Les profiteurs du gaspillage durable

L’écologie, le développement durable, les énergies renouvelable… Derrière de bonnes intentions se cachent d’énormes fromages publics et privés

Tout le monde fait de l’écologie et veut sauver la planète. Surtout ceux qui en profitent. Le journaliste d’investigation Yvan Stéfanovitch se lance à la recherche des Profiteurs du développement durable (Presses de la Cité, 2011).

Par Bogdan Calinescu
Article publié en collaboration avec l’aleps

C’est l’un des meilleurs journalistes français. C’est lui qui a révélé le scandale de la gestion de l’eau en France, le monde caché du maire de Paris ainsi que les dépenses faramineuses de nos sénateurs. Yvan Stéfanovitch enquête dans son nouvel ouvrage sur les abus et les gaspillages du développement durable.

C’est le « casino de l’écologie », la planète de l’argent public. En profitant du Grenelle I et II, les grands groupes qui détiennent le monopole de l’énergie en France se sont lancés dans les investissements écologiques. L’heure est au développement durable. Solaire, éolien, énergies fossiles, tout est bon pour gaspiller l’argent des contribuables. EDF, propriété de l’État à hauteur de 84,7%, a été la première entreprise à profiter du créneau. Avec un double objectif : ne pas trop concurrencer le nucléaire et profiter de la manne des subventions. EDF est juge et partie dans le domaine des énergies renouvelables. Une de ses filiales, EDF-Energies nouvelles, est le principal demandeur de raccordement des installations photovoltaïques au réseau EDF. Une fois autorisés, ceux-ci donnent droit à un tarif de rachat de l’électricité solaire par EDF de 3 à 19 fois supérieur au coût de revient de l’électricité nucléaire. La belle affaire ! « Le premier opérateur de centrales nucléaires est ainsi le premier bénéficiaire des retombées financières des énergies renouvelables en France ».

Trois ans après les deux Grenelle et les milliards dépensés, quel est le bilan ? Les politiques avaient promis une avalanche d’emplois verts. Résultat : 26 000 emplois verts, 10 fois moins qu’en Allemagne (il faut reconnaître que l’économie privée c’est plutôt une bonne nouvelle car, comme l’a montré l’IREF dans une étude, un emploi vert détruit presque trois emplois dans le privé). Les décideurs et les grands experts de l’économie verte nous annonçaient l’explosion du nombre d’entreprises dans ce secteur avec, bien entendu, des dizaines de milliers d’emplois créés. Résultat : le photovoltaïque, l’éolien terrestre ou offshore, les centrales à filière bois dites de cogénération, la méthanisation agricole et celle des ordures ménagères, la voiture électrique et les biocarburants sont entre les mains de quelques grandes entreprises ou ont été délocalisés à l’étranger. Les Chinois, les Allemands et les Néerlandais ont déjà montré leur savoir-faire. Et que dire du débat sur le gaz de schiste qui a tourné court en France. Les politiques n’ont même pas accepté une avancée des recherches. Du coup, le groupe Total est parti investir ailleurs. Il vient d’annoncer 2,3 Mds de dollars d’investissements dans la société Chesapeake Energy Corp. qui s’apprête à lancer des forages dans l’Ohio. Environ 25 000 créations d’emplois sont prévues. Les Américains remercient nos politiques.

L’énergie « verte » est aussi un jackpot fiscal. Les habitants des DOM font financer leurs installations photovoltaïques par les… contribuables métropolitains qui récupèrent au passage une partie de leurs impôts. Il s’agit de plus de 230 millions d’euros, une goutte, il est vrai, par rapport au gouffre de la dette, mais ce n’est pas la seule goutte… Grâce à ces avantages et aux nombreux bénéficiaires (ne pas oublier les collectivités locales), le photovoltaïque a représenté 32% des demandes de défiscalisation dans les DOM, en 2010, contre 9,5% en 2006. Et le photovoltaïque ne connaît nulle part une aussi forte croissance qu’en France : 600% d’augmentation en deux ans et 1 200% d’augmentation dans les départements d’outre-mer !

L’écologie, le développement durable, les énergies renouvelables… Derrière de bonnes intentions se cachent d’énormes fromages publics et privés… Le mérite de cette enquête est de les dévoiler au moins en partie.

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