« Ordre juste », privilèges et injustices

Lorsque « l’ordre juste » autoproclamé par les politiques ne fait qu’accroître l’injustice au bénéfice des privilégiés, il ne faut pas s’étonner de les voir perdre leur crédibilité.

Lorsque « l’ordre juste » autoproclamé par les politiques ne fait qu’accroître l’injustice au bénéfice des privilégiés, il ne faut pas s’étonner de les voir perdre leur crédibilité.

Par Yves Montenay.

La justice est un grand principe. Mais le voilà dévalué par le clientélisme électoral. On se fait élire en vantant « un ordre juste » et on défend les privilèges. Bref on proclame la justice et on pratique l’injustice.

Les privilèges défendus sont principalement ceux du secteur public et de ces organismes bizarres qui en sont issus, les syndicats à la française, si différents des syndicats d’autres pays. Leurs proclamations habillent du terme « justice sociale » la défense d’une double série de privilèges, les leurs, par l’argent reçu de multiples côtés, et ceux, indissociables, de leurs adhérents ou électeurs du secteur public.

Certes, ces électeurs ne bénéficient en général que des privilèges moyens, mais à multiplier par quelques millions de bénéficiaires. Et ils pèsent sur « les autres » directement ou via le ralentissement de l’économie du pays. Je ne serais pas étonné que la somme totale de ces privilèges pour une vie entière, divisée par le nombre d’années d’activité, se monte à plusieurs centaines d’euros par mois, voire souvent à quelques milliers. Cela encore une fois à multiplier par quelques millions de bénéficiaires !

Ces privilèges existent également dans les médias et vont de la masse des avantages moyens (intermittents du spectacle) aux avantages vertigineux des « grands » journalistes de l’audiovisuel. Les allocations et avantages fiscaux qui les concrétisent ont été difficilement (et très légèrement) rabotés par « la droite », d’où la hargne contre cette dernière, et leur rétablissement complet serait en cours de discussion.

Le problème est que celui qui s’attaquerait à tout cela déclencherait une épreuve de force électorale et médiatique s’il est élu ou célèbre, ou des contraintes très directes s’il est un responsable plus moyen ou un simple témoin. Il serait obligé de se taire ou de partir. Il est plus confortable de faire de ces privilégiés ses « clients » électoraux ou professionnels ; pour cela, il faut cultiver l’obscurantisme en prononçant quelques formules rituelles comme « justice sociale » ou « défense du service public » que l’on a du mal à définir et plus encore à relier logiquement aux privilèges défendus.

Et de plus tout cela fonctionne mal et permet de multiples « combines » qui siphonnent les budgets des institutions publiques et notamment celui de la Sécurité Sociale. Mais tout sera absous, voire béni au nom de « la défense du service public » !

Le pire est le ralentissement du fonctionnement national par ankylose ou du fait des accès de rigueur, eux-mêmes rendus nécessaires pour corriger l’effet des promesses électorales. Et ce n’est pas sur les privilégiés que pèse le ralentissement : ce n’est pas eux qui perdront leur poste à cause du chômage induit. Ce n’est pas sur eux non plus que « tomberont » la plus grande partie des nouveaux impôts nécessités eux aussi par le maintien des privilèges, car il n’est pas question de faire des économies qui pourraient écorner ces derniers.

Tout cela s’auto-baptise « l’ordre juste » ! Comme il s’agit au contraire d’accroître l’injustice au bénéfice des privilégiés, on ne s’étonnera pas de voir les politiques perdre leur crédibilité et l’obscurantisme prospérer par le détournement du vocabulaire. La langue de bois communiste n’a pas été perdue pour tout le monde ; il est vrai qu’elle a été d’une redoutable efficacité dans une bonne part des élites françaises !

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Retrouvez le raisonnement économique complet et des exemples de privilèges et de gâchis sur cette version allongée de l’article.