Merci Monsieur Depardieu !

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Dans une lettre ouverte parue dans le JDD, Gérard Depardieu réplique à Jean Marc Ayrault, qui avait qualifié son départ en Belgique de « minable ». Bravo Gégé !

Dans une lettre ouverte parue dans le JDD, Gérard Depardieu réplique à Jean Marc Ayrault, qui avait qualifié son départ en Belgique de « minable ». Bravo Gégé !

Par Aurélien Véron.

En vendant son luxueux hôtel particulier de la rue du Cherche-Midi pour s’installer dans une misérable bicoque de Néchin (Belgique), Gérard Depardieu sacrifie à la fois son art de vivre et sa réputation publique pour signaler à ses compatriotes l’impasse fiscale dans laquelle le Gouvernement a engagé le pays.

Certains, à l’image du député PS Yann Galut, voudraient le priver de son passeport, comme Robespierre punissant de mort les émigrés.

Jean-Marc Ayrault lui-même s’est permis de dénoncer un comportement « minable », une insulte digne de Buffet Froid que le Premier Ministre se garderait bien d’adresser aux pires délinquants.

Le pouvoir politique, extrapolant son rôle légitime dans un régime démocratique, s’imagine propriétaire des cœurs et des passeports de ses concitoyens. Il est temps de lui rappeler que les libertés individuelles (de mouvement, de propriété…) sont au fondement de notre République.

En ancien français, « Depardieu » désigne le lieu où l’on payait la dîme (l’impôt  pour l’Église, aboli en 1789). Merci à Gérard Depardieu pour nous rappeler que l’impôt peut devenir confiscatoire, surtout lorsqu’il ne sert qu’à engraisser une administration incapable de se réformer.

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Complément : Dans une lettre ouverte parue aujourd’hui dans le Journal du Dimanche, Gérard Depardieu réplique à Jean Marc Ayrault, qui avait qualifié son départ en Belgique de « minable ». Extraits.

« Minable, vous avez dit « minable » ? Comme c’est minable.

« Je suis né en 1948, j’ai commencé à travailler à l’âge de 14 ans comme imprimeur, comme manutentionnaire puis comme artiste dramatique. J’ai toujours payé mes taxes et impôts quelqu’en soit le taux sous tous les gouvernements en place.

« À aucun moment, je n’ai failli à mes devoirs. Les films historiques auxquels j’ai participé témoignent de mon amour de la France et de son histoire.

(…)

« Je n’ai malheureusement plus rien à faire ici, mais je continuerai à aimer les français et de public avec lequel j’ai partagé tant d’émotion !

« Je pars parce que vous considérez que le succès, la création, le talent, en fait, la différence, doivent être sanctionnés.

(…)

« Je n’ai pas à justifier les raisons de mon choix, qui sont nombreuses et intimes.

« Je pars, après avoir payé en 2012, 85% d’impôt sur mes revenus. Mais je conserve l’esprit de cette France qui était belle et qui j’espère, le restera.

« Je vous rends mon passeport et ma Sécurité Sociale, dont je ne me suis jamais servi. Nous n’avons plus la même patrie, je suis un vrai Européen, un citoyen du monde, comme mon père me l’a toujours inculqué.

« Je trouve minable l’acharnement de la justice contre mon fils Guillaume jugé par des juges qui l’ont condamné tout gosse à 3 ans de prison ferme pour 2 grammes d’héroïne, quand tant d’autres échappaient à la prison pour des faits autrement plus graves.

(…)

« Je ne suis ni à plaindre ni à vanter mais je refuse le mot « minable ».

« Qui êtes-vous pour me juger ainsi, je vous le demande M. Ayrault, Premier ministre de M. Hollande, je vous le demande, qui êtes-vous ?

« Malgré mes excès, mon appétit et mon amour de la vie, je suis un être libre, Monsieur, et je vais rester poli. »

– Gérard Depardieu dans le Journal du Dimanche du 16.12.12.

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Si Monsieur Depardieu venait à passer par ici, nous aimerions lui dire ceci : peu importe les bouts de papiers ; nous croyons bien, Monsieur, que nous sommes et resterons vous et nous citoyens du même pays, de cette France-là, celle de 1789, la nôtre, pas la leur. On nous reproche assez de ne pas être « solidaires » comme ils disent. Eh bien avec vous, Monsieur Depardieu, nous le sommes.

– Georges Kaplan et la rédaction de Contrepoints.