Selon une étude de la BCE, les dépenses publiques nuisent à la croissance

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Les déficits budgétaires ne sont pas le problème. C’est l’excès de dépenses publiques qui freine la croissance. Telles sont les conclusions d’une nouvelle étude de la BCE.

Les déficits budgétaires ne sont pas le problème. C’est l’excès de dépenses publiques qui freine la croissance. Telles sont les conclusions d’une nouvelle étude de la BCE.

Par Daniel J. Mitchell, Washington D.C., États-Unis.

Les débats concernant la politique budgétaire me rendent souvent malade parce que beaucoup trop de gens se focalisent sur les déficits. Les keynésiens affirment que les déficits sont bons pour la croissance, ce qui conduit à soutenir davantage de dépenses publiques. Les partisans de l’« austérité », telle qu’elle est défendue dans des lieux comme le Fonds Monétaire International, jugent au contraire que les déficits sont mauvais pour la croissance, ce qui conduit à soutenir des impôts plus élevés. Ensuite, vous avez des institutions comme la Commission des finances du Congrès américain (Congressional Budget Office) qui souhaitent le pire des mondes possibles : soutenir les dépenses keynésiennes à court terme tout en préconisant une augmentation des impôts sur le long terme. Or comme je ne suis en faveur ni d’une augmentation des dépenses publiques ni d’une hausse des impôts, vous pouvez comprendre pourquoi je m’arrache les cheveux.

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Aussi, je me réjouis que des économistes de la Banque centrale européenne (BCE) aient publié une nouvelle recherche intitulée « Composition du budget et croissance à long terme » qui ne présuppose pas que le déficit public est la variable clé. Au lieu de cela, ils regardent de façon factuelle comment les différentes variables de la politique budgétaire influencent les performances économiques.

Voici la conclusion générale :

Dans cette étude, nous utilisons les données d’un large échantillon de pays développés et en développement durant la période 1970-2008. (…) Plus précisément, nous examinons la question suivante : quels éléments du budget ont une incidence (positive ou négative) sur le taux de croissance du PIB par habitant. (…) Notre étude suggère que, pour l’ensemble de l’échantillon, (…) les dépenses publiques apparaissent avec des signes négatifs significatifs.

Cela me parle. Qu’elles soient financées par l’impôt ou par l’emprunt, les dépenses publiques excessives nuisent à l’économie en détournant les ressources des emplois productifs.

Mais toutes les dépenses publiques ne génèrent pas les mêmes effets. Voici plus précisément quelques-unes des conclusions.

Pour conclure, nos résultats montrent notamment que : i) sur l’ensemble de l’échantillon, les recettes n’ont pas d’impact significatif sur la croissance tandis que les dépenses publiques ont des effets négatifs importants ; ii) la même chose est observée pour le sous-échantillon de l’OCDE avec la nuance que le total des recettes de l’État a un impact négatif sur la croissance ; iii) les impôts sur le revenu ne sont pas les bienvenues pour favoriser la croissance ; iv) les traitements des fonctionnaires, les paiements d’intérêt, les subventions et les dépenses de consommation publique ont un effet négatif sur la croissance de la production ; v) les dépenses de sécurité sociale et autres revenus de transfert n’améliorent pas la croissance.

Il est à noter que les dépenses publiques sont négativement corrélées avec la performance économique des pays en développement et avancés.

Il est également intéressant de constater que les impôts sur le revenu sont mauvais pour la croissance dans tous les pays, et que la pression fiscale totale est mauvaise pour la croissance des pays avancés (soit dit en passant, ces deux résultats suggèrent que la politique fiscale de lutte des classes prônée par Obama est tout à fait erronée).

Les auteurs de l’étude constatent également que certaines formes de dépenses publiques sont particulièrement préjudiciables à la croissance. Cela me parle aussi car, comme je l’expliquais dans cette vidéo sur la courbe de Rahn, si les biens publics de base peuvent être bons pour la croissance, les autres types de dépenses publiques sapent la prospérité.

Alors qu’est-ce que tout cela signifie ? Simplement que le problème financier de presque tous les pays n’est pas d’avoir des comptes publics dans le rouge. Mais plutôt d’avoir trop d’État. Les déficits excessifs ne sont pas souhaitables, c’est sûr, mais ils sont bien mieux perçus et compris que les effets secondaires de trop de dépenses publiques.

En d’autres termes, les « droits à » doivent être réformés et les besoins de dépenses discrétionnaires réduits. Résolvez ces problèmes liminaires et vous corrigez les symptômes des comptes publics dans le rouge et de la croissance atone.


Sur le web.
Traduction : Raphaël Marfaux/Contrepoints.