Paul Ryan est un étatiste de droite

Mitt Romney a choisi comme colistier un ami de l’État-guerrier-providence.

Mitt Romney a choisi comme colistier un ami de l’État-guerrier-providence.

Par Sheldon Richman, depuis les États-Unis.

Article en contrepoint de Qui est Paul Ryan ?

Paul Ryan peut bien être un conservateur parmi les conservateurs, mais comprenons bien ce que cela veut dire : il est là pour sauver l’État-guerrier-providence de sa propre insoutenabilité. Ce n’est pas un partisan d’un État limité.

L’esquisse budgétaire de Ryan, au mieux, n’équilibrerait pas le budget avant trois décennies, et entre temps, ajouterait des milliers de milliards à la dette publique. Il ne ferait que ralentir les augmentations budgétaires prévues par Obama. Si les recommandations de Ryan étaient suivies, les dépenses fédérales rapportées au PIB reviendraient à 20%. Elles étaient à 18% quand Bill Clinton a fini son mandat en 2001. Et Ryan veut plus de dépenses militaires.

Mais il y a davantage à dire sur Ryan. Dans à peu près tous les autres sujets, il soutient un État obèse.

Durant les années Bush, Ryan a tout voté : No Child Left Behind (qui a davantage centralisé l’éducation), le remboursement des médicaments de prescription par Medicare, les subventions à l’immobilier, l’extension de l’indemnisation du chômage, les sauvetages de banques, et les subventions de 2008 pour sauver Chrysler et General Motors, alors au bord de la faillite. En votant en faveur du TARP (littéralement, le programme de secours face aux actifs douteux), Ryan déclarait « Madame la Présidente, ce projet de loi contrevient à mes principes, mais je voterai en sa faveur pour préserver ces principes ».

Ryan est aussi engagé pour un État envahissant dans d’autres domaines. Il a soutenu les guerres de Bush en Irak et en Afghanistan, et a voté les énormes dépenses attenantes. Quand la Chambre a voté pour la fin progressive de l’occupation en Irak, Ryan a voté contre. Il défend l’empire américain, qui met en danger les Américains physiquement et fiscalement.

Le passif de ses votes sur les libertés civiles est horrible. Il a voté pour rendre le Patriot Act, un ensemble de pouvoirs d’exception violant les libertés, permanent ; il a voté pour que les actions de surveillance se passent de mandat, après que Bush se soit fait attraper à en réaliser illégalement ; et il a voté en faveur des détentions sans limite de durée, sans procès ni accusation.

Comment alors peut-on expliquer Paul Ryan ? La crise fiscale est toute la clé. À moins que l’État ne réduise la croissance des dépenses ou ne collecte davantage de revenus (ou les deux), d’ici quelques années l’État fédéral ne pourra plus rien payer d’autre que les intérêts de sa dette. Selon la commission budgétaire du Congrès, la Social Security et Medicare devraient compter pour plus de 40% du budget d’ici 2020 (ils en sont à 37% actuellement) et continueront à croître, consommant la moitié du budget en 2030. Aujourd’hui, les prestations de ces programmes excèdent leurs entrées d’argent. (Jusqu’à récemment, ces programmes dégageaient des bénéfices, que les politiciens ont dilapidés). Leur fonds supposé contient des reconnaissances de dette du Trésor qui devront être payées avec encore plus d’argent emprunté et donc d’intérêts sur la dette (au total, l’ensemble de ces dettes dépasse déjà le PIB). Le passif cumulé sur 75 ans de ces programmes se monte à présent à plus de 30.000 milliards de dollars, et l’estimation est prudente.

En d’autres mots, ça ne peut pas durer éternellement, et comme le disait l’économiste Herb Stein, tout ce qui ne peut pas durer éternellement finira par s’arrêter.

Aucun politicien ne peut se satisfaire de cette perspective. Un budget entièrement dilapidé par les intérêts de la dette, la Social Security et Medicare ne laisserait rien pour la guerre, les occupations, et le reste d’une politique étrangère impérialiste. Il n’y aurait pas d’argent non plus pour acheter sa clientèle électorale au moment des élections. Un politicien sans fonds à dépenser à sa discrétion est un politicien malheureux, en effet. D’où le désespoir de faire quelque chose.

Le problème des politiciens, c’est qu’il n’y a pas grand-chose qu’ils puissent faire. Le grand public n’a aucun appétit pour de larges coupes budgétaires. Même les gens du Tea Party disent de ne pas toucher à Medicare et à la Social Security. Les conservateurs n’aiment pas couper dans les dépenses militaires. Le choix de Ryan comme colistier de Mitt Romney implique qu’il pense que les gens sont prêts pour quelqu’un qui semble fiscalement rigoureux (même si Ryan ne l’est pas vraiment), mais ça pourrait se révéler être une erreur fatale.

Et l’État ne peut pas non plus sortir de son pétrin en augmentant les impôts. Non seulement des impôts plus élevés sont une mauvaise idée dans un marasme économique. Non seulement une hausse d’impôt est une mauvaise idée quand l’économie stagne (et à tous les autres moments), mais les revenus occupent une part du PIB à peu près inchangée depuis la Seconde guerre Mondiale (à part durant les récessions), quel que soit le taux d’imposition. Ce qui signifie que des taux plus élevés stimulent surtout l’évitement fiscal, l’évasion fiscale, et le choix d’activités de loisirs plutôt que de production de richesse.

Maintenant nous pouvons mieux voir ce que Ryan défend. Au mieux, son plan stabiliserait simplement la situation fiscale de l’État à de hauts niveaux de dépense sans engendrer de changement significatif dans l’État-guerrier-providence.
Notre liberté et notre prospérité, cependant, nécessitent que l’État soit radicalement réduit, ce qui demande à ce que l’empire soit liquidé, les libertés civiles respectées, et les droits-créances convertis en systèmes d’aide mutuelle et en d’autres organisations privées.

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Publié sur The Future of Freedom Foundation le 15.08.2012 et sur Reason.com le 22.08.2012 sous le titre Paul Ryan Is a Big Government Conservative.
Traduction : Benjamin Guyot pour Contrepoints.

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