Retraites : le taureau par les cornes

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Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault fait feu de tout bois pour concocter aux Français blasés une resucée de réforme des retraites.

Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault fait feu de tout bois pour concocter aux Français blasés une resucée de réforme des retraites.

Par Philippe Robert.

Rappelé sans ménagement à ses devoirs d’État (sic), le gouvernement hétéroclite dirigé (resic) par Jean-Marc Ayrault fait feu de tout bois pour concocter aux Français blasés une resucée de réforme des retraites qui, promis, juré, craché, sera plus « durable » qu’aucune autre réforme jamais entreprise avant lui… En d’autres termes il s’agit de remettre prétendument sur le métier, bien à l’abri sous le parapluie largement déployé d’une commission ad hoc réunie « pour l’avenir des retraites », une énième réforme plus que jamais paramétrique puisqu’il ne saurait être question, horresco referens, de franchir le Rubicon de la capitalisation.

D’où nous vient donc cette tare dont le plus sûr résultat, longuement mijoté au fil des ans et plus sûrement encore depuis la Libération (!), nous saute aujourd’hui à la figure avec une rare violence tant s’impose désormais, à tous les niveaux de la société française, l’évidence d’un monde de plus en plus ouvert aux libertés ?

À cet effet, on ne peut manquer de citer, en matière de pérennisation réussie des retraites, l’expérience menée au Chili dont 95% de la population a finalement choisi de passer de la répartition à la capitalisation ; un tournant salvateur pris en 1981 sous la houlette éclairée d’un jeune ministre du Travail : José Pinera :

Le parcours de José Pinera et de son équipe tient de l’épopée, de même que leurs exploits relèvent de la gageure. En deux ans, et avant la révolution menée par Margaret Thatcher et Ronald Reagan, un petit groupe d’individus résolument réformateurs sont parvenus à révolutionner le régime de retraite, avec l’approbation au final de la population active chilienne ; mais aussi à réformer le marché du travail et à promouvoir la nouvelle Constitution du pays qui a achevé la transition pacifique à la démocratie libérale du Chili.

— Introduction « Bleu, blanc, rouge » de Jacob Arfwedson au livre de José Pinera.

Un parcours exceptionnel en effet que nous, Français, serions donc incapables de reproduire, ne serait-ce qu’au seul niveau des retraites ? Puisque pour le reste nous sommes dotés d’une Constitution durable et vivons sous le régime de l’État de droit… Tout en ayant de forts progrès à faire en matière de démocratie libérale !

Aussi, quelle est donc cette potion magique administrée par José Piñera au peuple chilien et dont une trentaine de pays dans le monde a déjà délicieusement fait son miel ? En voici un bref résumé tiré de son ouvrage Le taureau par les cornes, Comment résoudre la crise des retraites (Éditions Charles Coquelin, 2008) :

Notre décision de fonder le nouveau système de retraite sur la liberté individuelle signifia un bouleversement de la politique sociale au Chili. La devise du nouveau système serait le libre choix et non la contrainte (…) Le régime de capitalisation est le seul système où les bénéfices sont liés aux sacrifices que le travailleur fait au cours de sa carrière (…) Ce système est le seul à même de proposer aux individus la responsabilité et l’incitation sans lesquelles il n’y a ni société civile, ni un système économique viables (…) La charge qui pèse sur le travail est supprimée, puisque les coûts de prestation de financement des autres prestations sociales incombent à l’État (*) ; c’est ainsi que l’on a fixé la contribution minimale à 10 pour cent des revenus salariaux ; ces contributions sont déductibles fiscalement jusqu’à un certain niveau.

(*) Souligné par moi à l’intention de nos princes.

Allons, ne rêvons pas. Quelles vont être réellement, aujourd’hui comme hier, les solutions encore et toujours paramétriques auxquelles, sans coup férir, va se rallier le gouvernement actuel dont il ne faut pas plus attendre de miracles que de la part des gouvernements crypto-socialistes précédents ? José Piñera nous les décline :

En apparence, il y en a plusieurs, mais aucune ne fait vraiment recette. La première consiste à augmenter l’âge de la retraite (…) Deuxième solution : augmenter les cotisations sociales (…) La troisième solution relève de l’hypocrisie pure (…) Elle consiste à dévaloriser les retraites à verser par l’inflation (…) Le péché originel du système par répartition consiste en la destruction du rapport fondamental de toute institution humaine entre contributions et prestations, droits et devoirs, cotisations et versements.

En accord avec l’abracadabrantesque docteur Knock, « Je me dis parfois qu’il me faudrait d’autres soucis pour chasser celui-là. Docteur, la nature humaine est une pauvre chose. Il est écrit que nous ne pouvons déloger un tourment qu’à condition d’en installer un autre à la place ». Ben oui, Docteur, sinon à quoi servirait-il de faire de la politique ?


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