Briquets Bic : le protectionnisme toujours aussi néfaste

Un briquet BIC

La demande de BIC de conserver les taxes antidumping sur les briquets étrangers pour « protéger » ses briquets BIC a été heureusement rejetée par l’Europe. Pourquoi ces mesures protectionnistes étaient-elles une mauvaise idée ?

La demande de BIC de conserver les taxes antidumping sur les briquets étrangers pour « protéger » ses briquets BIC a été heureusement rejetée par l’Europe. Pourquoi ces mesures protectionnistes étaient-elles une mauvaise idée ?

Par Alexis Vintray.

Un briquet BIC

Le groupe BIC, par l’intermédiaire de son président Bruno Bich, demande à l’Europe de conserver les mesures protectionnistes qui taxent depuis 1991 les briquets importés en Europe, avec des arguments comme le « dumping social » ou la « concurrence déloyale ». Une demande heureusement rejetée par l’Europe qui devrait supprimer cette « mesure antidumping ». Pourquoi ces mesures antidumping étaient-elles une mauvaise idée ?

On ne taxe jamais des produits, on taxe toujours des consommateurs

Pour analyser correctement le problème, il faut rappeler l’évidence : les briquets BIC ou les briquets chinois ne paient pas de taxes, le seul qui les acquitte, c’est l’acheteur, le consommateur. Comme le disait Ronald Reagan avec plus de talent que moi :

Some say shift the tax burden to business and industry, but business doesn’t pay taxes. Oh, don’t get the wrong idea. Business is being taxed, so much so that we’re being priced out of the world market. But business must pass its costs of operations–and that includes taxes–on to the customer in the price of the product. Only people pay taxes, all the taxes.

En résumé, c’est toujours vous, consommateurs, qui payez les taxes imposées aux entreprises et à leurs produits, puisqu’elles sont incluses dans le prix final du produit que vous achetez. Que cette taxe soit visible ou invisible, comme dans ce cas : quand on renchérit le prix des briquets étrangers de 6,5 centimes, c’est le même montant qu’on prend de la poche des consommateurs. Sans la taxe, ils paieraient tout simplement 6,5 centimes de moins ! Le coût des briquets chinois est ainsi doublé par cette taxe selon le journaliste Stéphane Lauer. Autrement dit, on vole les consommateurs de 50% de leur pouvoir d’achat, puisqu’ils pourraient avoir deux briquets pour le prix d’un.

Est-ce moral ?

Est-il moral de faire payer par tous les consommateurs la défense des profits de BIC ? Quand on sait que BIC réalise une marge de 40% sur ses briquets, et que sa part de marché est de 30% sur le marché européen, on a du mal à voir la justification de cette mesure, financée au final par tous les consommateurs, pauvres et riches. « Nous nous défendons bien », concède d’ailleurs avec un certain cynisme Bruno Bich. Le Français moyen qui doit surpayer ses briquets ne voit pas, lui, la moralité de tout cela.

Du côté des Chinois, qui sont les cibles claires de BIC, les mesures antidumping sont encore plus injustes. Les salaires, bien entendu plus faibles dans les pays pauvres que dans les pays riches, sont le seul atout de ces pays. Leur productivité globale est beaucoup plus faible et les salaires augmentent si vite que leur avantage est déjà menacé. L’avantage est si mince que le fameux Boston Consulting Group estime qu’il sera plus intéressant de produire aux USA qu’en Chine dès 2015 ! Augmenter le coût du travail par ces mesures antidumping dans ces pays reviendrait à supprimer leurs avantages comparatifs et à les condamner à la pauvreté.

Est-ce efficace ?

L’efficacité même de la mesure est hautement discutable pour la France et l’Europe. Si on part du principe que la mesure vise à « défendre l’emploi », ce genre de mesures sont-elles efficaces ? Peu de chiffres sont disponibles sur cet exemple précis des briquets, mais si on prend l’exemple de la sidérurgie, on note que le « sauvetage » d’un emploi coûtera entre 1 et 2 millions €. Donner 1 million € cash aux salariés et accepter la fermeture de l’usine serait plus profitable pour tous ! Je doute fort que cela soit différent ici (Note à nos lecteurs : si vous avez des chiffres sur le nombre de briquets consommés en Europe et le nombre de salariés qui en produisent, contactez-nous).

Même pour BIC, ce protectionnisme est néfaste, encourageant l’entreprise à se reposer sur un marché captif au lieu de se battre pour inventer un nouveau modèle et mieux satisfaire ses consommateurs autrement. Véritable anesthésiant, le protectionnisme tue l’initiative et la créativité des entreprises qu’il entend aider.

Au lieu de se concentrer sur des mesures qui ne donneront pas à l’Europe un avantage comparatif sur les coûts qu’elle a perdu depuis longtemps, l’UE devrait se concentrer sur ce qui est réellement efficace : libérer les énergies créatrices au lieu de les entraver et permettre la société de la connaissance qui seule permettra de sortir de l’ornière. L’Europe est riche de son capital, financier et humain. Jouons sur ces avantages, réels, plutôt que de mener un combat perdu d’avance qui enrichit juste quelques grandes entreprises amies du pouvoir au détriment de tous.

Des mesures inutiles ?

Enfin, si même au vu des arguments avancés ci-dessous certains voulaient absolument défendre l’industrie hautement stratégique du briquet, ces mesures protectionnistes sont-elles utiles ? Il y a tout lieu de penser que non, quand on voit la révolution de la robotique qui est en cours. Comme le notait Charles Gave :

Nous sommes à la veille d’une révolution industrielle. Il y a 10 ans, les robots pouvaient faire concurrence au travail des hommes si ce dernier avait un coût inférieur à $50 /heure. Aujourd’hui, nous en sommes à $2, ce qui est inférieur au coût du travail en Chine. Les usines installées en Chine vont donc s’en aller et être rapatriées au plus près des centres de consommation.

Protectionnisme ou non, l’évolution du monde fait que les usines reviendront, plus tôt qu’on ne le croit. Les relocalisations seront bientôt le nouveau mot sur toutes les bouches. Laissons donc cette nouvelle révolution arriver !

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