. Réduire le poids de l’État doit être notre priorité absolue, économique, sociale et démocratique.

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  • Pertinente description de l’état de la France avec son élite confite qui perpétue l’Ancien Régime avec obstination, gavée qu’elle est de rentes et de prébendes à vie.

    Il convient toutefois de compléter le tableau en précisant que le principal conflit d’intérêt étreignant le pays, ce sont ses fonctionnaires élus. Il est indispensable d’exiger des fonctionnaires qu’ils démissionnent définitivement des trois fonctions publiques avant d’exercer un quelconque mandat électif (éventuellement qu’ils renoncent à leur retraite de fonctionnaire).

    « Les inégalités sont un phénomène normal de la société » : les inégalités sont non seulement normales mais surtout nécessaires et désirables. C’est la condition de la mobilité sociale, donc de la prospérité économique des Français.

  • On touche, là, le MAL Français. Cette société est sclérosée et on ne peut rien y faire ?

  • dans le monde agricole, ou je travaille, les gens sont profondément hostiles a l’idée de concurence, et mème d’innovation.
    ils vivent intelectuellement, dans un monde moyenageux ou l’etat aurait remplacé le seigneur local, et la coop d’apro et le syndicat ( qui ont les mèmes dirigeants )l’eglise du village.
    l’idée de concurence y est tres peu apprecié.
    quelqu’un qui y a des idées liberales est experimentales, est generalement vu par les  » autres  » , comme un anormal, voire un traitre.
    pas etonnant, qu’un tel peuple est engendré une nation ou l’economie de marché y est incomprise et meprisée.
    ceci c’est fortement accru depuis 20 ans, avec la main mise de l’etat sur les revenus ( aide europèenne ) et la diminution du nombre d’exploitants ( impossibilité de faire emerger un parti, ou des idées, qui ne sont pas celles de la masse. )

    • Très intéressant, Supergluubs. Je m’en doutais, mais vous me le confirmez.

    • Je voudrais préciser que le monde est capable de comprendre beaucoup de choses et les paysans ne sont pas tous des demeurées. le fonctionnement des syndicats, banque, coopératives,assurance, msa contrôle des structures, safer,etc… sont contrôles par des gens qui ont différentes casquettes et ils protègent leurs revenus où avantage auprès des organismes dont ils sont issus. La perte de liberté des paysans est considérable depuis 20 ans avec des réglementations contre productives. Lorsque vous aurez subit ça dans votre profession vous viendrez peut-être nous dire dans quel état vous vous trouverez. Pour moi, c’est un syteme soviétique qui s’installe de manière insidieuse; l’administration contrôle malheureusement l’ont fait penser que c’est pour notre bien.

    • Il ne faut pas généraliser non plus. Je suis agriculteur et la coop elle ne m’a pas vu depuis que je suis installé et c’est pareil pour à peu près tous ceux que je côtoie.
      Je vend mes productions moi-même sur le marché céréalier en me couvrant sur le MAT si nécessaire. Les seuls qui vont à la coop, ce sont généralement les plus âgés qui n’ont pas de structure de stockage, ou des finances trop courtes.

      Il est vrai que les primes font entre 20 et 40% du revenu suivant les années, mais actuellement elles sont un mal nécessaire tant que la liberté de produire n’existe pas : peu de gens le savent mais ce n’est pas parce que vous êtes locataires ou propriétaires d’une terre que vous avez le droit de la cultiver : l’autorisation dépend du bon vouloir de Commissions Départementales de l’Orientation Agricole noyautées par des syndicats verts-rouges adeptes du locavorisme avec un mode de fonctionnement dans le plus pur style soviétique.

  • Quasiment entièrement d’accord. Mais n’oublions pas que blâmer seulement l’Etat est passer à côté de la moitié du problème du capitalisme de connivence. Diminuer l’Etat sans chercher à déconstruire en parallèle les oligopoles privés serait tout autant une catastrophe. Libéraliser à moitié me semble très risqué car il ouvrirait la porte à la seule rente privée en ne voulant toucher qu’à la rente publique.

  • L’argent c’est comme un pot de confiture d’orange 🙂

  • J’ai une amie qui fait actuellemnt l’ENA. La seule chose que l’on puisse dire, et d’après ce qu’elle m’en raconte, c’est que cette grande école de l’admnistration française sert avant tout à répartir ses élèves entre les différentes loges maconniques et les differents partis existants. On n’est vraiment pas près de se réformer, je vous le dis ! La faillite, c’est maintenant !

  • Bouygues tf1 symbole de cette collusion mortifère

  • Merci.
    Pour cet article.
    pour vos actions.

  • Sans parler des banques.

    La crise des subprimes, prêts encouragés auprès des banquiers par les politiques et banque centrale pour booster la croissance, ce qui créa une bulle, avec l’assurance d’être renflouées par ces même politiques.

  • Le sujet traité par l’article est intéressant et rarement discuté. Remettre en question ce qui semble gravé dans la roche va toujours dans le bon sens…

  • un peu plus d’audace aurait été bienvenue dans cette analyse qui peut être cherche à ne fâcher personne surtout pas les donneurs d’ordres !!!
    bien sur, en France il y a le « capitalisme de copinage », mais cela ne s’arrête pas là, et c’est beaucoup plus machiavélique que ça:
    pendant que les « zélites » se gobergent dans ce « capitalisme » , le populo est maintenu bien serré dans un système socialo-marxiste et tout est fait pour qu’il ne s’en échappe pas (notamment avec l’aide des médias et de la « haute » administration)

    et c’est là probablement une des causes du record mondial de la prise de tranquillisants et autres drogues par les français – distribués gratuitement par l’État-
    parce que ledit populo à qui on a appris à cracher sur le capitalisme et qui ne s’en est jamais privé, sentait confusément en voyant vivre ses autoproclamées zélites, qu’il y avait quelque chose qui clochait et il y avait bien entendu de quoi etre psychiquement perturbé!!

    mais il commence à découvrir le pot aux roses depuis qu’internet est devenu le premier media d’information du pays, ce qui explique sa fureur et son désappointement vis à vis des zelites et des socialistes dont le masque est tombé

    c’est exactement la situation qu’à trouvée Reagan aux USA à son arrivée à la présidence :
    un pays entre les mains de l' »establishment » (politique/finances/médias) et tout le sens de la révolution reaganienne que le même establishment français a vu arriver avec fureur , était résumé dans son idée phare « EMPOWERING PEOPLE » RENDRE LE POUVOIR AU PEUPLE!!! et c’est exactement ce qui s’est passé et qu’il a réussi!

    et c’est exactement ce qui doit se passer ici et le parti ou l’homme qui incarnera cette idée sera considéré comme un « sauveur » par une population avide d’entendre une vérité qu’elle entrevoit!!

  • Les commentaires sont fermés.

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