OGM : à qui profitent les mensonges de Jacques Testart ?

A qui profitent les ogm, par Jacques Testart (Crédits : CNRS éditions, tous droits réservés)

À qui profitent les OGM ? est le titre du dernier ouvrage de Jacques Testart. Recension de quelques-uns de ses mensonges.

À qui profitent les OGM ? est le titre du dernier ouvrage de Jacques Testart. Recension de quelques-uns de ses mensonges.

Par Anton Suwalki.

À qui profitent les OGM ?, titre le dernier livre de Jacques Testart, paru aux Éditions du CNRS. Voici la problématique résumée en dernière page de couverture : « Les plantes transgéniques permettent-elles de disposer de produits moins coûteux ? De meilleure qualité ? De meilleur goût ? Se conservant mieux ? Bénéfiques pour la santé ou l’environnement ? Voilà les questions que la stratégie des entreprises de biotechnologies a permis que l’on ne se pose pas. »

Précisons tout de suite que l’auteur ne brille pas par sa logique. Car dès les deux premières pages, son analyse démontre à peu près le contraire : il accuse en effet ces entreprises, non pas d’avoir occulté ces questions, mais d’y avoir répondu mensongèrement. À l’inverse, il ressort de sa prose que c’est la stratégie des anti-OGM eux-mêmes qui aurait conduit à détourner de ces questions : « [du fait de] la focalisation militante sur un possible risque alimentaire (…), de mobilisation en mobilisation, une question restait en suspens : et si, plutôt que de s’épuiser à chercher à démontrer la malignité des plantes transgéniques, si on exigeait de ceux qui veulent nous les imposer de démontrer leurs avantages ?» .

« S’épuiser à chercher à démontrer » sonne d’ailleurs comme un aveu. Tout est donc affaire de stratégie politique, trouver un bon prétexte pour justifier un rejet des PGM a priori, et Testart propose donc aux militants de simplement changer de stratégie.

S’il s’agissait de faire un bilan, même provisoire, des « promesses » initiales des OGM et de celles qui ont été tenues, il faut vite déchanter. La réponse biaisée de Testart à ces questions, qu’on connaît d’avance n’occupe d’ailleurs qu’une part succincte de l’ouvrage. Réponse biaisée, d’abord à cause de la manière caricaturale dont Testart présente les promesses. Par exemple : « ceux [les citoyens pris au hasard] qui ne sont pas vaccinés contre la vieille ficelle de la promesse vous expliqueront que les OGM permettent d’augmenter la productivité, bien utile face à la surpopulation à venir, même si la terre est trop salée, trop sèche, ruinée par les engrais. Et qu’en plus, ça donne des produits de meilleure qualité, bien homogènes, sans salissures sur la peau ». Il faudrait donc croire que malgré la formidable et ininterrompue campagne de vaccination des Testart and co qui monopolisent les médias, il y a encore pleins de « victimes » de la campagne des firmes semencières ou plutôt de leurs sbires, ces professeurs Tournesol  (selon Testart) particulièrement habiles en communication, compte tenu de l’espace tellement restreint dont ils disposent pour s’exprimer.  De qui se moque-t-on ?

À qui profitent les OGM ? Nul ne s’étonnera de la réponse téléphonée de Testart à la question qui sert de titre à son livre : À personne, sauf aux grandes entreprises semencières à qui le brevetage permet de faire main basse sur l’alimentation mondiale.

Admettons que ce soit vrai. Mais alors, pourquoi Testart est-il lui-même obligé de mentir comme un arracheur de dents pour essayer de nous en convaincre ? Car oui, monsieur Testart, vous mentez, comme nos lecteurs pourront le constater à la lecture des trois exemples qui suivent. Et vous mentez sans talent et sans originalité. Après avoir lu le torchon que le CNRS a accepté de publier, et qui pourrait bien servir de base à un petit dictionnaire des mensonges anti-OGM, on lui retournera donc la question initiale : À qui profitent vos mensonges ?

Allégation n°1 : riz doré

Un des mensonges de ce livre les plus évidents concerne le riz doré « qui apportera la quantité de vitamine A indispensable à tous ceux qui sont capables d’en manger quelques kilos par jour ». Il y a pourtant bien longtemps que cette affabulation de vos amis de Greenpeace est réglée, se basant sur les premières expériences et vous le savez. La bioconversion du Béta carotène en vitamine A de l’actuel riz doré permet de couvrir de 40 à 50% des besoins en vitamine A pour 100g de riz sec ingéré. Sachant que le riz est l’aliment de base dans beaucoup de pays concernés par des carences, le riz doré est donc susceptible de fournir un apport suffisant pour prévenir de la mort ou de déficiences graves telle que la cécité, le mensonge n’en est que plus sinistre. Mais sa fonction est claire : il s’agit de cacher aux lecteurs que contrairement à ce que raconte Testart, les biotechnologies végétales peuvent être d’utilité directe pour les consommateurs, et dans le cas du riz doré, leur application pourrait contribuer directement à sauver des vies sur lesquelles Testart préfère faire l’impasse, par pure idéologie. Ainsi s’explique la campagne anti-OGM la plus hystérique que Greenpeace ait pu mener.

Allégation n°2 : coexistence impossible des OGM et des cultures non-OGM

« L’interrogation la plus audacieuse des autorités a porté sur la coexistence des PGM avec les autres plantes, même si cet arrangement est définitivement impossible sans préjudices irréversibles ».

Cela fait quand même beaucoup de mensonges, d’approximations, et de mauvaise foi en deux lignes, M. Testart.

1. D’abord, de quelles autorités parle-t-on ? On en oublierait presque qu’on habite en France, un pays qui a instauré sous la présidence de Sarkozy un moratoire sur la culture du maïs MON 810, seule plante GM alors autorisée à la culture dans l’Union européenne. Testart devrait manifester un peu plus de gratitude à un gouvernement qui a aussi bien servi sa cause anti-OGM !

2. Que signifie « la plus audacieuse » ? Depuis lors, cinq autres pays de l’Union européenne ont imité la France sur la base d’autres interrogations audacieuses, sous couvert d’autres alibis, dirions-nous plutôt : dans le cas de l’Allemagne, un impact supposé sur les coccinelles et sur les papillons monarques. Un prétexte scientifiquement non justifié, dénoncé par le propre Comité de biosécurité de l’Allemagne et réfuté par Ricroch, Bergé & Kuntz dans un article de Transgenic Research. Est-ce moins « audacieux » que le thème de la coexistence ?

3. Pourquoi la coexistence serait-elle impossible « sans préjudices irréversibles » ? D’une certaine façon, Testart a raison. La coexistence entre voisins étant toujours une affaire d’intelligence, de tolérance et de respect mutuel, lui et ses amis la rendent par définition impossible : les anti-OGM, en parfaits intégristes, n’admettent pas l’existence des OGM, alors la coexistence, vous imaginez…

De nombreuses expérimentations ont en réalité confirmé que des distances très faibles entre champs suffisaient à réduire les phénomènes de pollinisation croisée à des taux voisins de zéro. Ce que confirme ironiquement la dernière étude de Séralini au secours duquel Testart s’est empressé de voler : « Ces deux types de maïs [NB : GM et non GM] ont été cultivés dans des conditions normales semblables, au même endroit, espacés à une distance suffisante pour éviter la contamination (sic) croisée. La nature génétique, aussi bien que la pureté des graines GM et de la matière récoltée, a été confirmée. »

Il reste donc à savoir à quels préjudices irréversibles on devrait s’attendre en cas de pollinisation fortuite de quelques plants du champ conventionnel par du pollen de maïs GM. Rien d’irréversible bien sûr pour l’immense majorité des agriculteurs qui ne ressèment pas leurs propres graines. Mais objectivement, une infime pollinisation croisée ne représente en rien un préjudice, à moins de considérer aussi qu’un agriculteur « conventionnel » ou même bio, ne peut pas cultiver deux variétés d’une plante sur deux parcelles voisines sans se porter lui-même préjudice. Mais peut-être Testart est-il un adepte de la pureté génétique ?

Allégation n°3 : aspects économiques

Jacques Testart revendique une formation d’agronome. Soit. On se demande s’il n’a pas exercé ce métier dans les années 1930-1940, à en juger par sa description très nostalgique d’un monde paysan auquel les OGM porteraient « une atteinte culturelle ». Agronome douteux, Testart est par contre brillantissime en tant qu’économiste de comptoir au Bistrot du Commerce. Généralement avare quand il s’agit de citer ses sources, il les cite sur ces questions : Greenpeace, Infogm, et Charles Benbrook, consultant pour l’Organic Center, et Friends of earth. Des sources bien entendu d’une objectivité parfaite, que seuls des esprits mal tournés peuvent soupçonner d’altérer la vérité pour la bonne cause.

1. Testart : « le prix des semences de soja GM ( ) augmentait de plus de 230% entre 2000 et 2010, gonflé par les cultures massives au Brésil et en Argentine, si bien que (souligné par nous) le prix des semences de coton conventionnelles sont actuellement 6 fois moins chères que celles du coton GM ». « Si bien que »… Voilà une relation de cause à effet qui éblouira pas mal d’analystes des marché. Testart peut sans complexe candidater au prix Ignobel d’économie. D’autre part, à défaut de temps pour vérifier les chiffres, soulignons que selon les mêmes sources, Monsanto n’arrive toujours pas à obtenir que les agriculteurs argentins lui versent des royalties pour ses semences. Reconnaissons que pour une entreprise qui  incarne pour Testart et les anti-OGM le diable et le génie du mal, elle se débrouille bien mal.

2. « Les ventes de RoundUp, l’herbicide de Monsanto dont le brevet est tombé dans le domaine public en 2000 ont été multipliées par 15 entre 1994 et 2005 et représentaient 48% du chiffres d’affaires en 2008, selon l’ONG Friends of the earth ». Ce que vise à démontrer Testart, c’est que les OGM ne sont conçus que pour pallier la fin du brevet sur le RoundUp. « [Ils] sont conçus pour vendre le RoundUp de Monsanto », affirme un certain Ronnie Cumins, de l’association des consommateurs de bio. Voilà qui est de la part de gens voulant dénoncer la stratégie diabolique d’une multinationale, d’une naïveté presque touchante. Quel serait l’intérêt, par exemple, des entreprises concurrentes de Monsanto, de fabriquer des PGM pour faire exploser les ventes du RoundUp de Monsanto ? Concernant Monsanto, à quelle rationalité économique correspondrait un budget de recherche exceptionnellement d’un milliard d’euros (environ 8,5% du chiffres d’affaires) dans la recherche pour seulement pérenniser les ventes d’un herbicide dont le générique est actuellement produit par une trentaine d’entreprises ? Ou alors, pour le simple objectif d’introduire un leurre totalement inutile pour l’agriculture et servant simplement au « brevetage du vivant » [1] ?

Ces remarques faites, revenons sur les mirobolants 48% du chiffres d’affaires qu’auraient représenté les ventes de RoundUp en 2008. Selon The Economist tirant ses chiffres des rapports annuels de la compagnie, c’est seulement 10% en 2009. Il arrive certes que des entreprises bidonnent leurs chiffres, et trompent leurs propres actionnaires. Mais comme on voit mal les raisons qu’il y aurait à cacher les causes d’une santé que tout le monde s’accorde à reconnaître comme florissante, il n’est pas déraisonnable de penser que le mensonge se situe du côté de Friends of the earth.

3. Au final : « Les PGM profitent un peu à des gros agriculteurs (surtout par économie de main d’œuvre) et beaucoup aux firmes qui les fabriquent et les vendent.» Testart veut donc bien admettre que des agriculteurs puissent en profiter, mais seulement des « gros ». Et forcément, l’adjectif «gros » a l’immense avantage de placer ceux-ci dans le camp du mal. Nous ne reviendrons pas en détail sur l’allégation que le seul avantage ou presque des gros agriculteurs serait dans une économie de main-d’œuvre. Le brillant économiste Testart serait bien en peine de nous expliquer en quoi la rentabilité économique des OGM obéirait à un effet de seuil ou de taille de l’exploitation. Les coûts des semences étant proportionnels à la surface cultivées, les bénéfices attendus aussi (moindres traitements phytosanitaires, réduction du nombre de traitements herbicides, moindre pertes de récolte en cas d’attaques de ravageurs pour les plantes résistantes aux insectes, etc.)… Il faut croire que les 17 millions d’agriculteurs [2], dont une grande majorité de pauvres, qui cultivent des PGM dans le Monde, l’ont compris : ce sont sans doute de bien meilleurs économistes que Jacques Testart.


Sur le web.

Notes :

  1. Le leitmotiv de l’agronome Testart, c’est que quel que soit la nature du gène introduit, ça ne sert à rien, puisqu’on pourrait aboutir au même résultat avec d’autres méthodes. Voir ses propos sur la papaye transgénique résistante à un virus dans l’émission de France Inter Service Public. Dommage que cet agronome si fortiche n’ait jamais songé à retrousser ses manches pour démontrer qu’on pouvait faire autrement. Cela le rendrait un tout petit peu plus crédible.
  2. Remarquons que l’iSAAA est une organisation qui fait ouvertement la promotion des biotechnologies, mais que longtemps décriés, les chiffres qu’elle donne sur les cultures de PGM sont le plus souvent recoupables avec des données nationales, et ne sont plus gère contestés.