Les télécoms et l’attaque Caliméro

Les opérateurs télécoms se plaignent de trop d’impôts, mais réclament plus d’intervention de l’état, donc plus d’impôts…

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Téléphone

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Les télécoms et l’attaque Caliméro

Publié le 7 novembre 2012
- A +

Sonnette d’alarme, cote d’alerte, constat accablant ou effrayant, vision sombre … C’est, réellement, à une situation cataclysmique à laquelle on a à faire ici. Guerre au Moyen-Orient ? Révolution arabe ? Bain de sang dans un pays arriéré ? Massacre religieux ? Non. Télécoms, en France.

Et à lire les articles (cités plus haut), on se demande exactement comment l’industrie des télécoms en France parvient encore à fournir le moindre service. À en croire le rapport commandé par la Fédération Française des Télécoms au cabinet Arthur D. Little, la situation est véritablement catastrophique.

Bon. Si l’on regarde les chiffres, il est vrai que les opérateurs ne sont pas exactement bondissants de joie dernièrement en Europe : là où, dans le monde, le secteur des télécoms a gentiment bénéficié d’une croissance de près de 50 % entre 2006 et 2011, les pauvres européens, eux, dans leur coin, n’ont observé une augmentation que de 7 %. C’est franchement tristounet, cette micro-croissance européenne.

MontebourgatorD’un autre côté, dans un continent en crise et alors que le monde traverse une phase particulièrement délicate avec un risque de partage en slip bien tangible, réaliser tout de même 7 % de croissance, ce n’est pas si mal. D’ailleurs, on devrait mettre les opérateurs en relation avec les grandes industries du secteur automobile, cela redonnerait un peu le moral aux premiers (et achèverait à coups de cafards mous les seconds). Et puis pour faire bonne mesure on pourrait utiliser Montebourg comme entremetteur, je suis sûr qu’il aurait des histoires de voitures intéressantes à faire connaître aux opérateurs mobiles, mais bon, je divague.

Bref : au contraire du frétillant Arnaud dont on se doute que la déconnexion avec le réel joue beaucoup dans sa bonne mine d’innocent, les opérateurs tirent la tronche.

À l’exception en France, de Free, mais on pouvait s’en douter.

D’ailleurs, l’analyse du rapport Little, dans ses pistes pour expliquer cette morosité des opérateurs, évoque justement la concurrence : celle-ci, féroce et sans merci, permettrait de comprendre pourquoi les pauvres acteurs du marché sont actuellement si malmenés. Pif, paf, pouf, ils se sont filés de méchants coups, fini les marges de gorets potelés depuis que Free a débarqué. Bon, évidemment, cette explication laisse un brin songeur lorsqu’on se rappelle que dans le reste du monde, la concurrence n’est pas spécialement plus tendre qu’en France (loin s’en faut même) et que pourtant, comme précisé dès le début de l’étude, ils parviennent tout de même à engranger 50 % de croissance, eux.

CaliméroLa concurrence n’étant pas une raison réellement satisfaisante, on découvre une autre explication. Et c’est là que ça va devenir un peu plus rigolo puisque les fins analystes s’accordent alors à dire que les faibles progressions des opérateurs seraient aussi dues à la généreuse baston fiscale dont ils sont les victimes, d’une part, et surtout la non-baston fiscale dont sont bénéficiaires les (salauds d’) étrangers. Apparemment, certains pays comme le Luxembourg avec une TVA faible et l’Irlande avec un modeste impôt sur les revenus des sociétés favorisent honteusement l’implantation des grosses entreprises de télécoms chez eux au lieu de les caillasser copieusement comme il est de bon ton chez nous.

Et à la suite de cette constatation qui révolte la fibre fiscaliste française, immédiatement, trois axes d’action sont proposés, paf, comme ça, sans réfléchir attendre :

  • Pour aider directement le secteur dans ses gros investissements bien lourds, l’État pourrait par exemple inciter les foyers à se jeter sur la fibre optique en ménageant une niche fiscale, ou une incitation, ou un abattement, ou n’importe quoi de fiscalement rigolo qui pousse les gens à s’équiper. Bon, il semble que ce manque à gagner fiscal devra être compensé ailleurs (par une tabassothérapie fiscale en règle, mais baste, il faut ce qu’il faut).
  • Comme une partie des soucis des opérateurs nationaux provient directement du fait que les opérateurs étrangers sont hors de portée de la volée de bois vert fiscale française, il serait de bon ton que l’État régule un peu tout ça en ponctionnant les gênants géants de l’Internet qui, après tout, n’avaient pas à être aussi bons. Et cogner un peu Free aussi, si possible. (Faites nous un package, on discutera des modalités plus tard.)
  • Et pour envelopper ces petites interventions de l’État, rien de tel qu’un saupoudrage d’interventionnisme d’État dans la création de « pôles numériques organisés autour des opérateurs télécoms et intégrant des PME innovantes » le tout légèrement aidé par l’État avec, vous l’aurez deviné, cet argent magique qu’il trouve sous le sabot d’un cheval, ou qu’il ponctionné dans une poche, ailleurs, loin, avec ou sans raclée fiscale (ou alors si, mais différente, mieux, plus douce, plus discrète, tout ça, quoi).

Bien sûr, il ne vient pas à l’esprit de toute la clique de réclamer, vertement, par voie de presse s’il le faut, en HURLANT de tous ses petits poumons, les mêmes taxes modestes, les mêmes impôts réduits qui font partout ailleurs le succès des industries en question. Très probablement, les opérateurs savent que c’est peine perdue : quand on voit la brochette de Big Jims thermomoulés qu’on a chopé comme ministres, on comprend que faire appel à leur intelligence est une perte de temps sidérale.

Je résume.

Les opérateurs franchouilles se plaignent et tentent donc une petite attaque Caliméro pour que le gouvernement sauve l’emploi, protège les marges et les belles rentrées fiscales des opérateurs : eh oui, mon brave monsieur, avec la concurrence et les méchantes ponctions fiscales, les opérateurs télécoms ont bien du mal à tenir la route. Et que proposent nos impétrants pour se sauver du marasme ? Que l’État intervienne un bon coup (de plus), avec quelques ponctions supplémentaires à la clefs, ponctions qui viendront encore accroître le bonheur sirupeux dans lequel nagent déjà nos Caliméros de fête foraine.

Pas de doute : Dieu est un viandard. Car si un bon rire vaut autant qu’un steak, et si, comme le dit Bossuet, « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », alors une chose est certaine : en créant les Français, Dieu se tape un steak bien dodu tous les jours.
—-
Sur le web

Voir les commentaires (2)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (2)
  • Style gendarme spotted : « C’est, réellement, à une situation cataclysmique à laquelle on a à faire ici. » –> « qu’on a à faire ici. » Sinon, merci pour ce T-bone bien dodu à la fin de votre texte, j’en ris encore. (Bossuet aussi, j’en suis certain)

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Richard Guédon.

Les dirigeants de France Télécom rendus responsables de la « vague » de suicides parmi les salariés des années 2008-2009 sont jugés ces jours-ci pour harcèlement moral. La vraie raison de la situation dramatique de France Télécom à cette époque est l’impéritie de l’État, qui n’a pas su anticiper les changements radicaux du secteur de la téléphonie. Mais au fait y a-t-il vraiment eu une « vague » de suicides ?

Il n’est pas facile de prendre à rebours la vague de condamnations vertueuses qui pilonnent ces jours... Poursuivre la lecture

Par Michel Albouy. Un article de The Conversation

Sept prévenus, dont d’anciens dirigeants de France Télécom, comparaissent à partir du lundi 6 mai 2019 devant le tribunal correctionnel de Paris à la suite de la vague de suicides de salariés entre 2007 et 2010. Comment expliquer ces drames humains qui ont secoué la France entière ? Sans vouloir jouer les « je le savais bien » a posteriori et accuser, trop rapidement, la privatisation rampante de l’entreprise de tous les maux, je souhaite simplement à travers cet article apporter mon éc... Poursuivre la lecture

Par Yves Buchsenschutz.

La concurrence est indispensable au bon fonctionnement de l’économie du marché. Elle permet son développement grâce à la création d’entreprises et d’emplois. Mais elle permet également d’équilibrer les prix et de préserver une certaine qualité des produits, ce qui profite finalement au consommateur.

Il existe de nombreux exemples des bienfaits de la concurrence sur l’économie du marché. Nous prenons ici celui de la téléphonie mobile, plus précisément de l’évolution des tarifs de consommation téléphonique... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles