L’énergie: bien économique ou enjeu géo-politique?

Aujourd’hui, le secteur de l’énergie n’est plus, ou plus totalement, un service public. Pourtant, en France, il reste sous la mainmise de l’État

Aujourd’hui, le secteur de l’énergie n’est plus, ou plus totalement, un service public. Pourtant, en France, il reste sous la mainmise de l’État.

Un article de l’aleps

Aux confins de l’économique et du politique

La Révolution Industrielle s’est développée avec une source d’énergie tout à fait nouvelle à l’époque : le charbon. Mais à la différence de l’eau, du vent, ou du soleil, utilisés auparavant, le charbon est un bien marchand. L’apparition du pétrole et du gaz et plus encore du nucléaire ont apparemment changé la donne : les États se sont invités dans le processus de production et de distribution au nom de la défense nationale et de l’indépendance énergétique. Dès 1926, en France, une loi régit l’importation, le raffinage et le transport du pétrole. Dans les années 1950 est créée l’OPEP (organisation des pays exportateurs de pétrole), coalition d’États faisant varier le prix de l’or noir à sa guise – du moins tant qu’elle a eu une position dominante. Il en a été de même pour le gaz naturel. Quant au nucléaire, il est « civil », donc potentiellement marchand, mais aussi militaire, donc politique. Aujourd’hui la donne a changé : d’une part, l’énergie « fossile » se révèle bien plus abondante et géographiquement répartie qu’on ne le croyait, d’autre part, même pour les énergies « politiques », leur bonne gestion appelle une privatisation au moins partielle. Le secteur de l’énergie n’est plus, ou plus totalement, un service public.

De l’eau dans le gaz et de l’électricité dans l’air

Les mérites du soi-disant service public se sont évanouis avec le temps, l’énergie coûte moins cher dans les pays où elle est marchande (principalement à cause des coûts salariaux), les installations sont mieux entretenues (les profits permettent d’entretenir et améliorer les équipements). L’Union Européenne a choisi l’ouverture à la concurrence et le retrait des États dans ces activités. En France, on a surtout fait semblant. EDF et GDF ont été mises en forme de sociétés privées, mais l’État est principal actionnaire, et a organisé d’en haut le mariage GDF-Suez, qui du coup s’est mis à produire de l’électricité, tandis qu’EDF dont le monopole pour la distribution de courant a été supprimé depuis 2007, s’est mis à vendre du gaz. Un opérateur majeur, Total, est aussi présent. Cet harmonieux désordre, qui caricature le processus d’un marché libre, est surveillé de près par un faisceau d’organismes comme la Commission de Régulation de l’Énergie.

Le plus clair de l’ingérence étatique dans le secteur est le blocage en France de toute exploitation, et même de toute prospection du gaz naturel « non conventionnel » (gaz de schiste), dont le sous-sol français est gavé (le deuxième gisement en Europe), et qui couvrirait largement nos besoins : de temps en temps « l’indépendance énergétique » passe après les oukases des écologistes (y compris de notre ministre NKM).

Le nucléaire marchand et les nouvelles énergies non marchandes

Le nucléaire a été chez nous un choix politique. C’est historiquement vrai, De Gaulle a voulu faire de la France une puissance atomique, et le Commissariat à l’Énergie Atomique a toujours voulu soustraire le nucléaire aux lois du marché. Mais c’est économiquement contestable, puisqu’il y a eu dès l’origine et il y a de plus en plus un nucléaire civil. Il se vend des centrales, des carburants, des techniques et des techniciens. Sur ce marché, la France se trouve en position favorable. Mais pour autant, les exigences du marché sont-elles satisfaites ? La production est entre les mains de l’État, directement ou à travers Areva, dont l’État est actionnaire. On voit aujourd’hui que l’État ne veut pas adapter les effectifs aux fluctuations du marché : la paix sociale passe avant la compétitivité.

De même l’idéologie passe avant le marché quand il s’agit de développer les énergies « renouvelables ». Il n’y a pas de marché pour la plupart de ces énergies, car la demande ne peut s’accommoder d’une offre à un coût aussi élevé que celui des éoliennes ou des biocarburants. Alors la « défaillance du marché » est compensée par des subventions, des niches fiscales, des réglementations qui pour l’instant pénalisent les contribuables et les consommateurs. Se passer de l’État c’est sans doute se passer des éoliennes. Tant pis pour les marchands de vent et de peur.

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