La robotcalisation est en marche !

Publié Par Aymeric Pontier, le dans Travail & emploi

La nouvelle révolution industrielle, menant à une robotisation intensive des usines, est arrivée à maturité. Elle permettra une certaine relocalisation industrielle.

Par Aymeric Pontier

Face à cette avalanche irrépressible de discours politiciens nous appelant à « Acheter français », ou à « Produire en France », sans même parler de la manipulation habituelle sur le faux problème de l’immigration, il ne fait aucun doute que la xénophobie sociale et économique sera encore une fois déterminante aux prochaines élections législatives et présidentielles. L’honnêteté consisterait à dire et à admettre tout simplement que les politiques ne comprennent et ne peuvent rien sur ces phénomènes qui les dépassent largement. Mais la vérité ne permet pas de gagner des élections et d’être payé pendant 5 ans pour gesticuler et faire semblant d’agir, comme chacun sait.

Qui plus est, la relocalisation des activités industrielles est d’ores et déjà en marche, ce qui est une bonne nouvelle, mais elle ne créera pas autant d’emplois qu’on pourrait l’imaginer, ce qui est la mauvaise. Et si les hommes politiques vont essayer d’en revendiquer les mérites, sachez qu’ils n’y sont absolument pour rien. La nouvelle révolution industrielle, menant à une robotisation intensive des usines, est arrivée à maturité, voilà tout. Comme l’explique Charles Gave dans ce billet :

Nous sommes à la veille d’une révolution industrielle. Il y a 10 ans, les robots pouvaient faire concurrence au travail des hommes si ce dernier avait un coût inférieur a $50 /heure. Aujourd’hui, nous en sommes à $2, ce qui est inférieur au coût du travail en Chine. Les usines installées en Chine vont donc s’en aller et être rapatriées au plus près des centres de consommation.

Les robots industriels n’ont jamais su accomplir autant de tâches, et ils n’ont jamais été si peu coûteux. Et vu qu’en plus les pays émergents sont en train de perdre leur avantage compétitif, la boucle est bouclée. Bien sûr, les grandes entreprises françaises vont continuer à investir à l’étranger et tenter de conserver/gagner des parts de marché, et c’est heureux. Mais le temps de la déconnexion entre les centres de production et les centres de consommation est arrivée à son terme. Elle n’est plus assez rentable. Reste à savoir si les usines vont être relocalisées en France ou dans les pays européens limitrophes comme l’Allemagne par exemple, qui a de sacrées entreprises dans le domaine des automates comme Festo. Ceci dit, c’est une autre histoire…

Heureusement, une usine robotisée n’est pas forcément synonyme d’usine désertée par les humains. Il y aura encore des ouvriers (pendant un certain temps), ils seront très différents de ceux d’hier toutefois. Bourrés de technologies intelligentes, dotés d’exosquelettes décuplant la force et minimisant les efforts, l’ouvrier de demain aura tout du super-héros d’antan. L’occasion de redonner ses titres de noblesse à un métier trop longtemps méprisé. Cependant, l’industrie va très rapidement cesser d’être un secteur intensif en main d’œuvre. Donc, ne comptez pas sur la relocalisation du tissu industriel pour parvenir au plein emploi, comme les protectionnistes illuminés.

La vitesse de cette robotcalisation est imprévisible, mais elle devrait être assez rapide, à l’échelle de cette décennie a priori. Il faut savoir que les usines françaises sont 4 fois moins équipées en robots industriels que les usines allemandes ! Certainement un critère parmi d’autres qui fait le succès des exportations de notre voisin. Quelle tristesse de voir que nos gouvernants passent complètement à côté de ces sujets, et continuent de discuter de faux problèmes, auxquels ils apportent de mauvaises solutions. Alors que les grandes évolutions, elles, passent inaperçues…

À moins que ce ne soit une bonne nouvelle ? Pendant qu’ils s’entre-déchirent sur le futile et l’insignifiant, ils évitent de pourrir l’essentiel ? On verra bien. J’imagine déjà d’ici un démagogue proposer d’interdire les robots dans les usines au nom de la préservation de l’emploi ! :

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  1. Bonjour, tant mieux, mais je me pose une question,

    Certes, ça fait baisser les prix mais en contrepartie, ça fait perdre des emplois dans l’Industrie, que fait-on de ces chômeurs ? Est-ce qu’il y a assez de places dans les services pour tout le monde ? Un pays de taille moyenne peut-il vivre exclusivement des services ?

    Parce qu’imaginons que chaque patron puisse avoir des robots à la place des employés, qui achèterait les produits, les nouveaux chômeurs, les robots ou ces mêmes patrons ?

    1. Ils feront ce qu’ils ont toujours fait lors d’une innovation qui rend obsolète des emplois, ils s’adapteront, chercheront à créer eux-mêmes leur entreprise, seront employés autrement, vu que les entreprises ont de l’argent supplémentaire permettant de créer de nouveaux emplois.
      Le jour où on ne trouvera plus d’emploi, c’est le jour où on n’aura plus besoin des autres.

    2. Quatre questions.
      1/ Rien. C’est leur problème.
      2/ Oui. Le travail, c’est rendre service. Le travail disparaît quand vous ne voulez plus rendre service à autrui.
      3/ On s’en moque. La question est un faux problème. Un pays ne « vit » pas. Seuls les individus vivent.
      4/ La demande suit l’offre, jamais l’inverse. Il n’y a pas besoin de se préoccuper de la demande.

  2. C’est-à-dire que dans certaines régions sinistrées comme la Wallonie ou le Nord Pas-de-Calais, il existe une grosse partie de la population qui n’a pas pu retrouver d’emplois, pour les USA par exemple, on me dit que le chiffre du chômage augmente sans cesse …

    1. Ça s’explique avant tout par les problèmes de compétitivité de ces régions, trop d’impôts, de mauvais rendement de ces impots, des mauvaises politiques décourageant l’entreprise, un manque d’autonomie fiscale incitant à faire ces ajustements.

      Ces 2 régions sont de bonnes démonstrations de ce qui arrive lorsqu’on monopolise les forces productrices pour empêcher la faillite d’une industrie sur le déclin. Et on est en train de faire la même chose avec les banques et la Grèce, ce qui est d’un niveau bien plus élevé.
      Mais on veut encore nous faire croire que ce serait pire si on ne remplissait pas ce tonneau des Dannaïdes et cela… jusqu’au prochain sauvetage…
      On disait la même chose lorsqu’il fallait sauver Boel, Cockerill, les forges de Clabecq, le val st lambert…

      Pour les USA, les politiques d’Obama suivent la même logique et l’état s’endette fortement, ce qui ralenti l’investissement.

      1. Je vois bien ce que vous voulez dire étant donné que je vis en Wallonie, et comme le dit Olivier Delamarche, on ne gagne pas du temps, on l’achète et cher, maintenant croyez-vous qu’il soit possible de rebondir et de se reconvertir quand cela concerne des milliers de personnes ?

        Et je vous rejoints sur la rigidité de l’environnement économique dans ces régions.

  3. Intéressant article. Cependant, à mon humble avis, il ne faudrait pas prendre ses désirs pour des réalités: le rapatriement des usines n’est pas pour demain.
    Quant au « faux problème de l’immigration », je conseillerai à l’auteur d’aller se promener dans les « quartiers » et les écoles et services sociaux afférents…