Il n’y aura pas de rebond sans chute

La France est l’un des rares pays où on envisage un rebond sans chute. Les hommes politiques refusent de parler d’un déclin français et vantent les nombreux mérites d’un pays pourtant en lente décomposition, tout en envisageant d’ores et déjà un rebond dont les causes demeurent encore à trouver.

Le gouvernement a déjà des pistes. Un nouveau modèle français se dessine, en 6 piliers : emploi, vie quotidienne des français, redressement des finances publiques et de l’économie, action publique, institutions et libertés, préparation de l’avenir. Le gouvernement pense donc que son action – heureusement fort peu concrète, constituée de discussions, réflexions, rapports et commissions plus que d’actions – peut et doit toucher ces 6 domaines.

La théorie et la pratique montrent que le gouvernement ne peut pas créer d’emploi ; il ne peut qu’en détruire. De même dans l’économie, il ne peut que créer des distorsions dans le marché qui détruisent de la valeur ; dans la vie quotidienne, il ne peut qu’interférer avec la liberté et les préférences individuelles ; et, surtout, l’État a largement démontré sa capacité à compromettre l’avenir en entravant l’économie et en endettant les Français. L’avenir d’hier, c’est aujourd’hui, et on ne peut que constater l’échec des politiques gouvernementales successives.

Pourtant, le gouvernement n’en démord pas et souhaite étendre toujours plus son contrôle. Récemment, une proposition de loi visant à réguler les prix du commerce en ligne pour protéger les commerçants des centre-villes a été déposée – ce qui revient d’une part à considérer que commerce en ligne et boutiques physiques sont en concurrence directe, d’autre part à maintenir des prix élevés au détriment, une fois de plus, des consommateurs.

L’objectif des politiques n’est pas en soi de s’immiscer dans tous les aspects de la vie des citoyens ; il s’agit uniquement d’un moyen pour atteindre leurs objectifs. Ils décident, au nom des consommateurs, qu’il serait préférable qu’ils paient plus cher en ligne, car cela permet de maintenir les marges des commerçants en centre-ville – i.e. qu’il est préférable de ne pas laisser survenir la destruction créatrice, car ils ne voient pas le potentiel de création de valeur mais voient le potentiel de perte de valeur pour ceux qui ne parviendraient pas à s’adapter.

Avant même de s’interroger sur la pertinence de ces choix, il faut s’interroger sur leur légitimité : est-ce aux représentants d’une partie du peuple de prendre des décisions pour l’ensemble des citoyens, ou est-ce aux citoyens eux-mêmes ?

En admettant qu’on écarte cette question pourtant essentielle, c’est à dire en conservant le système tel qu’il est, il demeurerait crucial de s’interroger sur la pertinence des choix faits par nos hommes politiques – mais elle n’est pas, en réalité, leur principal critère de décision. Ils choisissent en fonction des conséquences qu’auront leurs décisions sur l’opinion, et en particulier sur celle de leurs électeurs.

Ils bénéficient pour cela de relais d’opinion, à qui ils n’hésitent pas à offrir des incitations très matérielles. Les syndicats français en sont un bon exemple ; ils sont financés par l’argent des contribuables sans qu’aucune question leur soit posée sur la manière dont ils le dépensent et ne sont pas inquiétés lorsqu’ils commettent des exactions violentes et s’adonnent à des pratiques mafieuses. Certains élus n’hésitent pas à financer avec l’argent des autres des caïds qui jouent pour eux le rôle de relais d’opinion. Plus généralement, des sacrifices sont demandés à ceux qui financent l’État et ceux qui bénéficient de l’État-providence, mais jamais à l’État lui-même.

Rien de tout cela ne serait possible sans le recours à la contrainte, qui permet aux clientélistes d’assouvir leur soif de pouvoir en dépensant pour cela l’argent des Français. Ce recours à la contrainte est d’autant plus simple pour l’État que le citoyens sont désarmés, aussi bien physiquement que spirituellement.

En se revendiquant de valeurs qui passent pour nobles, les hommes politiques écartent d’un revers de la main toute opposition. C’est ainsi qu’ils font régulièrement passer les conséquences de l’interventionnisme pour celles du libéralisme et continuent envers et contre tout de défendre les régimes socialistes qui n’ont jamais répandu que la mort et la misère mais dont les principes seraient bons et auraient simplement été mal ou pas assez appliqués – et, si cela ne suffit pas, les tenants de la coercition n’hésitent pas à montrer les muscles.

Lorsque décède un leader socialiste qui laisse derrière lui le bilan inévitablement mauvais d’une politique fondée sur une idéologie nauséabonde et que sont exprimés des points de vue négatifs, l’avant-garde de la dictature du prolétariat n’hésite pas à menacer les avis divergents.

AdH l’Armurier@adamhunter : @Contrepoints J’espère croiser l’auteur de ce tweet après ma deuxième dan dans un contexte d’émeute. #word

Jean Pier@JeanPierrrrr : @Contrepoints bande de salopes, vivement la nuit des longs couteaux.

Le manque de finesse des opposants au libéralisme pourrait être vécu comme un compliment s’il ne laissait pas aussi peu de chances à une discussion rationnelle. Les défenseurs de la liberté, fondamentalement opposés à la contrainte et à l’initiation de la violence, n’ont en réalité que peu de moyens de faire valoir des droits pourtant naturels et imprescriptibles : liberté, propriété privée, sûreté.

Ils peuvent, tant qu’il leur est possible d’exprimer leurs idées, les diffuser et expliquer que la fin ne justifie pas les moyens, que le projet qu’ont certains d’une société meilleure – dont ils ne sont d’ailleurs jamais parvenus à expliquer ou démontrer pourquoi elle serait meilleure – ne peut pas se faire au prix du sacrifice de certains individus, et que les choix des individus ne seront jamais mieux exprimés que par les individus eux-mêmes.

Si cela échoue, ils peuvent cesser de coopérer et de prendre part au système. On peut contraindre l’esprit humain à ne pas s’exprimer, mais on ne peut pas le contraindre à s’exprimer. En quittant un pays qui ne leur permet pas de vivre selon leurs principes, en refusant de financer un État qui leur demande une part toujours plus large des fruits de leur travail à son bénéfice ou à celui de ceux qu’il estime les mériter plus que leur producteur, ou en se mettant en grève, les créateurs de richesse cesseront d’alimenter ceux qui veulent jouir des fruits du travail des autres.

Alors que les limites de l’État sont toujours plus évidentes dans les faits et ont été brillamment théorisées, les citoyens semblent toujours aussi peu sensibles aux idées de liberté et toujours aussi disposés à ne pas remettre en question la morale altruiste qu’on leur impose. Il faudra sans doute attendre que le système actuel s’effondre pour que les idées de liberté reviennent au goût du jour. Intellectuellement non plus, il n’y aura pas de rebond sans chute.