Un emploi public détruit 1,5 emploi privé

Publié Par Alexis Vintray, le dans Travail & emploi

Yann Algan, Pierre Cahuc et André Zylberberg ont montré dans une étude que l’emploi public détruit l’emploi privé. Sur la période 1960 – 2000, chaque création d’un emploi public a détruit 1,5 emploi privé.

Par Alexis Vintray.

Certains, y compris au gouvernement, continuent à dire et croire que l’emploi public peut être une solution au chômage. C’est entièrement faux, comme l’ont montré les études universitaires sur le sujet. En particulier, une étude de synthèse L’emploi public : un remède au chômage, par Yann Algan, Pierre Cahuc et André Zylberberg (2002) a apporté des éléments chiffrés précieux.

En étudiant les conséquences de l’emploi public sur les performances du marché du travail dans 17 pays de l’OCDE sur la période 1960-2000, les chercheurs sont arrivés à la conclusion que, en moyenne, « la création d’un emploi public détruit environ 1,5 emplois privés, augmente le nombre de chômeurs de 0,3 et diminue faiblement la participation au marché du travail ».

Comme le soulignent les auteurs, « la corrélation positive [entre taux de chômage et emploi public] signifierait plutôt que la hausse de l’emploi public est une des causes de l’accroissement du chômage ».

Par ailleurs, lorsque le secteur public produit des biens concurrents ou facilement substituables à ceux du secteur privé, une augmentation de l’emploi public diminue la rentabilité des emplois privés et freine donc leur création, avec un effet mécanique sur le chômage. Au final, comme le résume le journaliste Emmanuel Lechypre, « les travaux des économistes confirment qu’au cours des trente dernières années, le contrôle par les États de grands secteurs industriels a contribué à augmenter le chômage et non à le réduire ».

Une des explications ? La coexistence d’entreprises privées et d’entreprises publiques, incitent ceux qui cherchent un emploi à rester au chômage pour espérer un travail « protégé » dans le secteur public, au lieu d’accepter un emploi non « protégé » dans une société privée. Comme le rappelle Emmanuel Lechypre, « ce n’est pas un hasard si les pays dans lesquels le chômage a le plus augmenté entre 1970 et 1990 (Suède, Danemark, Finlande, France, Espagne) sont également ceux dans lesquels la croissance de l’emploi public a été la plus rapide. »

Une analyse que l’on peut compléter par celle faite par Gavekal Research : plus l’économie étatisée croît relativement au secteur « capitaliste », plus le taux de croissance diminue. En image :

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  1. J’attendais plus de cet article au titre accrocheur. Faut-il rappeler que corrélation n’implique pas nécessairement causalité ? Où est la démonstration ? Il y a juste un graph, intéressant, certes, mais insuffisant. Il n’y a rien ici qui puisse être réutilisé contre les apôtres de l’emploi public. Dommage.

    1. L’etude citee est une etude statistisque avec regression et toutim, elle souligne des evolutions passees qui evidemment ne prejuge rien a elles seules du futur. Les explications avancees par les auteurs et rappellees dans l’article sont toutefois convaincantes pour justifier la causalité.

      1. Permettez-moi d’être en désaccord avec vous : elles ne me paraissent nullement convaincantes, et ce ne sont pas toutes les précautions de langage employées par les auteurs qui me rassureraient quant à la solidité de leurs conclusions !

    2. La causalité est montrée par le décalage dans le temps des deux courbes : la croissance du PNB suit l’autre courbe, avec un décalage d’un à deux ans.
      Sinon, on accepte que les courbes soient similaires « par le fruit du hasard » :)

    3. Fixou, la causalité est confirmée par des corrélations similaires constatées dans les divers pays étudiés. La corrélation étudiée ne fait qu’ajouter une preuve supplémentaire à une réalité perceptible par le seul raisonnement : la causalité est démontrable sans avoir besoin de corrélation, c’est-à-dire en l’absence de statistiques.

      Un supplément de richesse (croissance) ne peut apparaître que dans le cadre de l’échange volontaire. Or, par construction, l’Etat représente la contrainte, autrement dit la négation de l’échange volontaire. Si la comptabilité est incapable de calculer la valeur ajoutée des fonctions publiques, ce n’est pas le résultat d’un défaut conceptuel mais parce que l’Etat ne peut tout simplement générer de valeur ajoutée, par nature (qu’est-ce que l’Etat ?) et par destination (à quoi sert l’Etat ?).

      Dans le meilleur des cas, l’Etat est incapable de créer la moindre richesse nette. Attention : cela ne signifie pas que l’Etat ne crée aucune richesse. S’il crée des richesses qu’on suppose indispensables et qu’on imagine ne pouvoir créer autrement, notamment avec le monopole de la contrainte, il en détruit au moins autant préalablement pour se financer. Dans le pire des cas, l’Etat détruit plus de richesses qu’il n’en produit, en fait dès qu’il dépasse le cadre limité des fonctions régaliennes. C’est précisément la situation actuelle de la France.

      Donc, l’impuissance créatrice intrinsèque des structures publiques au sens large (Etat central, collectivités territoriales, monopoles économiques) est d’abord logique. La corrélation statistique entre le nombre d’emplois publics et la destruction des emplois privés ne fait que confirmer une causalité définie par ailleurs.

      L’Etat français est bel et bien le seul responsable du chômage de masse des Français.

      1. Pardonnez-moi, mais vous enfilés les pétitions de principe comme les perles. Et les fautes de raisonnement de même. Le fait que la corrélation soit constatée dans plusieurs pays ne la transforme aucunement en causalité. Si tant est que les deux éléments corrélés aient quoi que ce soit à voir l’un avec l’autre en termes d’enchainement logique, la causalité peut jouer dans les deux sens: soit que l’emploi public cause des pertes d’emploi privé, ce que soutient l’article, soit qu’il y soit une réaction (devant la montée du chômage, les États auraient tendance à embaucher). L’étude, plus honnête que l’article, mentionne les deux thèses. Mais ses conclusions sont fragiles, comme le reconnaissent les auteurs eux-mêmes : « aucun élément empirique ne justifie l’idée selon laquelle l’emploi public diminue durablement le chômage » ; j’ajouterais que rien ne démontre le contraire non plus. Leurs résultats leur semble justifier l’idée que l’emploi public détruit l’emploi privé (conséquence que je n’ai pas vu aussi clairement d’après les éléments qu’ils avancent) mais uniquement dans le groupe de pays Belgique, Japon,Espagne (la France n’est pas concernée pas ces conclusions. Bref il faut lire pour savoir !

        1. Edit: « enfilez » bien sûr :-)
          Je ne m’étends pas sur le reste de vos affirmations sans preuve: votre conceptionde ll’État, de son rapport avec la richesse, cela vous appartient, mais vous ne la justifiée pas de manière à convaincre; autrement dit, « vous vous comprenez »…mais pas moi!

    4. Je suis assez d’accord, corrélation ne fait pas causalité. De plus, ça me semble un peu simplificateur. Pas évident d’évaluer la création de richesse d’un juge ou d’un professeur par exemple.

      Pour que ce soit plus fonctionnel afin de limiter le champ de l’Etat il faudrait avoir plus de détail sur le mode de calcul et surement réfléchir par rapport à des catégories de fonctionnaires, je fais l’hypothèse que certaines catégories ont des impacts très différents.

  2. on peut prendre en compte que l’admistritatif empêche de se consacrer a la production je pense surtout au artisan, au commerçant, au chef d’entreprise de pme mais pas au grand groupe qui ont des services dédier a cela .

  3. Un magistrat, de sensibilité de gauche, à la Cour des Comptes, Jean Choussat,aujourd’hui décédé, affirmait que la création d’un emploi public
    détruit 2 emplois marchands .

  4. la causalité est évidente : plus de fonctionnaires = plus d’impôts (faut bien les payer) , plus de déficit (à cause de leurs retraites), plus de réglementation (faut bien qu’ils s’occupent) donc un environnement défavorable aux entreprises. Et comme le souligne l’article la hausse de l’emploi public attire les chômeurs comme la m.. attire les mouches

    1. Et aussi : plus de fonctionnaires = moins de main d’œuvre dans le secteur capitaliste.
      Un fonctionnaire, non seulement ça coute, mais ça ne produit pas, donc ne contribue pas aux recettes fiscales.

      1. Comment justifiez-vous votre propos? Un fonctionnaire, que je sache, est soumis aux mêmes impôts que tout le monde: TVA en tant que consommateur, impôt sur le revenu en tant que salarié, taxe d’habitation comme occupant de son logement, etc. Non?

        1. Le fonctionnaire, son salaire et ses impôts proviennent intégralement de sa paye d’état. Paye d’état qui provient intégralement du trésor public. Et ses impôts iront remplir le trésor public. L’impôt et les fonctionnaires c’est uniquement un jeu d’écriture, il n’y a pas de contribution nette.

          Par contre le salaire net (moins TVA etc…) reste dans la poche du fonctionnaire. L’intégralité de cette somme a due être apportée au trésor public par les impôts sur le secteur privé.

          Rajouter que lors de tout transfert il y a une perte en frais de dossiers/fonctionnement/gestion et vous avez une destruction supérieure à la création. Rajoutez y une maitrise des couts incroyable et pouf le tour est joué.

          Donc pour faire court: non

          1. Les fonctionnaires dépensent leur argent, ils ne spéculent pas, contrairement à d’autres. Cet argent profite au commerce, il n’est pas en pure perte.

    2. La causalité n’est pas évidente si l’on regarde plus loin que le bout de son nez :-) Quant aux chômeurs, il me semble qu’ils sont attirés par l’emploi (tout court). Je vous laisse la paternité de votre comparaison si élégante.

  5. On pourrait même suspecté que la création d’un poste de haut fonctionnaire en supprime beaucoup plus que celle d’un fonctionnaire « au contact du public ».

  6. Il faut remarquer que cette étude montre une moyenne sur 17 pays. Moyenne de 1,5 de destruction d’emploi et 0,33 de chômage. Or, la France, le Japon et l’Italie sont les pays les plus fonctionnarisés. On peut donc estimer qu’en France, la fonction publique détruit plus à chaque embauche que ce chiffre moyen.

  7. La vraie question qui vient à l’esprit, si je puis dire, c’est comment se faire popolemployer sans que ça fasse mal ?

  8. Présentation complètement partiale de l’article, qui n’est lui-même pas irréprochable dans ses conclusions. Un exemple: l’article précise que la destruction d’emploi privé par l’emploi public n’est significatif que dans le groupe de pays où l’emploi public est fortement substituable à l’emploi privé. Or la France ne fait pas partie de ce groupe de pays. Cela fait quand même une grosse précision à apporter, non?

    1. L’emploi public en fRance n’est pas fortement substituable à l’emploi privé? Vous voulez dire qu’aucune boite d’intérim’ ne peut avoir d’aussi mauvais résultats que le pôle emploi? Qu’aucune école privée ne peut produire autant illettrés que l’éducation nationale?
      Vu sous cet angle évidemment…

  9. « Les pays dans lesquels le chômage a le plus augmenté entre 1970 et 1990 (Suède, Danemark, Finlande, France, Espagne) sont également ceux dans lesquels la croissance de l’emploi public a été la plus rapide. »
    Tiens, c’est bizarre, Suède, Danemark, Finlande, 3 pays qu’on nous cite pourtant souvent en exemple.
    Pour le reste, cet article ne m’a pas du tout convaincu, l’argumentation est des plus faibles. Les gens ne cherchent pas forcément un emploi dans le public, ils cherchent surtout un emploi, quel que soit le secteur.

  10. Bon, l’article date de plus de 2 ans. D’un autre côté, l’étude date de plus de 10 ans par rapport à l’article, donc je vais pas me gêner non plus.

    Je voulais juste dire que les auteurs commettent ce qu’on peut appeler « ecological fallacy » ou si vous préférez, le fait d’induire les caractéristiques individuelles à partir des analyses de groupes.

    Ici, l’étude compare les taux de chômage entre pays. Le problème ici est que le chômage est causé par de multiples facteurs, comme le salaire minimum et autres coûts du travail liés aux réglementations. Si ces variables ne sont pas maintenues constantes entre ces divers pays, il y a tout à parier que la comparaison ne sera pas nécessairement (et probablement pas) valide.

    Parfois, il arrive que les résultats within-country diffèrent des résultats between-country. Prenez par exemple les relances keynésiennes. Dans un article de blog récent, Krugman montrait un graph avec une corrélation positive entre dépense gouvernementale et croissance, entre pays. Mais je me souviens d’une étude de Antony Davies (Mercatus Center 2012) montrant une corrélation nulle voire négative pour les USA. Même chose concernant le Great Gatsby Curve (GGC). Vous avez une corrélation positive entre inégalités et (im)mobilité sociale quand vous comparez entre pays, confirmant ainsi GGC. Mais en étudiant à l’intérieur même des pays (e.g., USA, Canada), vous voyez qu’il n’y a pas de corrélation entre inégalité et (im)mobilité sociale à travers le temps. Ces économistes avaient même conclut que l’idée du GGC était largement remise en cause.

    Je pense que la raison est claire, et simple. Il y a des influences, facteurs différant entre pays qu’on ne retrouve pas à l’intérieur des pays. Ce serait le cas par exemple si les facteurs agissant à l’intérieur d’un pays sont un sous-échantillon des facteurs différant entre pays. Donc à partir de là, les études within-country seront largement plus fiables que les études between-country. L’inconvénient du premier type d’étude est que vous devez confirmer la relation dans le plus grand nombre de pays possible, et non pas se satisfaire d’un ou deux pays seulement. Par exemple, donc, l’analyse du Gavekal Research citée ici mérite d’être répliquée dans plusieurs autres pays. Une analyse encore plus optimale serait de comparer l’évolution à travers le temps des taux de chômage par niveau de dépenses publiques (et/ou secteur public) entre les régions/états d’un même pays. Une approche en multilevel regression (en contrôlant les region-specific effects comme les différences entre % d’ethnicités etc.) pourrait être idéale. C’est malheureusement pas le genre d’études dont nous avons ici.

    Bien entendu, les statisticiens connaissent ce problème d’effets confondants, et utilisent des variables de contrôles dans leurs analyses de régression. Et Algan et al. ont effectivement contrôlé certaines variables (« country-specific effects ») mais ces ajustements sont très certainement très loin d’être optimal, vu que certains facteurs sont difficile à mesurer de façon fiable (e.g., entrepreneurship). Et il y a toujours des facteurs que vous n’avez pas inclut dans l’équation de régression; par exemple, si vous souhaitez mesurer l’effet du QI sur le revenu, controlant pour tout possible effet environnemental familial, le meilleur moyen d’éviter les approximations des variables environnementales (dont les valeurs varient entre familles) serait d’utiliser une approche en sibling study, où vous comparez les différences de QI/revenu entre biological sibling #1 et biological sibling #2, vivant et éduqués par la même famille biologique. En d’autres termes, le résultat de Algan et al. sera vraiment concluant seulement quand on aura réussi à répliquer le résultat avec une méthode différente (« between regions within countries »).

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