La France en récession ?

Avant même que Moody’s n’abaisse la note de la France, c’est notre Banque de France elle-même qui avait lâché le mot et le diagnostic : récession.

Avant même que Moody’s n’abaisse la note de la France, c’est notre Banque de France elle-même qui avait lâché le mot et le diagnostic : récession.

Par Jean-Yves Naudet.
Article publié en collaboration avec l’Aleps.

Banque de franceAvant même que Moody’s n’abaisse la note de la France, c’est notre Banque de France elle-même qui avait lâché le mot et le diagnostic : récession. Elle annonçait en effet deux trimestres consécutifs de croissance négative, ce qui est la définition stricte de la récession. Certes les chiffres de l’INSEE n’ont pas confirmé l’alerte, mais peut-on leur accorder crédit. Au-delà des discussions techniques, la tendance est hélas bien claire : la France est devenue, comme nous l’avons expliqué la semaine dernière, le maillon faible de l’Europe, ou la « bombe à retardement », comme a titré The Economist. Comment stopper la récession ?

Deux trimestres de croissance négative

Les données statistiques macro-économiques, à travers lesquelles on mesure la conjoncture, ne sont pas d’une rigoureuse précision, elles sont connues à 0,1% près. Voilà pourquoi la politique conjoncturelle elle-même nous semble incertaine et fallacieuse. Il y a même quelque ridicule à voir de soi-disant experts, fraîchement sortis de l’ENA, disserter sur un écart de 0,1 point. Un seul exemple suffit à illustrer l’incongruité des mesures macro-économiques : si la moitié du PIB est appréciée à peu près correctement, au prix de marché, par la valeur que lui donne le client, comment fixer la valeur des biens et services produits par le secteur public ? En comptabilité nationale on mesure la valeur du produit public par le montant des dépenses : plus l’État dépense (comme par exemple en cas d’augmentation des traitements des fonctionnaires ou d’augmentation du coût des chantiers publics), plus élevée est la valeur du Produit Intérieur Brut ! Or, les dépenses du secteur public représentent plus de la moitié du PIB actuellement. C’est dire que le PIB français est surévalué, ou plus exactement inappréciable.

Le gouvernement entre naturellement dans le jeu, car il a besoin de croire à la croissance réelle la plus élevée possible pour se rassurer et rassurer le peuple. Aujourd’hui il s’accroche à l’hypothèse de croissance de 0,8% en 2013. Le ministre de l’économie, Pierre Moscovici, a reconnu : « Les prévisions que nous avons établies sont des prévisions volontaristes, nous en sommes conscients ». Volontaristes : c’est la volonté du gouvernement, pas la réalité !

Personne ne croit plus à la fable des 0,8% et les plus optimistes tablent sur 0,4% pour l’an prochain, les autres sur 0%, voire une récession.

C’est dans ce contexte que la Banque de France vient d’annoncer qu’après 0% de croissance au quatrième trimestre 2011 et aux premier et second trimestres 2012, la croissance avait finalement été négative au troisième trimestre (-0,1%) et que la prévision pour le quatrième trimestre était de -0,1% : nous aurions deux trimestres consécutifs de croissance négative. Mais l’INSEE s’empresse de corriger le tir, et donne 0,2% pour le troisième trimestre 2012, tout en rectifiant à la baisse le second (-0,1% au lieu de 0%).

Si ce n’est pas la récession au sens strict, cela y ressemble fort !

Le prix de la récession : dette, chômage, recul du pouvoir d’achat

Au-delà des polémiques sur les chiffres, ce qui est indéniable c’est le sens de l’évolution : la situation se dégrade rapidement. Les conséquences de ce passage à la récession sont considérables. Tout d’abord pour les finances publiques. Le déficit du budget sera mécaniquement plus élevé que prévu et nous serons loin des 3% ; nous devrons nous endetter encore plus et trouver des financements en empruntant dans une fuite en avant. Si les agences de notation s’inquiètent pour la France, c’est que notre pays est de plus en plus tributaire de l’étranger pour le financement de la dette publique, et cela ne manquera pas de se traduire au niveau des taux d’emprunt.

Avec une récession, le chômage, qui progresse déjà vite, va exploser ; non que le lien entre production et emplois soit mécanique, mais parce que les rigidités de l’économie française, en particulier sur le marché du travail, empêchent tout ajustement : si le salaire était flexible, il diminuerait et les entreprises pourraient réembaucher. Mais faute pour les syndicats et le gouvernement d’accepter un fonctionnement libre du marché du travail, l’ajustement entre offre et demande de travail ne pouvant plus se faire par les prix se fait désormais par les quantités : recul de la production et hausse du chômage.

La récession, c’est aussi le recul du pouvoir d’achat et de la consommation. On a habitué les Français à l’idée que leurs revenus étaient le fruit d’une juste redistribution organisée par l’État. Mais l’État ne peut redistribuer qu’en modifiant les revenus « primaires » issus de la production : pas de redistribution sans distribution, et pas de distribution sans production. La récession assèche le pouvoir d’achat global, on ne redistribue que la pauvreté.

Ce sont les entreprises qui créent des richesses

Comment parer à la récession ? Il suffit de regarder ce que font certains de nos voisins immédiats. Pourquoi la Suède a-t-elle un excédent budgétaire ? Pourquoi l’Allemagne ou l’Autriche ou le Luxembourg ont-ils si peu de chômage? Pourquoi les perspectives de croissance sont-elles meilleures dans la plupart des pays d’Europe centrale et orientale ? Il y a quelque chose à faire, et on ne peut assister sans réagir au recul de notre économie.

Il faut partir de vérités premières. Ce sont nos entreprises, et nos entrepreneurs, qui créent des richesses et donc la croissance. Le gouvernement prétend l’avoir compris en adoptant quelques mesurettes inspirées du rapport Gallois. Mais c’est d’abord une révolution des esprits qu’il faut provoquer : l’État ne créé rien, au mieux il redistribue, au pire il paralyse et gaspille. Les entreprises ont besoin d’une chose : la liberté. Liberté d’investir, d’entreprendre, d’utiliser les revenus légitimement gagnés. Une réforme prioritaire consiste à diminuer drastiquement les charges et impôts et les réglementations absurdes qui pèsent sur nos entreprises : défiscaliser et déréguler, Reagan et Thatcher l’avaient déjà compris il y a plus de trente ans.

La seule solution : « laissez-nous faire »

Derrière les entreprises ou les ménages, notions abstraites, il y a les personnes réelles qui travaillent, épargnent, consomment : elles sont paralysées par la bureaucratie et les impôts. Cette partie de la population aspire à plus de liberté pour gérer son patrimoine, son épargne, ses assurances, sa santé, ses retraites. Elle veut bien se lever tôt et travailler dur, si l’État ne lui reprend pas le soir la moitié du gain de sa journée. Elle aspire donc elle aussi à moins d’État, il ne reste qu’à lui démontrer qu’elle n’y perdrait rien, au contraire elle s’en porterait encore mieux. Quant à la population, qui croit vivre éternellement de la redistribution et de l’assistanat, il faut qu’elle se dise que la récession leur enlèvera l’essentiel de leurs moyens d’existence.

Tant qu’on raisonnera en termes de conjoncture, pour savoir quelle manette manipuler, on sera à côté de la question. Face à la récession, une seule solution : la liberté. Moins d’État, moins d’impôts, moins de dépenses publiques, moins d’entreprises publiques, moins de réglementations, plus de liberté et de responsabilité, voilà le seul moyen efficace de combattre la récession et la morosité. Ce que l’on attend de l’État dans la situation dramatique où nous sommes c’est plus de liberté. Pour le reste, laissez-nous faire et prendre nos responsabilités.

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