La remarquable histoire de la renaissance économique du Chili

Alors qu'il y a trente ans, le Chili était dans une situation économique désespérée, il a aujourd'hui dépassé l'Argentine en devenant le pays le plus riche de l'ensemble de l'Amérique latine. Regardons comment le Chili est devenu le tigre de de cette région du monde.

Alors qu’il y a trente ans, le Chili était dans une situation économique désespérée, il a aujourd’hui dépassé l’Argentine en devenant le pays le plus riche de l’ensemble de l’Amérique latine. Regardons comment le Chili est devenu le tigre de cette région du monde.

Par Daniel J. Mitchell et Julia Morriss (*), depuis les États-Unis.
Publié en collaboration avec le Cato Institute.

Il y a trente ans, le Chili était un cas désespéré. Un gouvernement socialiste dans les années 1970 avait paralysé l’économie et déstabilisé la société, menant à des troubles civils et à un coup d’État militaire. Compte tenu de la gravité de la situation, il n’est pas surprenant que l’économie du Chili était moribonde tandis que d’autres pays d’Amérique latine, comme le Mexique, le Venezuela et l’Argentine, avaient une richesse par habitant environ deux fois supérieure.

Aujourd’hui, en revanche, le Chili a dépassé l’Argentine en devenant le pays le plus riche de l’ensemble de l’Amérique latine. Pendant trois décennies, son économie a connu la plus forte croissance de la région. La pauvreté a chuté de façon spectaculaire, et le niveau de vie s’est envolé.

Regardons comment le Chili est devenu le tigre de l’Amérique latine.

La réforme des retraites est la réforme économique la plus connue du Chili. Depuis les années 1980, les travailleurs ont été autorisés à mettre 10% de leur revenu dans un compte de retraite personnel. Ce système, mis en œuvre par José Piñera, a connu un succès remarquable, en permettant la réduction du fardeau des impôts et des dépenses et l’augmentation de l’épargne et de l’investissement, tout en produisant une augmentation de 50 à 100% des prestations de retraite. Le Chili est maintenant une nation de capitalistes.

Mais il faut beaucoup plus qu’une réforme, bien qu’impressionnante, pour transformer une nation en une réussite économique. Ce qui a fait du Chili un cas spécial, c’est une libéralisation économique générale. Ce tableau, basé sur les cinq variables clés du rapport mondial du Fraser Institute sur la liberté économique dans le monde (EFW), montre comment le Chili a évolué dans la bonne direction au fil du temps.

En ce qui concerne la fiscalité des entreprises, les bénéfices non utilisés étaient imposés à près de 50%, mais le taux d’imposition a été baissé à 10% en 1984. Il n’est pas resté à ce bas niveau, mais il est demeuré inférieur à 20%, de sorte que le système fiscal n’est pas un grand obstacle à la production et les entreprises ont la liberté d’investir davantage. Le score du Chili quant à la taille de l’État montre une amélioration significative depuis 1975. La réforme des retraites y a sans doute contribué, comme l’ont fait les réformes qui ont réduit le taux marginal de l’impôt sur le revenu de 58% en 1980 à 40% en 2005. Mais même ce taux de 40% ne tient pas compte de tous les avantages de la réforme. Les tranches d’imposition sur le revenu ont été élargies, aidant de nombreuses personnes à protéger du fisc une plus grande part de leur revenu, tandis que les investisseurs et les entrepreneurs peuvent bénéficier de taux d’imposition inférieurs en créant des entreprises.

Sans surprise, la baisse des taux d’imposition a généré de nombreux avantages. Le Chili a éliminé un grand nombre de niches fiscales qui favorisaient certains groupes d’intérêt et qui poussaient à des décisions économiques inefficientes. L’évasion fiscale a considérablement diminué parce que les entreprises ont moins à payer et que leurs impôts sont devenus moins compliqués. En effet, la baisse de l’évasion fiscale a rapporté plus d’argent à l’État. Selon les données de Friedrich Schneider sur les économies parallèles (mesurant « la production par le marché de biens et services légaux, mais délibérément cachés aux pouvoirs publics »), le Chili a la plus petite économie souterraine dans la région, avec un score moyen de 20,3. En comparaison, le score de la Colombie est 41 ; pour le Mexique 30,2 ; El Salvador 47,4 ; l’Équateur 36,6 et le Brésil 40,5.

Ex-ministre des Finances chilien, Hernán Büchi a écrit un livre sur la transformation du Chili, et il décrit le plan de privatisation massive qui a généré de substantielles rentrées d’argent. Quelques-unes des principales ventes comprenaient le distributeur de carburant Copec, la principale compagnie d’électricité Endesa, des compagnies de téléphone, des aciéristes, et quelques-unes des banques, qui ont attiré des investisseurs privés. Les sociétés nouvellement privatisées eurent bien plus d’occasions de se développer et de grandir, les exportations ont augmenté, et de nouvelles entreprises ont commencé à croître.

Grâce à ces privatisations, le Chili garde un score assez bon pour les droits de propriété. Cela a été particulièrement évident dans le secteur minier. Büchi mentionne comment les investisseurs privés sont entrés en scène et les coûts de production ont chuté alors que la production augmentait. Cela a été perçu dans tout le pays tandis que les marchés ont été déréglementés et que les droits de propriété privée ont été protégés.

Le score relatif à l’accès à une monnaie saine s’est amélioré de façon spectaculaire entre 1980 et 2010, l’inflation a diminué à moins de cinq pour cent et la liberté d’avoir des comptes bancaires à l’étranger a augmenté.

Outre l’augmentation de la liberté de change, le Chili a également amélioré son score quant à la liberté de commerce international. Les taxes à l’exportation, qui étaient auparavant une barrière rédhibitoire, ont été pratiquement éliminées, ce qui permit la concurrence étrangère sur le marché. Selon Büchi, l’épargne intérieure a augmenté, atteignant 18%, et les droits de douanes moyens sont tombés de 105 à 57%. En 1979, un droit de douane uniforme de 10% a été mis en place.

Büchi note que suite à ces réformes, les exportations du Chili sont passées de 3,8 milliards à 8,1 milliards de dollars entre 1985 et 1989.

Le fardeau de la réglementation a également été allégé. La Banque Mondiale signale qu’il fallait jusqu’à 27 jours pour créer une nouvelle entreprise au Chili, et qu’il en faut maintenant sept. Büchi mentionne que les investissements ont augmenté de 11,3% du PIB en 1982 à 20,3% en 1989. L’épargne intérieure a aussi augmenté durant cette période, passant de 2,1% du PIB à 17,2%. Comme les entreprises ont connu une plus grande liberté de se développer, le Chili a connu davantage d’innovation, des profits plus élevés et davantage d’épargne.

Alors, que signifie tout cela ? Jetons un coup d’œil au PIB par habitant dans les principaux pays d’Amérique latine. Comme vous pouvez le voir, le Chili était près du fond en 1980, mais aujourd’hui il mène la danse.

Cela s’est traduit par de bonnes choses pour toutes les couches de la population. La proportion de la population sous le seuil de pauvreté a chuté de 40 à 20% de 1985 à 1997, puis à 15,1% en 2009. La dette publique est maintenant de moins de 10% du PIB, et après 1983 le PIB a augmenté en moyenne de 4,6% par an. Mais la croissance n’est pas un événement aléatoire. Le Chili a prospéré parce que le fardeau du gouvernement a diminué. Le Chili est désormais classé numéro un pour la liberté dans sa région et numéro sept dans le monde, devant même les États-Unis.

La leçon du Chili est que les marchés libres et un État restreint sont une recette pour la prospérité. La clé pour d’autres pays en développement est de comprendre comment obtenir ces avantages sans avoir à souffrir une période de tyrannie socialiste et de dictature militaire.

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Cet article est paru dans le Daily Caller le 18 Juillet 2012, et sur cato.org le même jour.
Traduction : Benjamin Guyot pour Contrepoints.

(*) Daniel Mitchell est senior fellow à l’Institut Cato. Julia Morriss étudie le droit et les sciences sociales à l’American University à Washington, DC.